Voltaire, la Pucelle
2. Lecoy de la Marche, Cf son intéressante brochure: le Culte de Jeanne d’Arc , dans laquelle j’ai pris tous ces renseignements.
3. Mgr Gillis, vicaire apostolique d'Edimbourg, dans le panégyrique qu’il prononça à Orléans (8 mai 4857), commença par cet aveu : « 11 y a une page que, pour l’honneur de mon pays, je voudrais n’avoir pas trouvé place dans les annales de l’histoire. »
JEANNE D’ARC DEVANT L’ÉGLISE DE FRANCE
mémoire de celle qui fut, ici, injustement condamnée et suppliciée, un monument expiatoire dont les magnificences nous rappellent toutes les gloires de sa vie. Évêque de la victoire et de la délivrance, vous célébrez chaque année des fêtes superbes auxquelles le cœur de la France chrétienne s’associe. Évêques du berceau des révélations, de la mission, du triomphe et du sacre, vous voulez avoir aussi votre mémorial, et vous entendez qu’il soit digne de la France et de sa libératrice. Honneur à votre patriotisme !
Mais permettez-moi de faire appel à votre piété et de demander à vous tous, Messeigneurs, à tous les évêques à tout le clergé, à tous les fidèles de France, une vaste union de désirs, de vœux, de sollicitations pour obtenir de l’Église un monument plus durable, plus sacré, plus salutaire pour nous que tous les monuments : un autel devant lequel nous pourrons prier la Vierge martyre, et au-dessus duquel nous pourrons écrire en lettres d’or, ces paroles de la Sagesse : Qnam pulchra est casta generatio cum claritate ; immortalis est memoria illius apud Deum ethomines. — ln perpetuum coronata triumphat.
O sainte Église, je vous en prie, au nom de la France, après avoir réhabilité la mémoire de Jeanne, exaltez-la. Dites-nous qu’elle est vénérable, bienheureuse et sainte. Il vous faut pour cela des miracles; mais n’est-ce pas un des plus grands miracles que Ton puisse voir que l’accomplissement fidèle des oracles de cette inspirée, que l’achèvement inexorable par cette morte de la mission que Dieu lui a confiée? Nous ne pouvons plus vénérer ses reliques, emportées par les flots dans la grande mer ; mais Dieu ne nous les a-t-il pas soustraites pour nous faire entendre que Jeanne était son ange? Les anges chargés des grandes missions libératrices ne nous ont pas laissé de reliques, et cependant nous les honorons. Sainte Église du Christ Sauveur, vous faites tout
JEANNE D’ARC DEVANT L’ÉGLISE DE FRANCE
à propos. En ces derniers temps, vous avez exalté, en la personne de Benoît Labre, l’extrême pauvreté, pour protester contre les convoitises et les abus de la richesse. Vous avez exalté, en la personne de Jean-Baptiste de la Salle, l’enseignement chrétien, pour le protéger contre toute entreprise néfaste et le recommander à la sollicitude des vrais amis du peuple. Exaltez, en la personne de Jeanne, le patriotisme chrétien, afin de protéger la France contre les alliances armées qui la menacent, afin que, comprenant que Jésus-Christ est son vrai maître et son vrai droicturier, comme disait Jeanne, elle puisse, dans l’esprit et la vertu de cette vaillante et sainte Vierge, reconquérir ses frontières, reprendre sa place dans le monde, et accomplir envers vous son devoir de fille aînée. Donnez-nous une bienheureuse Jeanne, et nous la prierons pour tous les ennemis de Dieu et de sa sainte cause ; non pas, certes, afin qu’ils soient boutés hors de toute France, mais afin que, boutes hors de tout mal par la conversion de leurs âmes, ils puissent dire un jour avec nous : bienheureuse Jeanne, priez pour la France, protégez la France, sauvez la France! Ainsi soit-il.
(R. P. Monsabré, Cathédrale de Rouen, 30 juin 1892.)
PARIS