‹ Jeanne d'Arc, sa mission--son culteChapitre 3 sur 23 · livre contient le récit, sont dues à l’initiative épiscopale · texte numérisé non relu

livre contient le récit, sont dues à l’initiative épiscopale

Orléans demeure fidèle à ses traditions religieuses et célèbre tous les ans les Fêtes de Jeanne d’Arc ; c’est un Évêque, l’illustre Mgr Dupanloup, qui leur a donné un nouvel éclat, et c’est encore un Évêque, son successeur, qui n’épargne rien pour les maintenir toujours dignes de la piété et de la reconnaissance orléanaise.

Domrémy bâtit sa basilique, encore sur l’initiative d’un Évêque ; elle s’élève sur le lieu même où Jeanne entendit ses voix, et les pèlerins français visiteront nombreux ce sanctuaire béni, qui leur rappellera l’enfance de Jeanne et les origines merveilleuses de sa mission divine.

Vaucouleurs commence son monument, près de la porte de France, à la place même où Jeanne reçut des mains de Baudricourt l’épée, qui devait être si terrible aux Anglais. Les pèlerins iront nombreux aussi visiter les lieux qui furent comme le berceau de la vocation guerrière de Jeanne ; ils prieront pour le salut de la France, dans cette crypte mémorable, que nous gardons intacte, où Jeanne descendait, tous les jours, pour passer de longues heures, à genoux, au pied de la statue vénérée de Notre-Dame-des- Voûtes. Vous savez que c’est un Evêque qui fait élever ce monument de Vaucouleurs.

Rouen, plus qu’aucune autre ville, devait à la Vierge martyre une solennelle réparation : il vient d’acquitter sa dette et la France a tressailli, au récit

LETTRF.-PRÉFACE DE MONSEIGNEUR PAGIS

des fêtes splendides du mois de juin dernier. L’organisation en était due à l’illustre Prélat dont la voix éloquente et la vigoureuse initiative savent si bien remuer le patriotisme et la foi de la grande cité Rouennaise. C’est le marbre maintenant qui parle avec lui et par lui, et le triomphe de Jeanne, sur le plateau des Aigles, domine aujourd’hui le souvenir de son supplice, sur la place du Marché.

Après Rouen, Reims se prépare ; une magnifique statue équestre de Jeanne d’Arc s’élèvera bientôt, près de la cathédrale, sur la place du parvis. Elle sera l’œuvre de la cité Rémoise, mais aussi de l’illustre Cardinal, dont l’activité féconde se fait sentir partout où se trouve une œuvre catholique et française.

Toutes ces manifestations de la France du xix e siècle, en l’honneur de Jeanne d’Arc, vous êtes le premier à les réunir dans un même récit, et votre récit charme, par le sentiment patriotique qui l’inspire et qui l’anime. Les journaux nous avaient bien raconté ces témoignages publics de la piété française ; mais les impressions du journal sont fugitives et ne laissent que de vagues souvenirs ; votre livre restera ; il sera dans toutes les mains ; on le lira ; on le relira ; par les émotions profondes et durables qu’il est appelé à produire dans le public, vous aurez contribué, pour une large part, à propager le culte patriotique de l'héroïne, qui ne sera, je l’espère, que le beau prélude du culte de la Sainte.

Je vous remercie, pour ma part, des pages que vous avez consacrées à l’œuvre de Vaucouleurs.

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Cette œuvre, entreprise, il y a plus de deux ans, sous les bénédictions et avec la recommandation du Souverain Pontife, a eu ses phases diverses de succès et de contradictions. Paris et la France avaient répondu à mon appel, avec la sympathie que vous savez, et mon œuvre, à l’heure actuelle, serait u n fait accompli, sans une opposition et des protestations, qui ont rendu mon action plus lente, parce qu’elles ont troublé et inquiété l’opinion. J’avais présenté mon œuvre, au point de vue patriotique et chrétien, et c’est ainsi qu’on l’avait comprise ; le lieu n’était qu’accessoire ; je l’ai répété cent fois. Malgré mes déclarations et mes offres généreuses, on a voulu faire prévaloir une rivalité locale, une question de clocher. Je n’ai jamais répondu aux attaques ; aux provocations j’ai opposé le silence, estimant qu’il ne fallait pas exposer la grande cause de Jeanne d’Arc à être victime d’une polémique qui eût fait la joie de nos ennemis. Avec le temps les passions se calment, les préjugés tombent, la vérité se fait jour et je continue mon œuvre avec constance, et je trouve partout d’ardentes sympathies.

Vous signalez, dans votre livre, une difficulté qui s'est produite récemment et qui vient d’être aplanie : la commission des monuments historiques ayant demandé le classement des ruines de la chapelle Castrale, le monument, qui devait s'élever sur la Crypte pour la protéger et l’enchâsser, comme dans un reliquaire, sera bâti à l'autre extrémité de la chapelle et celle-ci relevée de ses ruines en deviendra la

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continuation. J’offrirai bientôt au public un croquis du monument ainsi modifié, où apparaîtront, dans une harmonieuse unité, les deux grandes idées qui ont inspiré mon œuvre et qui s’incarnent dans Jeanne d’Arc : l’idée Catholique et l’idée Française.

Puisse-t-il s’élever bientôt, ce monument de mes rêves, symbole de la foi, symbole du patriotisme, symbole aussi de nos plus chères espérances. Que Jeanne nous garde à la frontière menacée, et que, vierge de paix, elle écarte de notre chère patrie les horreurs de la guerre ! Mais si jamais nous devio ns combattre pour défendre notre honneur, notre liberté, notre indépendance, alors, Vierge redoutable aux ennemis de la France, qu’elle bénisse au passage nos jeunes soldats, qu’elle leur inspire ce courage héroïque, qui force la victoire, et que la France , de nouveau sauvée par Jeanne, l’acclame comme sa libératrice !

Veuillez agréer, Monsieur, avec mes félicitations pour votre patriotique travail, l’assurance de mes sentiments respectueusement dévoués en Notre- Seigneur.

f Jean-Pierre,

Evêque de Verdun

Verdun, i$ décembre 189a.

LA FAMILLE DE JEANNE D’ARC

LA FAMILLE DE JEANNE D’ARC

La famille de Jeanne d’Arc a, selon toute vraisemblance, tiré son nom du village d’Arc, en Barrois (arrondissement de Chaumont, Haute-Marne). Nous disons : selon toute vraisemblance, car le doute est permis, et les discussions qui se sont, en ces derniers temps, produites sur l’orthographe du nom, d’Arc pour les uns, Darc pour les autres, sont peu faites pour le dissiper. D’accord avec l’usage admis jusqu’à l’heure de ces discussions, respectueux de l’appellation sous laquelle a grandi le culte de l’héroïne française, nous écrirons d’Arc et accepterons pour ce nom à jamais glorieux l’origine qui lui est généralement assignée.

Ainsi qu’il appert des indications suivantes, extraites des papiers de Charles du Lis (1), Jacques d’Arc, le père de Jeanne, était originaire de Ceffonds, petit village dépendant de la célèbre abbaye de Montiérender.

« Les plus entendus du village de Sermoize tiennent pour chose certaine et asseurée que l’origine et extraction de la Pucelle d’Orléans provient d’un village nommé Ceffons, proche Montiérendel... Pour preuves de ce que dessus, faut parler à un nommé Dommange Varin, boulanger, demeurant audit Sermoize... »

1. Descendant de la famille de Jeanne d'Arc. Ce nouveau nom fut tiré pour l’anoblissement de la famille de Jeanne, des fleurs du blason donné à la Pucelle par Charles VII.

LA FAMILLE DE JEANNE D'ARC

« Cette Pucelle donc, non seulement née et baptisée à Dompremy, paroisse de Greujc en France, a esté appelée la Pucelle de France; mais encore est originaire de France par ses ancestres provenus du village de Ceffond près de Montiérendel,en Champagne, où naquit Jacques d’Arc, son père, de bonne, riche et ancienne famille dudit lieu, comme il se voit par plusieurs titres et contrats du pays qui se trouvent en la ville de Saint-Dizier...»

On admet généralement que, dans sa jeunesse, Jacques d’Arc aurait été attaché à Simon de Montiérender, procureur du duc de Bar dans le Bassigny champenois, région où se trouve le village de Domrémy, et qu’il serait ainsi venu s’établir sur les bords de la Meuse.

Le père de Jeanne avait deux frères : Nicolas et Jean d’Arc; la veuve du premier fut la marraine de Jeanne, Un peu hésitante sur les origines de Jeanne d’Arc, l’histoire est beaucoup plus précise en ce qui concerne la famille d’isabeau Bornée de Vouthon, mère de Jeanne, famille originaire du village de Vouthon, limitrophe de Domrémy etfaisant aujourd’hui partiedu canton deGondrecourt.L’un desfrères d’Jsabeau, Henri deVouthon était uré de Sermoize; c’est à l’influence de cet ecclésiastique qu’il convient d’attribuer la grande piété de la mère de Jeanne, piété dont témoigne le sobriquet de Romée qu’elle dut à ses pèlerinages.

Le père et la mère de Jeanne étaient cultivateurs et possédaient avec leur chaumière un modeste patrimoine qu’une note rédigée à l’aide de pièces et de traditions de famille et transmise par l’abbé Maudre, curé de Damvillers (Meuse), mort en 1820, à son neveu, M. Villiaumé, père de l’historien dont nous aurons à invoquer l’autorité, évalue ainsi : « Les biens immeubles appartenant à Jacques d’Arc et à Isabelle Romée représentaient environ vingt hectares, dont douze en terres, quatre en prés et quatre en bois, et, parmi ces derniers « le bois Chesnu »;

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