LE SACRE
aura aujourd’hui la plus grande victoire qu’il’ ait remportée. » Le connétable ayant appuyé cet avis, on résolut l'attaque. Afin de ne point laisser aux Anglais le temps de se mettre en défense, et, en outre, pour ne point précipiter la marche de l’armée française, qui aurait pu arriver en désordre sur le champ de bataille, on détacha, pour harceler l’ennemi, les quinze cents hommes les mieux montés, sous les ordres de La fJire. Cette avant-garde fit éclairer sa marche par quatrevingts cavaliers qui chevauchaient au grand trot à travers les plaines de la Beauce, alors presque entièrement couvertes de broussailles. Après avoir couru longtemps sans rien apercevoir, ils pensaient s’être trompés de route, lorsqu’un cerf effrayé s’enfuit vers le nordest; les Anglais, en l’apercevant, poussèrent un long cri d’hilarité auquel les éclaireurs reconnurent leur présence. Après s’en être assurés, ils avertirent La Ilire.
En ce moment, les généraux anglais délibéraient : Falstoff était d’avis d’éviter toute bataille, et de se retirer dans les places fortes jusqu’à ce que le soldat fût remis de ses terreurs, et qu’on eût reçu des secours d’Angleterre. Mais la plupart se rangèrent à l’avis de Talbot, qui voulait que, sans prendre l’offensive, on acceptât la bataille Apercevant bientôt l’avant-garde française, ils voulurent appuyer une de leurs ailes sur le village de Patay, qui touchait à un bois, et l’autre sur un monastère fortifié. Avant que d’avoir pris ces dispositions, ils furent vigoureusement chargés par La Hire. Falstoff s’enfuit aussi avec sa colonne.
Le gros de l'armée française, commandé par la Pucelle, le duc d’Alençon et le comte de Richemont, arriva et prit part à l’action. Talbot lutta valeureusement, mais en vain, avec les troupes désorganisées qui lui restaient. Leur déroute fut complète, et lui-même fait prisonnier „
D’ORLÉANS a REIMS — LE SACRE
Ayant été présenté au duc d’Alençon : « Eh bien! sire de Talbot, vous ne vous attendiez pas à cela ce matin, lui dit assez insolemment le lieutenant général du roi. — C’est la fortune de la guerre, » répondit froidement l’Anglais.
Tandis que les capitaines français se félicitaient de cette victoire, Jeanne d’Arc visitait le champ de bataille, jonché de morts et de blessés. Ce spectacle affreux Témut jusqu’aux larmes. Elle fit donner des secours à tous les blessés, et protégea les prisonniers pauvres, qui étaient traités avec dureté, parce qu’ils ne pouvaient offrir qu’une rançon exiguë. »
La victoire de Patay était la première que les Français eussent, depuis de longues années, remportée en plaine. Elle aurait pu être décisive ; les Anglais, envahis par la terreur, étaient réduits à supplier le duc de Bourgogne d’envoyer ses renforts. Paris s’attendait à voir, le lendemain, les Français à ses portes... Une faute de Charles YII faillit tout perdre. Subissant l’influence de LaTrémoille vendu aux Anglais, le roi priva brusquement Jeanne de l’aide du connétable de Richement, au moment où ce dernier, fidèle exécuteur du projet de la Pucelle, allait poursuivre les vaincus jusqu’aux portes de la capitale. Sacrifié aux manœuvres de La Trémoille et à l’hostilité du duc d’Alençon, Richemont se retira — et vainement Jeanne tenta de faire revenir le roi sur son arrêt, Charles YII s’y entêta, déclarant qu’il ne souffrirait jamais que le connétable l’accompagnât à Reims, et qu’il préférerait n’être point couronné que de l’être en sa présence.
Jeanne n’en avait pas, d’ailleurs, fini avec les tergiversations et l’aveuglement de Charles YII. Il lui fallut pleurer pour le décider à venir à Gien où elle avait rassemblé onze mille hommes pour marcher sur Reims. Le 28 juin, elle partit, à la tête de son avant-garde; escorté