SCÈNE III
Les Mêmes , LE PÈRE DE JEANNE D'ARC JEANNE D'ARC.
Ciel!
LE PÈRE DE JEANNE D'ARC
Ma fille!
BEDFORT et HERMANGART.
Son père!
ADHÉMAR
Oui, son père est ici.
LE PÈRE DE JEANNE D'ARC
Ma fille !
Quoi! vos bras s'ouvrent encor pour elbs Quand vous la soupçonnez d'être si criminelle?
LE PÈRE DE JEANNE D'ARC Tu ne Tes pas...
HERMANGART.
Vieillard ..
Vous Pentendez.
BEDFORT, il descend du tribunal.
Eh , quoi De signer cet écrit qui vous fit une loi?
LE PÈRE DE JEANNE D'ARC.' Demandez à celui dont la perfide adresse D'un père au désespoir vint tromper la tendresse, Offrit à mon malheur d'homicides secours; Vint me persuader, dans de trompeurs discours, Qu il fallait déclarer que ma fille séduite Au secours des Français malgré moi fut conduite j Qu'elle n'avait été , dans son égarement , D'un magique pouvoir que l'aveugle instrument.... Cet aveu , me dit-il, cet aveu volontaire Désarmera Bedfort, fléchira l'Angleterre.
J'ignorais que promise au tribunal affreux...
Mon père!
BEDFORT , à Hermangart.
On a trompé ce vieillard malheureux.
Du crime de Esauvais aviez-vous connaissance, Hermangart? Vous baissez les yeux en sa présence, Vous n'osez devant moi soutenir son aspect
HERMANGART.
Mais vous, devez-vous croire un témoin si suspect? Il accusa sa fille, et cet aveu contraire Au destin qui l'attend ne saurait la soustraire : Un regret inutile, un tardif repentir, L'engage vainement, prince, à se démentir. Comment croire en effet que trompant sa vieillesse f On ait pu jusque-la surprendre sa faiblesse, L'armer contre sa fille? et ne devait-il pas Prévoir qu'un tel aveu conduisait au trépas?
LE PÈRE DE JEANNE D'ARC
Et comment soupçonner qu'un juge sanguinaire, Pour hâter son trépas se servait de son père? Avez-vous pu, cruels, sans en frémir d'horreur, De mes aveux surpris armer votre fureur , Et profaner ainsi dans un complot parjure, Toute la sainteté des nœuds de la nature? Un père... s'agît- il du crime le plus grand, Ne peut être appelé qu'à sauver son enfant. Son titre seul dément cette ruse exécrable ; Son témoignage est nul s'il n'est pas favorable; Et lorsqu'un tribunal fait invoquer sa voix, C'est toujours pour fléchir la vengeance des lois , Jamais pour condamner. Ah ! prince , si la haine Abusait à ce point de la justice humaine , Si des mères en deuil , des pères gémissans , Du trépas de leur fils complices innocens, Devaient , instruits trop tard de l'affreux stratagème, Au nombre des bourreaux se reconnaître eux-mêmes, Il faudrait aux humains préférer mille fois Les monstres des forêts moins cruels que nos lois. Non, tu vivras... Combien j'ai pleuré ton absence [ Viens , viens , que mon amour prouve ton innocence? Que des pleurs paternels démentant mes aveux
Disent si ton trépas fut l'objet de mes vœux. Gloire de mes vieux ans , fille héroïque et chère , Couvre-toi devant eux des respects de ton père.
O Ciel ! î vous à mes pieds.
LE PÈRE DE JEANNE D'ARC
C'est un besoin pour moi.
J'abaisse avec orgueil ma tête devant toi.
BEDFORT, à Hermangart.
Eli bien ï
HERMANGART.
Si son récit en effet est sincère, Prince, Beauvais...
LE PÈRE DE JEANNE D'ARC
Beauvais était votre émissaire.
Lorsqu'un juge se sert de cet affreux détour, Au rang des criminels il descend à son tour. Pour un complot si noir les lois n'ont point d'excuse Vous alliez nous juger, c'est moi qui vous accuse.
HERMANGART.
Imprudent î
BEDFORD
Ce secret doit être dévoilé; Qu'auprès du tribunal Beauvais soit appelé ; Qu'il songe à me fléchir par un aveu fidèle. Vous y comparaîtrez, vieillard, à côté d'elle. (Il sort suivi du peuple , des guerriers et des Juges.) HERMANGART.
Tout semble contre moi conspirer aujourd'hui. Bourgogne seul me reste, implorons son appui.
(Il sort.) ADHÉxMAR.
Venez, tout nous annonce un arrêt moins sévère.
La mort peut me frapper, j'ai retrouvé mon p£re.