L.'archange a déployé sa bannière enflammée
Et, traçant dans les airs un rapide sillon.
Son glaive à chaque éclair dévore un bataillon.
11 vient manifester sa sainte préférence,
Et ses rayons vainqueurs transfigurant la France,
Il vient faire avec elle, au cri de liberté.
Un échange de gloire et. d'immortalité.
Il vient, en renversant d'odieuses murailles,
Justifier le nom de l'ange des batailles !
CHANT IIL 177
Combattons^ répondons aux célestes atcènts :
Quand Dieu frappe avec nous, que nos coups sont puissants!
Et visitant la France à ses yeux si connue,
Que la victoire est belle as3ise dans la nue!!! —
Elle dit, et déjà l'étranger en riant Se tournait dédaigneux du coté d'orient. O prodige ! ses mains laissent tomber le glaive : A travers les vapeurs que la bataiUe élève, Il a cru voir, il voit, sous la myrrhe et l'encens, Cortège aérien, fantômes blanchissants.
Des vierges dont la voix^ en doux concert changée, Vers les échos du^ ciel s'exhalait prolongée. C'étaient, soùs un tin chaste et les cheveux épars, Les filles d'Orléans qui sUr les hauts rempat*ts, Un cierge entre les mains^ promenaient les reliques De leurs saints réveillés au fond des basiliques. Ainsi Dante nous montre, au bruit lointain des fers. Des colombes passant dans la nuit des enfers.
Alors; pour compléter le merveilleux prestige, Descend daas le combat le spectre du vertige ; , Il vient sur nos rivaux, Adamastor de l'air. De son regard changeant darder le double éclair. Son bras pour bouclier porte un miroir immense ; Dans son œil effaré s'agite la démçnce ; Il égare au hasard l'ouragan de son vol ; Son pied creuse un abîme en s'appuyant au sol;
Et l'horizon douteux, pour tromper rinsulaire, Semble emprunter l'élan du spectre circulaire. Le nuage aux reflets du miroir spacieux Semble du Haut des airs descendre et dans les cieux. Avec ses bois, ses tours, son armée effrayante, I^ terre monter, fuir et courir,, tournoyante!
Tels les fils de Selma, frappés près du torrent Et sous les yeut du barde en triomphe, expirant. Quittaient leurs monts neigeux pour entrer dans l'histoire : A l'autel de la mort ils épousaient la gloire. Soulevant de l'oubli le poids injurieux. Un hymne leur ouvrait l'Olympe des aienx, Et, bercés par des vers, hairmonieùx délire! Leur cercueil partageait l'avenir de la lyre. La muse, pourrégner loin de ce monde étroit, Leur élevait un hymne au lieu d'un marbre froid ! . La muse, applaudissant à leur chute superbe, Empêchait leur tombeau de s'effacer sous l'herbe. Invitait leur fantôme à des festins trompeurs. Livrait à leurs baisers d'amoureuses vapeurs. Ou roulait dans les vents leur grande âme mêlée Aux feux du. météore, effroi de la vallée, l^ans leurs combats des airs la mtise les suivant Leur donnait un éclair pour panache mouvant ; Et seule accompagnait^ sous les errants nuages. Leur immortalité dans son temple d'orages!!!
CHANT m. l?9
I^es Anglais, égarés, clans ce double séjour Croient voir dfeux Orléans et deux astres du jour. Notre armée à leurs yeux sans fin se multiplie ; Le miroir du géant les frappe de folie, Embarrasse leur fuite ou trompe leur valeur ; Ils tombent,, comme on voit aux rets de Toiseleur L'alouette tomber quand se brise autour d'elle Le rayon que lui lance une glace infidèle.
Talbot frémit... Suivi du sombre Mac-Eldor, Son courage est pour lui cette baguette d'or Dont n'osait approcher le cortège timide Des fantômes gardiens du beau palais d' Arihide. Le géant du vertige «st pour lui sans terreur : Lui-même est un géant grandi par sa fureur ; Et, gourmàndant les siens et leur effroi vulgaire. Des touffes de son casque il ombrage la guerre.
Lorsqu'un enfant, bercé du merveilleux trompeui* De ces récits que cherche et dont frémit la peur, La nuit, au clair de lune, a vu sous la feuillée Le nain dont sa nourrice effraya la veillée, Entend parler la brise et change en spectre noir L'yeuse échevelée ou la tour du manoir. Le guidant vers l'objet que sa terreur invente, I^a mère de l'enfant guérit son épouvante.
Ainsi Talbot :
lao JEANNE D'ARC, GUERRIÈRE.
— Soldats, au lieu de lui céder, Pour vaincre le fantôme osez le regarder. * Si du champ des combats la terreur vous exile. Venez ; Orléans seul doit vous servir d'asile! C'est là qu'il faut porter votre fuite et chercher Des remparts et des tours qui vous puissent cacher. —
Il dit et les conduit, d'une course animée. Vers un pont qu'en tumulte a construit notre armée. Du pont mal assuré les poutres ont gémi ; Et, comme révolté de ce poids ennemi.
L'édifice s'écroule et, trompant leur démence, I^es entraine à grand bruit dans sa ruine immense : Sous l'onde, en blasphémant, Talbot s'enfonce armé.
Aux monts Pyrénéens lorsqu'un ours affamé Se hasarde à monter sur l'arbre aux fruits sauvages Qui bordé du torrent les incultes rivages. Si la brànclie sous lui se brise, l'ours pesant Tombe et rugit encor soùs le flot jaillissant.
Ainsi tombe Talbot. . . Les rives retentissent Des clameurs des soldats que les flots engloutissent. I^ui, nageur intrépide, intrépide guerrier. Atteint, Saisit, embrasse un large madrier; Sur le flottant appui hors des eaux se soulève; Il n'a point dans le fleuve abandonné son glaive, Et pour prendre Orléans le héros indompté,
GHANT Iir. !8f
Tel qu'un Triton de fer, vogue vei^s la cité. . Déjà sa main fougueuse a touché les barrières; Pour arrêter ïalbot trois cents barques guerrières Couvrent Tonde; mais lui, fier de tant de rivaux, A pris l'onde à témoin de ses lauriei*s nouveaux : Sa poutre énorme heurte et brise leur nacelle. Tout le sang du combat sous son glaive ruisselle. Ce guerrier rêve encor la chute d'Orléans ! Et la Loire gémit sous ses efforts géants ; Ëty du haut des remparts, une foule alarmée Lance la lourde pierre et la poix enflammée.
Tels pendant un orage, au sein des flots amers, L'Amérique souvent voit les monstres des mers S'attaquer, ébranler ses rives écumantes : Les eaux roulent au loin leurs entrailles fumantes ; L'Océan s'enfle et gronde et mugit autour d'eux; Ija tempête applaudit à leurs combats hideux. Tandis que sur deux mers les Andes appuyées, Secouant pesamment leurs cimes foudroyées. Terribles, font pleuvoir parmi les combattants Des débris de rochers aussi vieux que le temps.
Tout à coup vers un gouffre où l'onde bouillonnante Avec un long figeas tombait tourbillonnante, Par le fleuve rougi Talbot est emporté : . Tel le Tibre emportait Turnus ensanglanté; Tel Homère livrait Achille rux flots du Xante.
Sou casque tourne et fuit sous l'onde mugissante,
Et de joie et d'orgueil la Loire enflant ses eaux,
Dépose ce trophée au fond de ses roseaux !
La Loire ouvre à Talbot sa couche sablonneuse;
Elle lui fait sentir l'étreinte limoneuse
De ses humides bras qui, d'un effort vengeur,
Dans un long filet d'algue ont pris le grand nageur.
Elle arme contre lui chaque flot qu'il traverse ;
Sur son sein écumant pour l'étouffer le berce ;
Et, par des cris de mort si longtemps insulté,
Le fleuve belliqueux combat pour la cité!
Talbot résiste eincor quand la vague l'entraîne;
Son front bat les rochers et sillonne l'arène ;
Il plonge, il roule, il lutte, étend ses bras nerveux :
Une fange sanglante a souillé ses chevaux.
Lui dont la nation sous sa loi consacrée
Tient tout l'empire ému des gouffres de Nérée,
S'indigne qu'un vil fleuve, aux eaux sans ouragan,
Attaque dans sa gloire un roi de l'Océan !
Lui qui sur les créneaux, dans des torrents de poudre,
A vu son bouclier en lutte avec la foudre.
S'indigne que son bras repousse obscurément
l-ics vulgaires assauts du fluide élément!
Enfin loin des remparts, du bruit et du carnage.
Confus, lassé d'efforts, il aborde à la nage.
Sort du fleuve, et ne voit vers l'horizon lointain
Que son armée en fuite et le jour qui s'éteint...
— Sois fière, Jeaime d'Arc! l'œuvre de la journée De victoire en victoire est enfin tenninée ! Oui, sois fière! — \ s'écrie un peuple triomphant.
Mais l'héroïne alors :
— Mon nom me le défend .
Voyez ces murs, leur flamme encor mal étouffée, Et la victoire en deuil pleurant sur un trophée ! Je me pare à regret des palmes du vainqueur, Et Dieu suffit à peiixe à rassurer mon cœur.
PA.RDONNK-MO», JÉSUS ! PARDONNE-MOI, MaRIK !
Viens absoudre la gloire au nom de la patrie ;
Pardonne-moi ce sang, ces exploits meurtriers.
Et n,e vois que les pleurs qui baignent mes lauriers ! —
Et cherchant les soldats mutilés par le glaive, Jeanne d'Arc dans ses bras lentement les soulève, Et guérit leur blessure ou, jeune ange voilé. Vient transformer leur tombe en un ciel étoile. T^ guerre n'a plus rien que son regard rappelle : Elle était redoutable, elle n'est plus que belle. De son chaste drapeau s'entourant à moitié. Elle était la victoire et devient la pitié; Sa voix sait adoucir la dernière souffrance ; Et la mort, sous ses yeux, ressemble à l'espérance!