‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 14 sur 55 · LE SPECTRE DE CHARLES YI · texte numérisé non relu

LE SPECTRE DE CHARLES YI

Le jeune et bel Arabe au lion rugissant N'avait encor reçu qu'un baptême de sang : Il n'était pas chrétien. L'héroïne près d'elle Gardait, en se signant, Noëmé l'infidèle, Et, croyant voir un frère en ce sauvage amant, Pour le gagner à Dieu lui parlait doucement. Le poète écoutait, rêvant d'autres langages; Son âme de volcan couvait de grands orages. Il portait dans un sein qui n'osait pas s'ouvrir Un de ces forts amours dont on aime à mourir. Parmi nos escadrons, quand la sainte guerrière Enflammait le combat d'une hymne de prière^

204 JEAMNIÎ D'ARC . GUERRIÈRE.

Il devançait son vol, puis murmurait tout bas Des accords d'Orient qu'elle n'entendait pas.

— Oh ! comme ces moments où la muse soupire. Où l'âme avec des sons élargit son empire. Vers une sphère à part semblent nous appeler ! . . . Jëhanne, en te chantant, moi je crois t'égaler. Il me semble, perdu dans leur charme suprême. Sur l'aile des beaux vers monter jusqu'à toi-même. Te parler ton langage, et n'avoir pour rival Que ton ange gardien dans un monde idéal ! Je rallume pour toi ces chantsi, ces mots de flamme, Tous ces rayons tombés du firmament de l'âme. Je crois, le front pressé de lauriers radieux. Habiter comme un ciel mon rêve harmonieux, £t venir à tes pieds, offrande de poète, Tapporter l'univers dont je suis l'interprète; Tapporter l'univers dont mon luth enchanté En sublimes accords a traduit la beauté ! A la création demandant des symboles.

Des laves du volcan j'embrase mes paroles; Et la lune m'enseigne, en se levant des eaux. Les frais soupirs qu'entre eux échangent les roseaux ; Et vient, pour niieûx te voir, me prêter idolâti'e Toutie la pureté de son regard d'albâtre. J'emprunte, pour tromper d'enivrantes douleurs. L'hymne du rossignol qui fait trembler les fleui's. L'aube pu je fais monter mes prières timides

Te distille un collier de ses perles humides. Ton beau nom m'apparaît aux mirages du spir; Ij'arc^n-ciel sur mon cœur passe en dorant l'espoir^ Et je sens, orgueilleux de ma moisson d'images, Palpiter l'infini dans un de mes hommages, Et, traversant d'un boad l'immensité des airs, L'orage à mon amour prête son char d'éclairsl!! —

Cependant Isabeau, Messaline insensée, , Isabeau dont le crime embrumait la pensée. Attendait et déjà, distrayant le remord, Son orgueil triomphait en pacte avec la mort. Elle croit déjà voir Noêmé, sa conquête. Comme on offre une fleur, lui porter une tête. Une tête sanglante.. . et durant tout un jour L'enivrer de vengeance entre deux nuits d'amour.

D'amour!... ce sentiment dans son âme en ruine

N'avait pas conservé son empreinte divine ; Toutes les passions qu'elle peut ressentir. En entrant dans son sein scnxiblent s'y pervertir ; Et cette âme où le mal élargit son domaine. Corrompt chaque parfum de l'existence humaine !

Tel est, non loin du Mil, ce vallon sablonneux Où des cactus souffrants s'entrelacent les nœuds. Chaque plante que l'homme imprudent lui confie Boit un suc qui la i*onge et qui la pétrifie;

Sous répaisse vapeur qu*exhale le natron, Le feuillage de l'arbre a la roideur du tronc ; Le palmier voit blanchir ses panaches débiles; Le papillon s'enfuit loin des lis immobiles, Quand les pleurs dû matin, qui descendent du ciel, Boulent dans leur corolle en globules de sel. Tout prend dans cet air lourd la dureté des marbres; On ne voit se dresser que des squelettes d'arbres ; Et des vents du désert les souffles gémissants Glissent, sans les courber, sur des rameaux pesants.

Telle Isabeau portait dans son cœur adultère Les fruits pétrifiés des vices de la terre, £t, passant par la honte en allant au malheur, Des plus doux sentiments avait tué la fleur. Elle était à la fois l'horreur de deux royaumes. Ou pleines de luxure ou pleines de fantômes, Ses nuits la consumaient et, toujours sans repos. De sa couche impudique agitaient les rideaux. Souvent de Charles Six, avec des mains de glace, Le spectre à ses côtés venait prendre sa place ; Et lorsque ses baisers de quelque jeune amàht Sur son chevet royal cherchaient le front dormant, Sa lèvre en tressaillant, de voluptés avide. Rencontrait le front mort de son époux livide Dont les cheveux mêlaient, sous de vagues flambeaux. Aux parfums de l'amour une odeur des tombeaux. Veuve sans piété, mère et reine infidèle,

Dans l'ombre que son âme a jetée autour d'elle Elle tourne sans cesse et, de près ou de loin^ Le mal, même inutile, est pour elle un besoin. Chaque jour, pour descendre aux plus profonds abîmes Augmentant d'un degré l'échelle de ses crimes. Dans son sentier funeste elle avance au hasard. Le sceptre dans seà mains se transforme en poignard. Oh ! qu'elle est effrayante à l'œil qui' la regarde î Oh! que devient ce cœur que nul ange ne garde? Ce cœur, tout surchargé des actions qu'il fait , Livre toujours ouvert à l'endroit d'un forfait!!!

Voilà donc Isabeaù dont le fatal génie Avait de nos tyrans aidé la tyrannie.

A l'égal de la France elle abhorrait son fils. Une hyène rugit du moins pour ses petits ; Mais aucun noble instinct ne vit en cette femme, Et le titre de mère est trop saint pour son âme! Aussi qu'il lui tardait que son baiser royal Payât à Noëmé, tel qu'un prix infernal. Le sang de Jeanne d'Arc !.. . Au nom de sa victime, Son ardeur s'irritait sous l'aiguillon du crime. Et, d'un double désir se laissant enflammer. Pour la première fois elle croyait aimer! Avec nos ennemis toujours d'intelligence, Prostituant lamôur aux vœux de la vengeance, Elle errait, inquiète, et dans les longues nuits Traînait, comme im enfer, ses vagabonds ennuis.

Et les heures passaiept et toujours haletante Elle veut consulter, lasse de son attente, Le juif à l'œil de lynx qui, dans lombre voilé, Voit le sort des humains sur son livre étoile.

Sous Montmartre, à la place où des voûtes profondes Appelèrent Cuvier pour inventer des mondes, A la place, célèbre où son œil de géant De Thistoire du globe allongea le néanty Lut durant quarante ans, sans baisser la paupière, Au poème de Dieu sur des feuillets de pierre; Entrevit, remontant de trépas en trépas. Ce qu'était l'univers quand l'homme n'était pas. Et voulut qu'un passé qui chaque jour s'éclipse. Ainsi que l'avenir, «ût son apocalypse; Dans ces vieux rocs, empreints de débris d'animaux Plus étranges que ceux dont s'effraya Pathmos, S'enfonçait une grotte ou crypte souterraine Qu'habitait Trémoald, le sorcier de la reine. Cet homme inexplicable avait choisi ce lieu Comme pour y rêver plus^loin de l'œil de Dieu ! Lui-même, prolongeant ses veilles assidues, Semblait appartenir à des races perdues. Dans l'ombre où la chouette allait cacher ses nids, Vieux comme les mammouths et les migalonis, Ce nécromant, à qui la reine se confie, Ressemblait à la mort que le temps pétrifie.

CHANT V. ^ba

Près d'un feu d'ossements il lisait, pâle et sjeul ;^ .. Sa longue robe avait la forme d'un linceUl. . : L'homme était effrayé de sa liaute statui'ç : . Au cercle constellé qui lui sert de ceinture J ! Deux longs aspics de bronze entrelaçaient leurs nœuds. Son grand front s'élevait comme un mont cavapn^Ux: Il semblait à leurs plis, au nombre de leuTS rideè", Que la vie eût quitté ses deux lèvres arides. .. .* . * * De sinistres lueurs passaient dans ses yeux gris, : Et sa barbe tombait sur ses flancs amaigris : A la clarté du feu qui sur lui se reflète, . • ^ . - • . On eût cru d'iin. Moïse entrevoir le squelette ;. • • . Mais, prophète du mal, sa calotte de fer. ^ , ;. - . Sous soii crâne immobile emprisonnait l'enfer.-

I^a puissante magie en l'iiabitacle humide . • •' N'avait rien des palais où s'enchantait Âriûidè (• ; ' Cétàient d'impurs objets souillés par Je déifkwjii ;•; • • ' • Un cœur d'ibis marqué du sceau de Salomon ;; , - • , Des signes inconnus, des peintures grossières ^ .'. A faire reculer le sabbat des sorcières ! Des plantes de Java, dont le réseau rampant. ' \ *• ' ' Ressemblait sur le sol à des nids de serpent ; Des monstres plus hideux que l'antique Chîmère^ ^ - •; • I^ tête d'an enfant qu'avait tué sa mère ; ^ - ' : Et sur un long cercueil , qu'un drap flottant voilâitf . Trois hiboux morts dont l'œil dans l'ombre jétincelai^.

C'est là que sans terreur, loin des soins d'un empire, Et comme âccliniatëe à l'air qu'on y respire, Une reine de France apparaissait souvent. C'est elle. . . Le vieillard magique se levant Dit:

— Je vous attendais. — * • Et 'de son escabelle

Il daigna faire hotntnàgé a la reine lèabelle!

— Puis-je me confier,- Trëmoald, à ton art?

— Sous lelinceul d'un spectre, aux forêts de Sennart, Trëmoald, qui n'est pas un nécromant vulgaire. Fascina ton époux sur son cheval de guerre.

Il voyageait au bruit des clairons et des corsj J'assassinai àon âme en épargnant son corps ; Par ton ordre, à ses sens j'attachai la folie : Tïn tel bienfait n'est pas de ceux que l'on oublie!

— Je n'ai point oublié ce service important.

— Alors, pourquoi ta crainte et ce doute insultant? Tu suspectes' mon art?... Mais les rois de la terre Que sônt-ils pour osfer juger un tel mystère ?

Par delà le possible et l'humaine ï*aison , As-tu de mon empire entrevu l'horizon ? As-tu, t'énvironnant de larves et de gnomes. Conquis pour tes Etats la cité des fantômes ?

CHANT, y. 2-11

As-tu vu 9 dans le temps et daos Téterhité^

La courbe de. ton œil ceindre Fimm^nsité,

£t pâlir devant toi le nom des -Zûroastres, .

Quand tu quittaisjes morts pour déchiffrer les astres?

As-tu, pour en armer plus d'un philtre mortel^

Volé le saint ciboire au fond du maitre-autel,

Et dans tes noirs projets, d'une voix pervertie,

Enrôlé JésufrChrist captif sous une hostie ?-

As-tu, moins patiente et plus triste que Job,

Retourné vers l'enfer l'échelle de Jacob,

Afin que les démons de leur gouffre de cendre

Puissent monter alors que tu n'oses descendre?

Toi qui, souvent funeste aux heureux que tu fais.

Sais comment, dans un cçeUr s'incarnent les forfaits ;

Toi, toi qui viens grossir; bercée-en ta litière.

L'édifice du inat d'une si lourde pierre^

Tu n'es rien dans cet antre!... Isabeau, courbe-toi :

Le trône où tu t'assieds s'écroulerait sbus moi!! .

Mon large front ferait éclatera couronn^^ Cesse donc d'insulter la nuit qui m'environne ; .

Car.il en peut jaillir, à ma voix, souis mes pas, Des éclairs que ton œil ne supporterait pas. Immobile vieillard, squelette taciturne,* Épiant la nature à son coté nocturne, J'entre, quand il me plaît, dans les secrets. du sort. I^ics clartés de ma tête illuminent la mort.- Cesse donc d'insujter à ma science, o femme ! Je suis une statue ayant l'enfer pîOUr âme,

21^ JEANINE X>'ARC, GU£RIIIBRE.

Et j'ai pa'ifoi]5^i^(hif.mêm'e;e«lêeônstill^ -• . Jaloux d^. mes. pehsèrsrje spectre<le Sâtaa. Consumé -du besoin desisr choses inconnues, • - . . . • J)B;prends en pitié ceux qui yiveiit..sous les nues. • ©^foiid de.mbn tomI)eâuje'ju"gé*v6splaisii^^^ • '-' Et je puis, IsâbçHéy au.gré-.de nies; désirs^ Quand les rois les», pareils m^q^çusént^dé itugBSOQges/. Donner à leurs ^ipjets^aforjme de ^rues.fôrtg^^ * • - Oui 9 comme uiî i^is^eùXi noir par li&Sr y^nts halLorité^ • ' •Je Vois" ^rfavefiïr flotter lliumanitç.. -\ •..■ ': - . Je vois lès siècles mort$ et les siècle&a jiaîti^ . : . Parle donc . * : Que SteUx-^tu .denrnoi ? , .-. - v . ; ' ► % ;. . .

* • * *. •" • . ; V » ' ---Je veux tconnaîfre Si le beau Çfoëme^ dep^j^is néitf jours parti' /- .-:■ .. Pour tuer Jeanne d'Arc et rengermp'n parti,- '//'. A tenu son sermeRt, /. jé.r^tt^nds^tî^e Çâimie, . . - / .

• . , — yeux-tu,Tcfnè I^beaù, l'îrppreTKiré de lui-mêm^?

Veux-tu qu'il t'apparaisse eïi ce lieur,*;.- .:

, .' ^\ ''■'.'■- '.: - ' ,! V A-Je^leyeuxi

* — Tr<^moald de tout tenips ftit.'proplçe.à tes vçeux. • . '• •."''■ *.*^

•Vois^fu cette- vapevîrd«irt,'s6usfesrockeS30i^^^

' he cqntour inôettaio ieïisse à travers les Qmbrés ^^ ' .••

h3L yois-tu-s'éclairev par degrés?. . .

• . . ,. • • ' -— rJelavois.

' -^ Noêmé dé sç!? flancs va àorlir à ma voix. • .. Il ne finit qu^im infant. -rr- * . •. '

• iGHAN.T V. ' : 31»

- •• ':' •',. /^^•-d'«ni(ùu^ toimneutée,

La reine suit de loitt la v^gtpeur çilch^ntee^. . ; i ; Accusant de leiiteùE eevdouK4iii[Kgé âiiTi«^ : Ce nUagé bTÎlUnt c[ui.sera: Noétrié ! ». . •

Elle $*élance m fond du magique 'repaire ;*/

. Mais, au lieu du jeUne. hona'mie adoré ^'elle e^pèr^j

Au Heu du front charmafit à'ses désirs, piroinisy . •

Ouvrant pouc l'enlacer seB<leiix bras enneuiis^

Les: cheveux hérissés;' sarïglànt^ funèbre,, horrible.

Un spectre; qui' jamais ne grandit plus terrible^

Sort dû sein du .naa^-.arûx contours indécis : - '

. Trémoald ïi'ayak pu iju évoquer Charles Six !•>..' .

Pour uh-affreùî^ hymen il monté de la ferrp.;' ..

Sa. lèvre ^cst collée aa front de l'adultère! . ...

Elle • prie' et conjuré et rëùt fuir vainement; • .

Le funéi&i're époi>x Templacè son-.aLmant,. .

Et pose, cpiiime alors quïl avait un. royaume, ...

Sur le coêiir d^Isabeaursa tête de^ fantôme;

Crtte tête ou U mort dan§ l'ombte avait laissé

* Ses stigmates empreints* aux traits de. l'insensé.

Et' qui donna, 'durant de lôn'gs. jours .de souffrance,

Le sceptre à la folie ^t l'Anglais à la France! .

Le nécrpmant yainùju s'étonûait que $on .art Se trbinpât de fahtoihe, et têv^ait à réc9.rt; Et la reitie. criait: . -/ , • ,

--: Rentre dans les abîmes ;

Je croyais que la mort gardait mieux ses victimes ! Depuis qu^nd le tombeau, rouvert de tous côtés, A-t-il, comme mchi lit, ses infidélités? Et depuis quand ici, trop bizarres épreuves. Les époux trépassés sont-rIs jaloux des veuves? Autrefois mes amants, fiers d'un- regard de moi, Dormaient à mes cotés sans réveiller le roi. Cette lutte entre nous trop souvent recommence! Je crois que le sépulcre ajoute à ta démence? Es-tu bien Charles Six ou n'es- tu qu'uA remord Qui, pour m'envelopper, prend le linceul d'un rhort? Crois-tu que sous ces rocs j'invoquai la magie Pour les embrassements de ta pâle effigie? Ne puis-je donc attendre un amant jeune et beau. Sans qu'un vieux roi , sorti des dalles d'mi tombeau, M'apprenne, en meurtrissant ma lèvre violette, Ce que contient d'amour le baiser d'un squelette? Fuis, spectre; et pour jamais sous le marbre enfermé. Remporte Charles Six. et rends-moi Noëmé! —

Le monarque répond en la regardant :

— Femme, Tu m'appartiens... Je suis le spectre de ton âme. Sa plus fidèle image ^ et, par elle enfanté. J'ai toute sa hideur et son éternité. J'ai pris naissance au sein de tés amours immondes, Stériles pour la vie et pour la mort fécondes : De tout germe du mal c'est la suprême loi.

ÇHAPIT V. . 215

11 faut l'anéantir pour m'arracher de toi;

Et quand mon front glacé souille le diadème,

Ose me regarder,^ tu te verras toi-même !

Ose, car ce miroir suffît à te punir;

Car je dois à moi seul peupler ton avenir.

Mais peut-être, malgré plus d'un forfait énorme,

Si tu changeais de cœur, je changerais de forme.

Il est temps d'y songer ! . ... Commande à tes fureurs ;

Des visions du crime amoindris les terreurs...

Respecte d'Orléans la Vierge tutélaire;

La Vierge, don d'amour, comme toi de colère;

Ange de ce royaume, et que Dieu suscita

Pour guérir tous les maux qu'Isabelle enfanta!...

Tu crois, dans une orgie et par ta folle ivresse,

Avoir payé sa mort au prix d'une caresse;

Tu crois qu'impatient des lenteurs du chemin,

Marchant vers tes baisers une tête à la inain,

Ton Arabe t'appelle et va venir lui-même.

Tout inondé de sang, te dire : — Je vous aime !

J'ai surpris Jeanne d'Arc, et lui perçant le sein.

Pour monter jusqu'à vous me suis fait assassin. —

Tu crois, contre la France alors que tu conspires.

Que ton regard suffit à changer les empires.

Mai3 d'un espoir trop vain ton orgueil s^est flatté !

On aperçoit ton âme à travers ta beauté.

Reine, et ton Noëmé, noble enfant de la lyre,

Expie en t'abhorraat une heure de délire.

Il aime Jeanne d'Arc-

ai 6 JEANNE D*ARG, GUERRIÈRE.

— Tu mens, spectre, tu mens !

Je ne sais point encor comme on perd ses amants ! Leur coeur, à mon .empire alors qu'il s'abandonne, Garde le souvenir des heures que je donne. Tu mens ! — .

Charles répond :

^:- Tiens, regarde, Isabeau.

Si je puis soulever la pierre du tombeau. Je puis aussi, crois-moi, sans l'art trompeur des mages, De tes folles amours évoquer les images ; Et. propice à ta voix plus 'que ce néçromant. Tel qu'il est aujourd'hui te montrer ton amant. - Regarde.--

Et, sans attendre un signe de la reine. D'un jour mystérieux la grotte souterraine S'illumine, et fait yoir la tente aux franges d'or Oîi, lasse des combats, , l'héroïne s'endort.

Qu'elle est belle!... On croirait sous cette riche frange, Si. l'on dort dans les cieux, voir le sommeil d'un ange. Miraculeux vengeur promis à notre affront. L'éternelle pensée habite sur son front. Sur ce front calme et blanc, tout empreint de mystère. Qui rend l'âme visible aux regards de la terre; Sur ce front calme et blanc qu'anime un chaste feu, Le plus pur des miroirs où se contemple Dieu ! Près d'elle est son drapeau, rival de l'oriflamme.

• ; CHAST Y; ' ... ■. 217^

Son *çasqne-laiisè fiiir ses rQBgs;cfteyieux Vlè feiûme'. Suc uh $ein>.dent raïahure e^ll>^asse.le cpntonr-,-

Qjue deux gk)bè)^ de fer Réparent -de ramo^iri : 'V Des lis qu'elle à 'saiivës Orlëa;ns la. cour^onnë', Et de foudres étëïats sa tente s'eaivifonne;

Et rArabe tourqé Vers l'Orient vermeil, -

Uir thëorbè à la ittaiii*/ chante pour «on.'jommeil :

— <^uë né- pùiàrje du pièd-.noiiKh' dé.lâ tourcllip .-

L'emporter vers le Nil ou les sables^ d-lr^nlv

L'ange de MarfïoHiBt ajoiiterak pour ellé*r

■Utf'Vjersét d'amour. au fjorali;" • . 1 '"* *

Le rocher d'Ëponga brille datis la imit ^liibre - : .

Dès fçut étineelants qu'il a ptié au sblèii : *• ,

Quand % èe la Vpis 'plus, ^•son image dans Toftibnè '.

Tlottc .'etirûle *Ac6r moTi'sbmïneîI! ■

Mon liojï, comme moïj languit sans 'énergie. - ', Je rie vïçns plus suspendre, ainsi iciu'« ri fiche .écrin, Au. cxSU tie ftiôîïl clievàl sa géiiéàrogiè / - . Scellée en un sachet décria*.

Sans rega«leï^ines'p1»*ups,'-o Vierge «de la Loire! * Tu couvres ton beau sein de ton (}ur bDuelier^

Et l'ainoirr le.st pour nJôi . cet ange à l'iiilé uoirç-. • 'Qui -dort S(>u]5*le mancepillier.

Bien plus qUie le banheur^ la gloire a ses mensonges. Et tu diras, peut-»être, auprès de mon tombeau : — Un cœur comme le sien valait mieux que les songes Qui voltigent sous mpn drapeau. —

A peine de. ces vers la musique enchantée Eut frappé d'Isabeau l'oreille, épouvantée, Que le tableau changea, tel qu'un nuage errant.

Sous des arceaux voilas d'un nuage pdorant, Devant un crucifix, aux moulures gothiqaes, Qu'exhaussaient dans leurs bras trois figures mystiques, A genoux sur là pierre et le bras désarmé, Néophyte charmant, l'Arabe Noëmé Prie, et tse montre encore aux regards de la reine... Il avait dans la nef Jeanne d'Arc pour marraine.

Elle est là, tête nue, et de son casque .aitier, Avec un. saint orgueil,, lui fait un bénitier* L'eau sacrée, en tombant dans cette chaste armure , Rend avec harmonie un belliqueux murmure! Une conque de fer portant l'eau du Jourdain : Voilà le sacrement d'un froiitdfB paladin! Et d'un fils du désert la tête en est mouillée. . Nul archange de mai^^re à Taile agenouillée,. Avançant vers l'autel ses bras levés en arc. N'eût eu plus de splendeur que n'avait Jeanne d'Arc.

Puissante daos sa foi, sa figure sévère Dominait le tableau , comme un jChrlst le Calvaire. L'Arabe, qui prenait son beau nom triomphant| N'était à ses côtés que ^on timide enfant, • Balbutiant tout bas, d'une lèvre inhabile. Le serment solennel qu'elle dicte, inimobile, £t qu'elle fait aussi, sachant qu^il n'aurait pas La force de manier tout seul au premier pas. Elle jiire, elle prie et de sa main de vierge. Sans gantelet d'acier, soutient pour lui le cierge; Pour lui, si faible encor qu'il abaisse, les yeux De peur,* en les levant, de se tromper de cieuxl Mais, quand sa chevelure au soleil déployée Du fleuve baptismal se sent toute ondoyée, L'Arabe se rélève, et sa m,âle beauté D'un palmier du désert reprend la majesté. A l'entour de son cou nouant Fécharpe blanche, Sa marraine lui dit :

— Jusqu'au second dimanche , Soldat de Jésus-Christ, il faut vous souvenir De garder sur le cœur ce lin sans lé ternir! On voyait autrefois tous nos catéchumènes

Porter un vêtement blanc durant trois semaines;

Ce symbole nous reste, et. l'enfant du Seigneur

De le j>orter neuf jours conserve encor l'honneur. -—

Mais sous Toeil d'Isabeau, tel qu'un pénible songe

520 JEANNE D'ARC, GIJËftRiÈRË.

Dont nos. sens tourmentes subissent le mensonge, ^

Le* m|igiq4ie tableau bientôt s'évapora ; ."• . ;. ..

Une profonde nuit sous la. grotte rentra; , ' " '

Et satisfait d'aVoir confirmé sera -^oiradôy.

Ifi spectre, eo s'enfayant,- emporta le nairpcle... *;

I^e néoronlant^ <ïé péu'rMe périr/foudroyé-,* . : •* •

I>&vant son livt'e ouvçrt n'avait point jessayé'

D'iûiposer sa puissance, au tet'riblë fantoiuie-. * • •

Il n'était point de^ceux.^ui peupl^iit. son royaume.!

Mais la. reine!... sanîâîn cherche encor Charleis. Six»;*

Uhorreur-fait dans la nuit Qndulrt**ses:soirrcils'; :

•Sa bouché est enti^'ôuverte, et sa lèvre .livide . ' /.

InsuHe le viéiiïarU éclipsé dans. le vide.- • * ^

Son pied frappe la terfre : .ondiraîl* à la -voir '

Que Trémoalii vaincu lui. cède soïi pouvoir/

Et que, pour déguiser sa terreur Immobile^ -

Le.spmbré nécromant se transforme en. sibylle: \

Elle s'écMe 0nfin :* / *

* — Des glâivesj des flambeaux!

Tt*àinant jus^'etf mes hraô.soh ^uaiiné-èii lambeaux,

Ce '-spectre -vient tremper, àmoUreùx de mes charmes, Aux: flamnies- dé l'enfer mes -jalonsfes alarmes ! Vengeance ! ; . . Éillùt-il: inviter des fureurs. • Dont le* coçui: cr(Jgolih eût couvé les^horreùrs ; . Fallût*il, lui. rendant morsures pour morsures, . *. De la" France tombée élargir les blessures; - '

Fallût-il prendre, après t^rat d'insultants défis^

Ije ppignard de:j|Vl(édee;^n Fèg^rdantrmoa fils ;

/Fattût-tt cIiaque-MÎt'yoir a l'heure ptéScrké . .Tomber .èïitfe ipm* feras* iet spectr^. qui -^ouà fjuitte ; Fallût-il efi mafdiànt taire pâlir le jour- . • •

Cbanger'en ncttjps'{K)isQpsJç» phikîm^ Faihput*, . *• Bl , pour>pouvcfir du^rppiûsT^distraire-înes ^oïlffrances, Dans dé3 fllîûyes. dip Mng iipyer 'meg'pVëférewcs^ •

.yeBgearicê!!!v//Q'Noéïïie! \ju©î>, t^ trahis mes vœûx^ Quand j*àllaia sùi? toi sein dénouer ]|M$%. cheveux ! Pour te 'd(Ainèr bien, phi» c[Ue*Jie rêvait touP ârtie, ' - *

. Qu'aud-^je ne <Jenia>id^s ^^nnp ^ête d^femïnef

. Qtiand.ièvivaiswÊn tdfi ; -^ùandij^pb.ur prîxd')à»^8€|rIBC^t,• J'élevais un;.eàdayeau ratlff'd^'înDti amant.- -.-^ * •' ^ Et que^.toute à- respoîr\d*une.ÛHio.n prochaine^' . ;/ Avec' ma royauté je dë<îoi*àîs;t^ chaîné ^ , ' ; ^ . s Tu me trahis;-. /'Mfti&iion, -rioiijrjè'.ne.lé ei*ois pà^^ r . - Viens., (5b! yieiis dëinentir. i'orâcle du trëpasil : • • Je t*aime , Noëmé! . je t'«(vne. €^t je suis belle !

' Vièjis dâtis tin cri d'ariïôlir 'veoffer tohlsabelleî!^ : .

'Ne laisse pas,* 6r.toi''CHiî portas meis couleùris, '

Lé rire d'ifn fantôme lji&C(rfcq|F à mes îfdêurr^- -

Ne laissa' pas, au gré ttêsk fiibèbré:eayie-, .. ., -^

Un agnfaht dé 1a m'tfrt jouer, av^- ûia vie, *. '

. Et, plaçant nos", transports* d*un souffle. empoisonné,

JFouler mon paraais soiis son pied «'décharné .'y

• Vie.ns^ mpn âme" entre n6h,s rie .veut pîis* d'intf rvaHe.|.

. Vîensf rie pre^nd» que le temps.^d'iuimoleit ma^rivale !; L'heure mystérieuse appelant les jjaisîrs, :

Retourne dans mon sein l'aiguillon des désirs... Tu ne me. trahis pas ; je rie yeux pas le croire ; Tes yeux emprisonnas sous ta paupière noire. Ardents comme les miens, brûlent- du même feu. Noëmé n'a changé ni d'aniour ni de Dieu! Mes baisers sur le front de FArabe que j'aime IS'oTit pas laisse de place aux ondes dû bapténie ; * Et tu préféireras, fidèle à mes eôtés^ Au ciel de Jeanne d'Arc" le ciel des Voluptés. Viens. . . Mais s'il était vrai ?. . . protégeant cette femme, Si le sépulcre était mieux instruit .que mon âme ?; Vengeance!... Trémoald, je .Veux, quoique ton art Soit pour verser dû sang moins sûr quç mon poignard. Tenter cet art encor... mais,, immobile et blême,

ISe reste pas deux foi$ au-dessous .de toi-même. Prendjs garde qu'Isabeau, dont tu fuà' adopté,; Ne constfite à la fin ton inutilité !

— Que me demandes^tu?,

• * . ; -^-Crédule à ton .empire,

I-A mort *dç Je$inne d'Arc, si J^eanne d'Arc respire^; Si Charles a dit vrai. . .

'— Tu l'obtiendras-.

— Merd.

Vieillard, veux-tu de l'or?

. * . —-Non; mais il faut ici, •

Pour rend ce leur puissance à. mes rites^ funèbres...

— Qaoidonc?

— Vendre ton âme à Tesprit des ténèbres j Signer un pacte avec cette plume de fer ; Pour triompher du spectre, appeler Lucifer.

Qu'i) vienne. — - .

. - -Et Trémoald veut venger son outrage; La honte de saclmte irrite son coura|;e^ H promet à son art .un triomphé éclatant. . Dompte par Charles Six^ il veut dompter Satan ! Il transforme à son gré les lois de la nature. Les aspics de métal qui parent sa ceinture D'euxrmémes à ses flancs paraissent se mouvoir. Son geste impérial agrandit son pouvoir. On dirait qUe> pâli sur toutes leurs annales, Il a seul le secret des eho'ses; infernales : A vaincre les -démons si l'homme à réussi, Le vainqueur de Satan doit se poser ainsi I Et de sa main puissante il trace sur la poudré Le cercle symbolique où doit tomber la foudre Quand Lucifer, quittant le moiide dès esprits. De l'âme d'Isabeau viendra régler le prix.

Tout l'antre prend l'aspect d*un formidable rêvé : Des squelettes blanchis la main gsfuche se lève ; La tê1;e rieVerifant que sa m'ère immola Vient bondir' dans le cercle, en disant : — Me voilà ! —

2r4 JEANNE D- ARC j 6ttERRH5RE.

AV^c ^ç» vtsioiw, reîiies-d^rëppuvîmtèf Sîe;5 liiboilix^ où là inoi^Viiôus.appUrait Yivàftt'c^ Ses embleiti.es^ Ses rods ait moristruep^ profli, .-.

Ses murs tout.iapiâses 4^ ^râjiâs lëizard^ au lïily. : .

Autour 'du çcrde io^pur.la'cayeri&'^tirnoie: ': •

. Pu'ïalmudconsul^té.chajque Je ttre "flamboie,. ;- .' .

. ^ Et*4an»:.rinmens1té.dip senvyagué.^^^ . . . \

Se. multiplie*. au Joi^ Icj teV€>,tç«moyajit.. , / -.♦..-

(>a croit y<>ir^,au^miRieii des vente «^^^

GJisser-.sur lé rôeKer des |[roûpes..çenjté»aîrè8 ; • . .; .

. • ■• ' » j '' ' '' • * '. * ' '** ' •. *' *• • '"* Ou entend . aWite? :cp(mm^, un ^vol dé, va»t6ur/. ,

. • Isabelle comméitee à -pâlir à. son tour. . ^ -

EHe. craint qu'eji.ce lieu;S4tinp|rêt;àJ^.rend'^r*v

Au.' lieu .dé Vacheter^ rfarriyç pour; 1^ pi'endre.-. v. . ;•

Elle .<;i^aîntv sôuk" le ftïoat oui semble ^fébranl^iv- .- • "'.;.' ' i- "* , '■ ■• • *• '• • ... -./*^ ". "«.. • '. ;'.

Oû^iinseul*cri.deT^bfer.-ne le Jas'sé eerouterj!!

Mui* tout /à cjbup^ tfa fQîi(3 de. la; grotte •>} s*ëlèvei,

Semblabkî :» ces regards, qui; pei^^ u|X»glatv^

* ' '" * ' ' ..''"•>.•.**. * •• • ' ' ' " Une musique anix sons .qtrariges, Aoîarés : ; -.j, -t ^ .;

•^ Ces sons, faibles •dyb'oijd^*^ï'w4* * *

Oï'andisseiUvv On croirâil'ej[ïtfl(p4x:e:i^ïiaVmonie •

V Que, tOoè' cênte ans plus Ja^^dr devina, liçi^oie, 'Quand/a^rflfié.dM bautlx)isj de JàJJlûte et.d Weber mit-eh -cbaidtant.rçïiÉfer/iaAs u'nr-aQcbr&.. VétîS. ces bruits deéhirantç-.n ôj^ianj: Jouriiep^Tta^tete, * •

" . Isabeau ipegrettait l'çfFroi de la. .tempête.- . • • ;' ' •

— Esprit, dit le vieillard, car ce concert flottant Annonce que le charme a fait monter Satan, Esprit qui m'obéis et qui viens, invisible. Attester de mon art le pouvoir invincible, Une reine de France attend à mon coté; Elle veut, pour le temps et pour l'éternité. Signer sans peur un pacte avec l'ange rebelle; Vendre son âme. —

Alors une voix :

— Isabelle!

Des pactes entre nous?... qu'en est-il donc besoin? A ton premier forfait tu m'épargnas ce soin. A ton premier forfait je t'adoptai pour fille ; Satan ne signe pas des traités de famille!!! Dans son bizarre espoir Trémoald s'est mépris ; Ton âme m'appartient sans en payer le prix; Et nul de mes sujets, courbé sous l'anathème, N'entra dans mes conseils plus avant que toi-même! Quel pacte en tes désirs à présent peut t'âider? Quel rocher des enfers faut-il pour t'accouder? Marche seule, livrée au souffle qui t'anime. Afin d'aller plus loin sur la route du crime ; Marche seule, Isabelle, et ne recule pas. Mon vol est dépassé par chacun de tes pas!... De mon sage refus tu me parais surprise? Les faciles succès, tout amant les méprise; Isabeau, pourquoi donc aujourd'hui t'étonner,

Si ta conquête enfin semble m' importuner?

L'amour ne peut avoir plus d'orgueil que la haine.

Ceci ne blesse en rien ton rang de souveraine!

Sous la pourpre tous deux nous marcherons de pair;

Mais ne m'oblige plus à délaisser l'enfer.

J'ai très-peu de loisirs! car mon royaume est vaste;

Et quand je monte au jour pour une œuvre néfaste^

Je veux par son éclat éblouir les maudits.

Une vierge à saisir au seuil du paradis.

Portant autour du cœur un rempart de reliques,

Et dans ses voiles blancs les pudeurs angéliques,

Et sur son front le jeûne et les austérités,

Et dans ses belles mains les belles charités :

Voilà ce qui de joie un moment me transporte.

Et de l'enfer parfois me fait franchir la porte !

Si le soupçon aigrit tes amoureux ennuis,

Si le baiser d'un spectre épouvante tes nuits.

Et si les voluptés que ce baiser ramène

Ont pour tes sens l'odeur de la poussière humaine.

Que m'importe ! et pourquoi dois-je m'en occuper ?

Ton cœur n'est pas de ceux qui peuvent m'échapper.

Tu n'as rien des vertus qu'un repentir enseigne.

Et ce n'est pas pour toi que le Calvaire saigne ;

Et je ne touche point aux choses que tu fais,

De peur, en m'y joignant, d'amoindrir tes forfaits! —

L'esprit du mal s'enfuit... Mais la reine adultère

Pour suppléer Satan demeurait sur la terre!...

Chaque objet de la grotte, en sa difformité. Rentra dans le silence et l'immobilité.

Et Ton n'entendit plus que filtrer, goutte à goutte. L'eau du ciel à travers les rocs noirs de la voûte; Ou de quelque hibou l'aile raser le sol. En mêlant de la cendre aux ombres de son vol.

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