‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 15 sur 55 · LE BOUCLIER INVISIBLE · texte numérisé non relu

LE BOUCLIER INVISIBLE

Comme Catigubt, tyran d'un peuple libre, Stupide et tout-puissant , jetait aux flots du Tibre Ses vendeurs de poisons, quand les sucs vénéneux Donnaient trop tard la mort qu'ils renfermaient en eux ; Comme les souverains de f Afrique sauvage Font fustiger leurs dieux par les fouets du servage Pour venger sur l'autel leurs vœux inexaucés ; De même la marâtre, aux courroux insensés, S'apprêtait à punir le sorcier malhabile Dont la verge de fer lui paraissait débile. Elle disait tout bas :

— Mon nécromant vieillit;

D'évoquer Lucifer son art s'enorgueillit; Mensonge!... Contre moi si Trëmoald conspire. Mon Noêmé du moins échappe à son empire. Mon Noëmé, soumis à la reine Isabeau, Dément par son amour l'oracle du tombeau! Qu'il vienne!.^ et du retour pour illustrer la fête, De mon magicien je lui livre la tête. —

Et l'efiTroi se calmait presque en ce cœur jaloux Qui. traitait d'imposteur le spectre d'un époux; Lorsque trois messagers accoururent près d'elle, Accusant tous les trois Noëmé l'infidèle, Et venant tous les trois, par d'étranges récits, Absoudre en pâlissant l'ombre de Charles Six. La fureur dlsabeau monta jusqu'à la rage, Et le vieillard maudit trouva grâce en l'orage; 9f^s rora|;;e mortel sur J^nnç d'Arc planait.

Poursuivant des succès dont Charles s'étonnait^ Jeanne d'Arc açhev|iit sa mission divine. François de Paule était auprès de l'héroïne : Messager de lumière, il s'éclairait encor Aux rayoQs descendus de son beau casque d'or ; Messager pacifique am milieu des alarmes. Il rattachait l'espoir de la terre à ses armes, Et leurs deux cœurs, brûlant d'une même clarté^ Suivaient daqs se$ élans la jeune humanités

Ils marchaient tous les deux, pleins de douces paroles , Blanchissant l'avenir avec leurs auréoles; Tandis qye dans les champs de Patay l'ennemi Préparait un combat dont l'histoire a frémi ; Tandis que, plus à craindre encor que l'insulaire Dont la voix de Talbot rallumait la colère. Le terrible Hermangard, propice à l'étranger, Au fond du vieux Paris ravivait le danger. Là, d'autels en autels, de ses serments funèbres Sous les cierges bénits épanchant les ténèbres. Et sombre et formidable et de son cœur voilé. Épouvantant l'Agneau pour le monde immolé, II tonnait, il tonnait et, de chaires en chaires, Promettait aux enfers les âmes à Dieu chères. Des progrès de son siècle il honorait Satan!.., Un jour à Saint-Denis il criait haletant :

—Malheur! malheur! malheur! car l'épreuve est amère. Parricides enfants dont l'Église est la mère. Les chrétiens sur leurs fronts ne cessent d'agiter Des secrets plus pesants que l'on n'en doit porter. Notre siècle, invitant l'hérésie à ses fêtes, Pharaon révolté, fier de ses faux prophètes, A besoin qu'un Moïse, au regard souverain. Meurtrisse son orgueil sous la verge d'airain, Et fasse incessamment sur sa croyance folle Tomber comme une mer le flot de la parole^

Que ne puis-je à ce flot donner la pesanteur

De celui qui croula sur le profanateur!

J'aime un miracle alors qu'il épouvante Thomme!

J'aime à faire tonner les vengec^nces de Borne!

J'aime à mettre en ma voix^ dans ma sainte rigueur,

Tous les fléaux bénis que je porte en mon cœur!

Ne vous y trompez pas ! colosse aux pieds de sable,

Ce siècle a sous sa base un gouflîre intarissable

Qu'il feut combler avec du sang et des débris !

Ne vous y trompez pas, enfants du vieux Paris,

L'ange exterminateur sous ses mains épurées

Doit redresser l'Intel des croyances sacrées.

La démence et l'erreur pullulent en tout lieu ;

Dan» la nuit d'un problème on enveloppe Dieu !

L'homme, de l'univers refaisant la structure,

Se ferme le salut pour s'ouvrir la nature.

Des trésors défeadus la masse s'agrandit ;

Adam dépouille encor l'arbre qui le perdit.

Cessant d'être à genoux, de toutes parts il tombe;

11 élargit son vol pour élargir sa tombe ;

Il cherche à rallumer, espérant mieux y voir,

Ces astres décevants qui font le ciel plus noir.

Vaisseau sans gouvernail, l'intelligence humaine

Grossit de ses éclairs l'orage qui U mène^

Et consulte au hasard la boussole d'Hermès

Pour atteindre les bords que l'on n'atteint jamais.

L'un, de l'astrologie osant lever le voile,

Ternit d'un sort mortel la blancheur d'une étoile;

L'autre de l'alchimiste ouvne les ar^esaux^ Pour voir si Phomni« peut sortir de ses feorweaux. Déjà, par leur audace effrayant ie vulgaire. D'un volcan de l'abîme ils ont arme la guerre, Airain dévastateur-, sulfureux tourbilkmv Des jouets de l'enfer horrible échantillon! De leur excès d'orgueil <{u'on ose les absoudre, Et bientôt leur gémej eu httte avec là loodre, Désarmant le nuage «yfa sa vokx vient tonser, Voudra ravir à Dî«ii le droit d'exterminer. D'autres, dans lefir Iblie4iiipâe «t volontaire, Promettent ;une sœur aux trois paafts de la terre : Lieu donl les haà^itânts^ dans la diair abrutis, De l'ardie de l^oé fie seraiettt poirit sords ; D'un nKxade pias ^c^fiplet ils récent )a cotkfiiéle ! . Us trouvent rtimvers moifts large (pjte kmr tête, Et veulent, vanités ! $u gré de leur désir. D'un autre genve humain se donner .le plaisir! D'autres illuminés, -^ le fait e^t bien notoire, — Dû firmament ja!k>»x veutem changer FIxîstdire, Et contre la (renèse osant Itftter tcyerjouTS, De la créatidû détrônent tes sept jours ! D'autres osent édffin, en $eè briflarits parages, Du soleil indigné suppt^imer* les voyages ; Ils veulent que la terre, en allongeant ses pas, . Attachant l'hérésie à leur étroit compas, Prenne, quand il leur pla$t, par un autre prei^tige De leur front d'insensé le tournoyant vertige.

Et s'élance rapide et d'un vol impuni

Pour promener leur gloire à travers l'infini!

Mais leur espoir est vain!... Rassurèz-vous... la terre

Échappe, grâce à nous, à leur loi planétaire;

Et ce bloc colossal, sous notre œil arrêté.

Du monde catholique a Timmobilitéi.

Orthodoxe et soumis afin d'être prospère,

Il n'ose démentir la bulle du saint-père :

Rome en pesant sur lui l'empêche de tourner.

Malheur à qui se croit le droit d'examiner!

Voyez Jean Hus devant la tiare chrétienne :

Il veut que sa croyance à lui seul appartienne;

Il doute, il interrogé; il prétend, l'insensé!

Qu'il verra mieux le ciel n'ayant plus l'œil baissé ;

Et jusqu'en des secrets qu'à l'homme on doit soustraire,

Il porte les éclairs d'un regard téméraire.

Il dit que dans la foi notre âme est en prison ;

Plus qu'aux inquisiteurs il croit à sa raison.

Et fait, tout vaniteux du nom dont il se nomme,

La première blessure au cœur saignant de Rome!

Si, le supplice en main, on veut le convertir.

Appuyé sur la Bible il tranche du martyr;

Et vient insolemment dans son apostasie,

Comme on meurt pour la foi mourant pour l'hérésie.

Scandale d'héroïsme autant que de fureur,

Faire de son bûcher le trône de l'erreur!

Il se donne, le traître! en citant ta Genèse,

Des airs d'Azariel au fond de sa fournaise!

Tant l'impie 'est rivé dans le mensonge et tant

L'orgueil peut livrer l'homme aux chutes de Satan!!

Ce n'est pas le seul crime et la seule insolence

Qu'on doive par la mort inviter au silence :

Un certain grand docteur qui près du Rhin séjourne.

Dont le rêve insensé vers l'abîme se tourne,

Un docteur qui laissa, de leçon en leçon,

L'éclair du faux génie aveugler sa raison.

Vient de sculpter en bronze une de ces idées,

Pour enfanter le mal, haute de cent coudées!

Il vient — vous frémirez ! — de découvrir un art

Qui transporte au burin les dangers du poignard :

La presse ! ! ! complément de tant d'horreurs nouvelles ! . . .

Pour sortir de nos fers l'esprit aurait des ailes;

L'esprit, sujet rampant, l'esprit agenouillé

Qu'au seul char de la foi nous avions attelé,

Libre de nos regards, pourrait, puissance altière,' -

Verser plus de poison que n'en eût la matière.

L'aigle de la pensée, encor soumis au frein,

Des grands feuillets noircis par le mobile airain,

Chaos d'opinions où Babel recommence,

Irait d'un monde à l'autre égarer la démence !

Il répandrait partout le doute qui nous mord.

Ferait de la lumière une sœur de la mort.

Oh verrait ces fondeurs, par qui tout se consomme,

Au moule de l'enfer couler l'âme de l'homme;

D'une science vaine enrichissant ses jours.

Des croyances du cœur l'appauvrir pour toujours,

£t prendre dans leur main^ en déiastres féconde, Le marteau. du saroir pour démolir le monde. Tout bienfait i TÉgUse ëtrangier pèse et nuit; S'il ne vient p£i3 de nous^ ^^ jour mêm^ est la nuit! De Tarbre des talents la branche réprouvée. Quand ce n'est pas nous seuU qui l'ayons cultivée, Ressemble aux fruits trompeurs, homicides trésors, Dont le lac Asphaltite empoisonne ses bords. Et qui portent au sein, au lieu de pulpe ambrée, Un gravier vénéneux sous l'écorce dorée. Rassurez-vous ; je veille, et dois devant l'autel Tuer le fruit impur dans son germe mortel. . Mais ce jour, ô chrétiens, veut une autre conquête : Hydre dont notre piedch^xt^hc à briser la tète. Contre nos saintes lois, contre nos étendards, La magie a dressé la fureur de ses dards. Sous quatre mille arrêts la Sorbonne érudite Foudroya vainement la science maudite ; Elle brave le fer, la flamme, et de nos jours L'effroyable phénix ressuscite toujours.

Jeanne d'Arc *r- ce nom seul raconte vos désastres! — Se servant des démons pour conjurer les astres, A jeté ses venins à vos lauriers flétris. Ses droits à notre arrêt sur son front sont écrits. Chaque exploit de l'infâme est un pas vers le gouffi^ Où le prince du mal tient son sceptre de soufre; Et l'œil qui laperçoit devine, épouvanté, Le rire de Satan à travet*s sa beauté.

CHANT yi. 239

Levons-nous; punissons sa désobéissance; Osons sur son for&it écraser sa puissance. Que Fautél sans pardon n'ait que des châtimentâ; A la toise de Dieu ifiesurons ses tourments ; Et qu^on sache que nul au supplice n'échappe. Lorsque c'est par nos mains que l'éternité frappe. Pour mettre la coupable au ban de Jésus-Christ, Sur ses lauriers impurs j'appelle l'interdit. L'interdit, c'est la voix de la toute-puissance ; C'est le Dieu fort tuant l'âme par son absence. S'il s'étendait un jour sur la terre et les mers, Il ferait de ce globe un tocher des enfers. . Vengeance dévorante et jamais assouvie.

L'interdit, c'est Ja mort habitant dans la vie; . C'est sous des pas humains le goufFire d'Abyron ; Du jugement dernier c'est le premier clairon ; C'est le rugissement du lion catholique <7ardaïit sous son regard la chaire évangélique ; C'est le fardeau sacré qui, tombé d'une voix. Des trônes de ce monde est le seul contre-poids. La terre a ses pouvoir», le ciel a son. apôtre ; Les rois sont d'un, côté, l'interdit est de l'autre! C'est depuis neuf cents ans, quand tout passe et périt, Le redresseur divin dçs crimes de l'esprit. L'interdit!!! c'est la foi qui, pour réduire en poudre. N'admet dans ses duels d'autre arme que la foudre! L'ipvincible interdit, dans ses représentants. C'est le bras de TÉglise aussi long que le temps.

Que de fois ce pouvoir^ la seule force libre,

De l'Europe boiteuse a refait l'équilibre!.

Sans lui, de toutes parts l'ordre disparaîtrait :

Où nous ne serions plus, bientôt rien ne serait ;

Et sachant qu'en nous seuls est le pouvoir qui fonde,

C'est pour nous le donner que Dieu créa le monde ! . . .

Maudissons Jeanne d'Arc, et que pour ses soldats

Ses bienfaits soient pareils aux baisers de Judas :

Que nul n'ose toucher sa main... que l'anathème Dévore sur son front le signe du baptême. Une île que les flots voient naître d'un volcan N'est pas plus isolée au sein de l'Océan, Qu'au milieu des humains une tête sinistre Que la religion proscrit par son ministre. J'abandonne l'impie à qui veut l'immoler! Pécheurs que l'avenir de ses feux doit brûler, Pécheurs qui m'écoutez, sous ces voûtes sublimes, Faites de son trépas le rachat de vos crimes. Cet exploit du salut abrège le chemin ;. On entre dans le ciel une tête à la main ! Et dans^ce sang impur ayant ^blanchi son aile, L'esprit passe à plein vol sous la porte éternelle ! —

Il dit; et dans sa main saisissant un flambeau Il en éteint les feux sur l'angle d'un tombeau, Comme s'il eût voulu, sous les voûtes funèbres, Aux ombres de la mort ajouter ses ténèbres.

CHAiNT VL 2U

Quand les sociétés qu'on ne peut retenir Sous les regards de Dieii hâtent leur avenir. Et y pour ses grands desseiùs prenant une âme neuve, Des transformations accompUssent l'épreuve, Il vient presque toujours un homme qui se fait, En lutte contre ,tous, l'ennemi du biîenfait. Importuné du jour qu'il sent tout près d'éclore. Il tente d'arracher les ailes à Taurore; Il tente d'opposer aux feux dont elle a lui • Son ombre impitoyabje en marche devant lui. Un passé qui s^e meurt en lui seul se ramasse | Aux mouvements d'un àiècle il oppose sa masse; Mais du terrible choc ses membres sont meurtris. Le siècle en avançant le couvre dé débris , Tant ses. efforts sont vains contre l'essor immense!

Tel sur un roc des mers un athlète en démence Voit un navire agile et qui, sous l'ouragan, Benlue à chaque bond le lit de l'Océan. On devine à sa forme, à sa courbe profonde, Un de ces forts vaisseaux, lancés autour du monde, Dont l'aile nourricière en s'éloignant du sol Fait servir la tempête aux bienfaits de son vol. H s'avance géant sur la route connue; Son flanc presse l'abîme et sa* tête la nue. Le commerce à travers cent écueils méprisés Balance la richesse à ses mâts pavoises. Et devant ses élans, qui dévorent l'espace,

Lëviathan soumis se range quand il passe ;

Il n'oserait braver les périls d'un tel choc.

Et l'athlète s'émeut ; son pied s'attache s^u roc ;

11 déploie en hauteur sa taille souveraine;

Son bras, fier des taureaux assommés dans l'arène,

Son bras, roi de la force en sa brutalité, ^

De ses muscles puissants gonfle la nudité.

Il veut d'autres combats faire l'apprentissage ;

Mais le colosse ailé, dont sa force au passage

Croit arrêter l'essor aux bords des flots amers.

Le jette en l'effleurant dans le gouffre des mers.

Il sait, sans se troubler d'une lutte impossible,

Que son âme lui fait une course invinfcible^

Et ne s'informe pas, vainqueur rapide et beau.

Si son large sillon se transforme en tombeau.

Ainsi triomphera des amés attardées' - Un grand siècle agitant le sceptre des idées. Il marche!... mais avant les lumineux instants Qui posent leur flambeau sur la route du temps, Hermangard, de sa nuit rassemblant ce qui reste,' Lutte en désespéré contre le don céleste. . Durant son long discours Isabelle à l'écart. Esprit ouvert d'avance à celui d' Hermangard, Avait du sombre apôtre applaudi la dbctiîne : Un effroyable espoir dilatait sa poitrine. Elle écoutait, heureuse, avide, et cette voir L'attirait vers l'autel pour la première fois.

Au pieux tribunal elle veut comparaître;

Son cœur pour adorer attendait un tel prêtre !

Car, ainsi que les bons, eh tout temps, en tout lieu.

Les méchants dans leur sein portent le méhie Dieu.

Ivre encor de vengeance et de sang dégouttante,

Elle veut d'Hermangard être la pénitente.

Puisqu*on s'ouvre le ciel à force de haïr,

Aux dogmes qu'il propage elle veut obéir,

Et contre Jeanne d*Arc Isabeàu de Bavière

Ose, après la magie, essayer la prière.

Le temple est effrayé de la voir à genoux ;

Les morts couchés dans l'ombre auprès de son époux,.

Tous ces rois différents qu'un cercueil égalise,

Tremblant de voir les saints déserter leur église.

Se demandent entre eux quel ange ou quel mortel

Pourra d'un tel encens purifier Tautel !

Mais l'office divin est terminé... La foulé

Par le portail béant comme un fleuve s'écoule.

Et l'on n'aperçoit plus sous le Christ i^dempteur •

Qu'Isabelle à genoux devant l'inquisiteur.

— Reine, mon tribunal voit ramper tous les trônes; Je plane de bien haut sur toutes les couronnes. Si vous voulez grandir, appuyez -vous sur moi!...

— i Vous venez d'écïaircir l'horizon de, ma foi. Merci, prêtre! Pat vous une âme toute neuve Descend du haut des cieux dans la royale veuve.

Je ne sais si ce souffle émane de la croix;

Mais je hais comme vous; donc, comme vous je crois.

Je crois !... un jour nouveau dans mon sein vient de naîti^e;

£t j'étais presque athée avant de vous connaître!...

De nés prédicateurs. la parole de miel

A force de douceur me dégoûtait du ciel.

Moi, dont le cœur est prompt, dont la cliair est fragile,

J'avais jusqu'à ce jour médit, dç l'Évangile :

Cette loi de lumière et de pardon banal

Du chemin dlsabeau n'était point le fanal !

Fille des passions, à leur souffle asservie,

Quelques erreurs de femme ont plané sur ma vie,

Et c'est, j'en conviendrai, des hauteurs du pouvoir

Que je voulus apprendre à juger mon devoir.

Dieu relâche pour nous de ses lois souveraines ;

D'une vertu timide il exempte lesi reines ;

A nos propres grandeurs lui-même intéressé,

N'ordonne pas qu'un front à son niveau placé,

D'avance épouvanté d'un tardif anathème,

Fasse, en tremblant toujours, tomber le diadème ! . . .

Rien ne m'est odieux comme d'user longtemps

Sur un marbre glacé mes genoux pénitents ; .

Rien n'est plus odieux pour moi que le$ cilices.

Où le bonheur divin pread les traits des supplices ;

Rien n'est plus odieux que ce vil repentir

Qui donne à la beauté la pâleur d'un martyr.

Le salut ne vaut pas qu'on mutile son être ;

Mais courir se venger quittant les pieds d'un prêtre ;

CHANT Vr. 24o

Mais répandant le sang que l'on entend crier, Pouvoir, sans changer d'âme, à deux genoux prier; Mais devant l'ennemi prosterné dans la poudre, Lever les yeux au ciel pour y chercher la foudre, Voilà mon culte à moi!... La croix^ fardeau sacré, Chargeons-la de vengeance et je la porterai ! Quand le Dieu d'Hermangard nous ouvre son domaine, On a l'éternité pour y puiser la haine. Ai(Higeons l'infortune, irritons les douleurs, àemons beaucoup de maux sur la terre des pleurs!... Il m'est doux , il m'est doux d'apporter mon Jionimage A la divinité qui vous prend pour image ; Et je suis, comme vous, fidèle à Jésus-Christ Lorsqu'il rend aux humains les tourments qu'il souffrit. Frères, défions-nous, quand il faut des Vengeances, De ces saints dont les mains sont pleines d^indulgences. Et qui n'ont pas en eux cette ferme vigueur Qui rend le bras garant des volontés du cœur.

— Ma fille, dit le prêtre , — il l'appelait sa fille. Comme ayant par avance un instinct de famille ! — - D.^Une telle conquête Hermangard est charmé. Pour la moisson de Dieu ma parole a germé ; C'est à lui qu'on en <loit rapporter le mérite ! Oui , que toute faiblesse entre nous soit proscrite ; Point de vaine douceur, point de regret humain ; Marchons , comme le Christ , une verge à la main ! Flagellons, comme lui, tous les vendeurs du temple.

Ce n'est qu'armé de fouets que mon œil te coatemple, O Christ! et tu deviens le maître d'Hermangard Quand un éclair de sang traverse ton regard!... J'éprouve pour la Vierge au triomphant prestige Une haine croissante allant jusqu'au vertige. Jeanne d'Arc ! Jeanne d' A rc ! . . .

— Prêtre, n'achèves pas!

Je la hais plus que vous...

— ^ Jurez donc son trépas.

— Ce serment peut m'ouvrir le ciel ?

— Oui!...jèrespère...

-^ Je jure son trépas. . . absolvez^moi , mon père. —

L'inquisiteur répond :

— - Moi qui puise à mon gré Ou la vie ou la mort dans le trésor sacré ; - Moi , moi qui des chrétiens soulève la balance , Dans l'Eden-^ou l'enfer, en les pesant , les lance ; Moi glaive et. bouclier, moi tribunal et roi Et qui force Dieu même à juger comme moi , Je délivre ton iront de la tache qu'il porte. Entre au ciel en laissant tes péchés à la porte ; Entre au ciel appuyée au bras fort d'Hermangaixl. Le passé d'Isabelle est mort sous mon regard ! Reine, je t'en absous. —

Mais vainenieut son signe

Veut donner au vautour le manteau blanc du cygne;

Sa clémence est sinistre et^ même en bénissant.

Des malédictions sa voix garde Taccent.

Apôtre de vengeance j on sent qu'il balbutie .

Une langue étrangère à son âme endurcie ,

Et l'on voit que son bras porterait mieux la. croix

S'il fallait eh heurter la couronne des rois.

fjui-même s'épouvante et baisse là paupière.

Lorsqu'il plonge la main au bénitier de piene ,

L'eau l\ki semble brûlante et ^ pensif de tèiTeur,

Tout le poil dé sa cliair se hérisse d'horreur.

Nul esprit du. Seigneur en haut ne ratifie

Cette absolution 5ur le livre de vie.

îjoîn de blanchir la page où le nom d'Isabeau

Apparaît obscurci des teintes du tombeau,

Bien loin de l'alléger de ses fardeaux sans nonibie ,

L'affreux pardon couvrit la page de son ombre.

Debout au saint des saints , l'ange ,du jugement ,

Sous un stylet taillé dans un grand diairiant ,

Ecrivit mot h mot les paroles fatales

Pour rétablir l'hoimeur des Iqis sacerdotales ,

Pour en ariïier ses droits et pour venir un jour,

Formidable envoyé du céleste séjour.

Réveillant Hermangard dé sa longue déoieuce ,

Lui lire comme arrêt son acte de clémence.

Ecartant de son sein la pourpre et les rubis , La superbe Isabeau , sous de grossiers habits,

248 JEANiVE DARC, GUERRIÈRE.

Partit après avoir de son prbjet sinistre Prévenu Trémoald , son nocturne ministre ; Après Tavoir instruit des chemins hasardeux Où bientôt ils devaient se rejoindre tous deux. Son cœur jaloux saignait par toutes ses blessures Espérant iiiéditer des attaques plus sûres , Pour sonder les esprits elle voulut i*evoir Les murs de Blois jadis soumis à son pouvoir.

Déjà depuis sept jours les voiles du mystère Enveloppaient partout sa route solitaire ; Quand, près d'elle, le bruit des trompes d'iiu chasseur Des forêts de Chambord traversa l'épaisseur; De Chambord oîi plus tard l'art peignit dans ses fresques Des emblèmes d'amour sous des clochers mauresques ; Où l'on vit un amant , roi , poëte , héros , Tracer avec sa bague un vers sur les vitraux , Deviser tendrement et, plein d'un feu profane, Offrir la salamandre aux autels de Diane.

Or cette noble chasse où le cerf bondissait , Était celle du roi de France... Charles Sept Entreprenait parfois des chasses très-lointaines ; Depuis que d'Albion fuyaient les capitaines , Il donnait plus d'espace à d^étranges loisirs ; Il laissait la victoire agrandir ses plaisirs, Et, du joug étranger délivrant la province , Jeanne d'Arc se ba;ttait pour lés faucons du prince l

CHAIST VF. U9

Il attendait Agûès dans des lieux tout cachés Où le printe^lps fleurit sous des saules penchés ; Et bien loin de la chasse^ au pied d'un grand platane, En prince oriental qui reye à sa sultane. Du soleil de midi fuyant les rayons lourds, Suspendant aux rameaux sa toque de velours,' Il s'était endormi 4'un sommeil éphémère ; II ne se savait pas si voisin de sa mère ! ! !

Son couteau de chasseur sur le gazon jeté , Dans un fourreau d'argent, gisait à son côté. Elle avance au hasard la marâtre inhumaine ! Vers l'arbre de son fils l'esprit du mal la mène. Elle avance au hasard à travers la forêt ; I^ cliasseur qui sommeille à ses yeux apparaît: Elle aperçoit ce fils sorti de tant d'orages ; — Beau front de dix-sept ans dormant sous des ombrages! Dont la lèvre gardait, dans un rêve enchanté, Ce doux pli que l'amour doAne à la volupté ; Dont les cheveux dorés, se déroulant d'eux-même. Semblaient s'être affranchis du poids d'un diadème ; Et dont l'oeil attendait, pour s'ouvrir, quNin baiser Vînt sur ce doux sommeil en riant se poser. Elle aperçoit ee fils , innocente victime , Qu'elle a voulu flétrir avec son propre crime. En disant : — Sur le trône en vain il s'est assis. Mon fils, à moi , n'est pas celui de Charles Six ! Je ne. sais même pas , de mille amants suivie ,

250 JEANINE D'AUC,. GUERRIÈRE.

Dans quelle nuit 4'ivresse il a puise la vie! - — .

Les plus amerâ pensers Tassiégent tour à tour. Tout ce qu'un coçuf de mère éprouverait d'^nioûr Se transforme pour elle en sentiments funèbres. Une sainte, en parlant de Fange de ténèbres^ Disait : — I^ malheureux n'aime pas. — ,

• ^ ^ Isabeau,

Se faisant de son âme un plus sombre tombeau. Déshonorant la mère encor plus que lu reine, Au berceau de son fils avait trouvé la haine L D'abord elle vçut fuir... la marâtre a frémi De voir un glaive auprès d'un enfant endormi. Elle est seule; elle craint que son flk ne s'éveille ;. Le nom d'Agnès, ce nom plus doux qu'un vol. d'abeille, Murmuré par le roi, vient arrêter ses pas :

— Même dans son sommeil il né; se démadt pas ! Il aurait, quand l'amour lui tient lieu d'une palme. S'il l'êvait de sa mère, Un rêve un peu moins calmie ! Se dit-elle; voilà ce prince déloyal Que Montereau changeait en meurtrier royal; Qui, poiu" joindre ses coups aux exploits de son père, S'essayant à tuer les amants de sa mère. Les attirant de loin dans un pacte trompeur, Tachait son écusson du sang de Jean-sans-Peur ! Il faut à cet enfant , qu'abrite la clairière , Des cerfs ou des héros à frapper par derrière !

Et dans ces bois déserts , sous leur sombre épaisseur^

Voyant la reine prise aux filets du chasseur,

S'il, allait s'éveiller, l'assassin pourrait faire

D'un reode2>-vous d'amour le meurtre de sa, mère!

Oui , sa débile çiain , inerte en sa pâleur,

Croirait d'un parricide illustrer sa valeur ! . . .

Si cet enfant maudit n'était plus sur la terre ,

La France., sous mes lois, deviendrait l'Angleterre.

J'ai voulu , vainement , pour changer d'héritier

Lui changer ses aïeux devant le monde entier ;

Croyance qui me blesse, et double ma colère^

On prétend mieux que moi savoir quel est son père !

Plus il devient l'objet de mon ardent courroux ,

Plus on le dit ici le fils de mon époux ,

Et ralliant un peuple à sa tête pi^oscritiB ,

Sa légitimité dans ma haine est écrite!...

Les Français ont raison : mon cœur, assurément ,

L'aimerait davantage étant fils d'un amant ! . . .

Reste de .la démence et de la frénésie ,

Qu'Agnès métamorphose «B satrape d'Asie j

Je crois en lui déjà démékr quelque Irait

Du spectre paternel qui la nuit m'apparait.

Oui, voilà le sourira insensé de son père;,

Et , s'il ne meurt pas jeune , il sera fou , j'espère !.. *

Lorsqu'il vient s'allumer entre proches parents ,

Le foyer de la haine a des feux dévorants :

Si je ne le préviens , i) me sera funeste.

F..e berçant contre moi d'une fable céleste ,

2d2 JEANNE D'ARC, GUËHRIÈRË.

Sa Jeanne d'Arc l'irrite et, s'il suit ses avis.

Il peut sous le soleil se montrer bien mon fils!

Le fruit doit être impur lorsque je suis la tige !

Je crois que ma fureur monte jusqu'au vertige...

J'avais peur de mon fils , c'est moi qui me fais peur :

Isabeau se connaît en sinistre vapeur !

Un roi m'associant à son malheur immense,

Dans ma couche , quinze ans j fit entrer la démence :

Il me semble en mon sein que je sens aujourd'hui

Éclore les horreurs qui m'effrayaient en lui...

Je suis seule, bien seule... et ce poignard me tente...

£t de l'inquisiteur je suis la pénitente !

Le prince est sans secours.. . oui, son œil est fermé :

S'il ne s'éveillait plus, ce fils du -Bien-Aimé?...

S'il ne s'éveillait plus... —

Et, tout à coup, sa tête Enfante une pensée à doubler la tempête ; Crime contre nature , épouvantable , à part , Qui n'était pas compris au pardon d'Hermangard ! . Projet où la démence à la rage s'allie ; Les forfaits ont toujours un pied dans la folie : Ce sont d'affreux transports, c'est un cœur bondissant Qui nous jette au cerveau le crime avec le sang ; C'est un bouillonnemeiit qui d'un meurtre décide ; C'est la fièvre en fureur montant au parricide !

Telle était Isabelle en toute sa noirceur, Et ramassant dans l'herbe un couteau de chasseur...

Mais Jeanne «d'Arc de loin fut alors avertie ])e ce qu'allait tenter la mne pervertie ; —Car Jeanne avait toujours, pour sauver lesFrançais, La double vision des pâtres écossais. — > Et son rêve lui fit une frayeur mortelle.

— Mon bel ange gardien , sauvez le roi, dit-elle; Protégez son sommeil du séjour des élus : Si sa mère le touche, il ne s'éveille plus !. .. Mon bel ange gardien , exaucez la guerrière. —

L'archange saint Michel l'entendit..; O prière ! Prière , pur encens que la foi fait brûler ! Langue que Dieu créa pour qu'on pût lui parler! Chaste émanation, lad de perle et de flamme Où viennent se baigner tous les cygnes de l'âme! Grand phare dominant la vie et le trépas , Seul trésor de l'Eden qu'Eve ne perdit pas ; De l'arbre de Sion belle fleur toujours verte , Toi qui fixes le ciel sur une bouche ouverte ! Colombe de Noé , colombe au vol béni , Toi qui' rends si léger le poids de l'infini. Et construis , pour la paix des heures étemelles, Les nids mystérieux où la mort prend des ailes ! Toi qui sais dans des cœuirs faqés avant le temps, Jeter de ces lueurs qui font croire au printemps ; Toi qui rends les moissons plus hautes et plus amples, Toi pour qui l'univers est tout peuplé de temples,

Toi seul vrai char d'Élie avec ses quatre éclairs, Pour sauver un roi monte et traverse les -airs!!!

Déployant à plein vol, au cri de l'inspirëe. De son aile de feu la courbe immesùrée, L'archange saint Michel part, lumineux, puissant ; Lé paradis ému le bénit en passant.

Des arsenaux divins les foudres attentives, Dans les heures de paix sur Tenclume captives, Se demandent s'il faut, brûlant de toute part. Servir de diadème à l'archange qui part. Il s'incline aux genoux de sainte Geneviève ; Cette sœur de Marie à peine fille d'Eve, Étant aussi propice à Theure du danger Qu'une armure de Dieu lorsqu'il faut protéger ; Il sait que son sourire , avec persévérance*, Apaise chaque flot sous la nef de la France, Et que l'agneau sacré ne peut refuser rien A~ la vierge aux yeux bleus du mont YalérieQ. Puis l'archange guerrier de l'infini s'élance ; De peur d'anéantir il n'a point pris sa lance ! 11 descend , il descend , et l'habitant des cieux , . Pour ne point voir un crime une main sur ses yeux, . Vient étendre de l'autre , invisible lui^-même. Sur le sommeil du roi. le bouclier suprême.

Vainement Isabeau vingt fois sous te soleil

Tourne, comme une hyène, autour de ce somuiei}.

De l'ange protecteur ignorant le vuiiracle ,

Elle crut qu'à son cœur soq bras faijsait obstacle ,

Et qu'il gardait encore , en secret révolté ,

Un reste d'épouvante et de maternité.

Elle s'attribua , se disant trop timide ,

L'impossibilité de ce grand parricide ,

Se taxa de faiblesse et cacha le couteau.

J^ marâtre se prit à douter d'Isabeau ,

Et crut qu'il existait devant quelques victimes.

Sans que Dieu l'eût posée, une borne à ses crimes !

Et le jeune Dauphin se réveille sans voir Que le fer du chasseur n'est plus en son pouvoir. Mais sous le grand platane, au lieu d'Agnès la belle , Le profil irrité de la sombre Isabelle Frappe les yeiix du prince :

— O ma mère, estKie vous ?

Dit-il , en essayant de baiser ses genoux ; Grâce pour mon exil , pour mon adolescence ; J'ai tant pleuré depuis le jour de ma naissance ! Dans la guerre civile et le malheur plongé , L'enfance n'eut pour moi qu'un sourire affligé! Dans l'âge de la vie où la vie est si douce , Au grand parc de Vincenne à midi, sur la mousse, Cet âge si riant , cet âge si vermeil . D'aucun rêve étoile ne befrca mon ^mmeil.

Que de fois , pauvre enfaiit sans avenir prospère , Mes vœux furent glacés par l'ombre de mon père, Lorsque , comme David , Odette*Champdivers Endormait sa blessure au dictame des vers ! Hélas ! dans nos palais ouverts à tant d'alarmes , Le nom de Bien-Aimé ne défend pas des larmes;. Et Charles Six pleurait et , douloureux fléau , La folie est plus triste à côté d'un berceau ! Que de fois revenant dans ma froide famille , IjCS mains pleines de nids trouvés dans la charmille. Je mis en liberté tous ces oiseaux des champs, De peur qu'auprès de nous ils n'eussent plus de chants, Et que les rossignols ne prissent la tristesse De l'enfant délaissé que l'on nommait Altesse. Ah ! sans m'étre endormi le soir , sur votre sein , Que de fois mon réveil , hâté par le tocsin , Croyant voir aux vitraux le nouveau jour éclore. Contempla l'incendie en place de l'aurore !

La mort de toutes parts environnait mes pas ;

Tannegui du Châtel ne se reposait pas !

Oh ! grâce, laissez-moi dans cette vie amère

Rattacher ma fortune à l'amour de ma mère!

Soyez plus indulgente à votre preipier-né !

Uii fils qui vous supplie est toujours pardonné.

Je parle de pardon et ne sais quelle offense

A fait loin de vos yeux proscrire mon enfance.

J'ignore pour quel crime on douta de ma foi ;

Consolez l'orphelin du malheur d'être roi !

CHANT VI. m

Ne me haïssez plus, la haine est si pesante ! De nos inimitiés toute joie 'est absenté. Vous avez fait couler mes pleurs. . • tarissez-les. . . Le tombeau de mon -père est ^ptif des Anglais; * Allons le délivrer : la carrière est ouverte. Attachez vos couleurs à mon ëcharjpe verte ; Venez , et pour un fils priant à vos genoux Que Pappui le plus fort soit aussi le plUs dou^ ! Grâce... —

Mais Isabeau , quMl n'a point ébranlée.

Car en bronxe en son cœiir la haine était coulée, Opposant à son fils un silence odieux.

Sous Tarbre. épouvanté le laissa saris adieux. Et ce prince affligé, que la bonté décore, Gémit sous cet affront plus doucement encore. Charles Sept était faible, et n'était point méchant...

Quaiid la harpe éolique à, commencé soi^ chant, Chant si pur qu'il pourrait être la voix d'un ange, En orage grondant si le zéphyr se cîiange, * I^a tempête en foreur là frappe de ses bruits * Sans altérer l'accord qui pleure au sein des nuits.

La reine a foi son fils comme on fuit le sup|)lice. Mais elle a vu venir Trémoald , son complice... Il parle, et chaque mot des lèvres du devin Apaise sa fureur comtne lin charm'e divin ;

Et son sein palpitant se calme et se rassure A ces nouveaux poisons jet^ sur sa blessure.

Ijorsqu'un dogue enragé^ de hameaux en hameaux. Rend semblables à lui l'homme et les animaux^ Et, de son mal fécond étendant le domaine, Donne ses aboiements à Tagonie humaine^, Les mères dans leurs bras cachent leurs nourrissons. L'aride Canicule irritant ses poisons Les imprègne de feux; car, comme sur ce globe. Le soleil luit, pesant, sur sa tête hydrophobe. Il marche, il marche, il marche, et le mal va croissant. L'éclair de son œil sort d'un nuage de sang ; Sa salive jaillit en Cocons de bitume , Et l'eau lui fait horreur quand la soif le consume. Son gosier crie et râle, et, d'instant en instant. Ainsi qu'une fournaise il fume, haletant ; Et sur tous ses chemins, en proie au même orage , Dans des cercles saiîs fin il fait tourner sa rage. Effrayé de sa course aux obliques détours. Les tocsins^ par nos cris réveillés dans les tours. Ont invité de loin tout un peuple à l'abattre. L'ours, qui le voit passer, n'ose pas le combattre L Il déchire son maître et le tue aujourd'hui, En oubliant qu'hier il serait mort pour lui. Et ce cœur généreux qui savait comme on aime, Que la fidélité prenait pour son emblème, A d'horribles ti'ansports maintenant condamné,

Palpite à faire envie au tigre déchaîné. Son sang, qu'un noir virus de ses levains altère, Semble faire couler l'enfer dans une artère. Il erre convulsif sous la foudre du mal ; Mais, rival en venin du féroce animal, Dardant son aiguillon ainsi qu'un fer de lance. Si du creux d'un ravin un tong serpent s'élance , Siffle , lève la tête, et de son dard brûlant. Sans avoir peur de lui, pique le dogue au flanc, Dans les poisons mêlés un miracle s'opère : Le dogue a tressailli calmé par la vipère; Et son sang qui brûlait absorbe avec lenteur Le don envenimé du serpent bienfaiteur.

Et telle la fureur d'Isabeau s'est calmée A la voix du maudit lui parlant de l'armée. Et, sombre et triomphant , lui répétant tout bas :

— L'Arabe est prisonnier du géant Glacidas! Va, tu seras vengée, et dans cette nuit même. Non loin de Noêmé, de la vierge qu'il aime Le géant Glacidas violant le sommeil, Donnera son opprobre en spec^tacle au soleil ! —

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