‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 17 sur 55 · LA BATAILLE DE PATAY · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE PATAY

Trop souvent la victoire a vu ses favoris Pour nous paraît-re grands monter sur des débris^ D'une palme coupable adorer la démence^ Brûler Persépolis ou renverser Numance, Et 9 soldats du malheur ^ conquérants odieux^ Peupler nos panthéons de tigres demi-diëux. Mais parmi ces lauriers, noirs du saiig des victimes, ^ Brillent d'un feu sacré les palmes légitimes :

^ Comme au siècle d'Énée, on croyait voir encor

Dans les forêts du Styx briller le rameau d'or. Mais il est des héros qu'avec idolâtrie Sur son autel sublime élève la patrie ;

Des héros dont le front pieux a reflété Le rayon le plus beau de la célébrité. Des cris libérateurs s'échappent de leur cendre : C'est Porus essayant de combattre Alexandre; C'est Sparte SAi roi des rois n'opposant pour écueils Qu'une fête funèbre et que trois cents cercueils ; C'est Pelage élancé des monts de Cavagonde ; C'est enfin cette vierge^ en miracles féconde, Pour la patrie en pleurs livrant les seuls combats Dont les regards du ciel ne se détournent pas. Et couronnant son front de la seule victoire Qui permette aux humains de comprendre la gloire !

C'était l'heure où montait à l'horizon lointain. Agile et lumineux, le soleil du matin.

Pour recevoir le Dieu qui commande aux armées, La Vierge aux pieds d'un prêtre, et les mains désarmées, Vient tomber à genoux sur un faisceau de dards. Se levant au-dessus des flottants étendards, Le soleil contempla la sainte eucharistie. Et ses premiers rayons saluèrent l'hostie. Jeanne d'Arc, s'inclinant vers le pain du pardon, De ses jours au Seigneur fit un chaste abandon ; Et de cette union du ciel et de la terre. Devant tant d'innocence, on comprit le mystère. Puis elle se relève ardente, et son coursier Frissonne en bondissant sous l'éperon d'acier.

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Le fier Talbot parcourt ses lignes menaçantes :

— Amis, j'ai rallié nos cohortes puissantes, Vengeons-nous d'Orléans; la victoire est id ! Retrempons dans le sang les lauriers de Crécy. Combattons. . . châtions l'espérance iiidoqile D'un prince, enfant douteux d'un monarque imbécile, Et dont le triste front, marqué du sceau vengeur, Cherche un bandeau royal pour cacher sa rougeur. —

Il dit, et dans nos rangs un cri de mort s'élève. France, réjouis-toi, voici l'instant du glaive ! Pour vomir le boulet qui part, vole et fend l'air, Les canons accroupis n'attendaient qu'un éclair. Xaintrailles, d'Alençon, Bèaumanoir, Saint-Sévère, Florent d'iUiers, portant l'écharpe du trouvère. S'élançaient à la fois dans la lice, et prenaient La victoire à témoin des grands coups qu'ils donnaient. Sur les casques de fer Dunois d'une main sûre Frappait; il ne fait pas de seconde blessure! Et Ton voit s'acharner l'Arabe et son lion Sur Bourgogne, héros de la rébellion ; Car le beau Noëmé, que la gloire regarde. Pour fiiir de durs liens avait trompé sa garde, Aprè^ avoir sans peur versé subtilement Son homicide anneau dans l'hypocras fumant.

Du choc des escadrons la terre est ébranlée.

Nos léger» drapetmiL blancs courent sur la niêl^, Comme on voit quelquefois des cygnes dans leurs jeux Voltiger et courir sur un lac cnageux.

Mais nul n'ose attaquer l' Amazone immortelle; Ce torrent d'ennemis s'écoule devant die. Talbot, le seul Talbot l^ défie en fureur ; L'étendard prophétique est pour lui sans terreur ; Et, du sang des Français à tout moment trempée, Roule en cercles d'éclairs sa formidable épée. Tel, pour saisir sa proie, un insecte fameux Fait tourbillonner Tonde en cercles écumeux, Etf rapide, il entraine au fond de l'eau troublée Ou la mite imprudente ou la mouche étoilée.

On frappe, on vient mourir sur des corps expirants; IjCS rangs couverts d'acier entre-choquent les rangs. Partout le sang; partout la bataille agrandie Allume tous les cœurs à son vaste incendie. Pousse, entraîne, retient dans ses rouges sillons Les pas retentissants des larges bataillons ; Tantôt, comme un vautour ouvrant deux sombres ailes, Presse les combattants de ses serres mortelles; Tantôt, comme un serpent aux écailles d'airain. Se glisse en choisissant les longs plis du terrain; Tantôt, comme une mère en pleurs aux funérailles. Gémit sur tant de fils blessés dans ses entrailles. Tantôt, géant cruel échappé de l'enfer, Son cœur comme son front n'est plus qu'un bloc de fer ;

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La plaine s'illumine aux flammes de sa. lance ; Son cimier aux ùiins noirs^ comme un pin, se balance; D'une fumée ardente il couvre les deuiL camps } Son cri monte plus hautrque la voix des volcans. Se déchirant lui-même et se creusant des tombes^ Comme un jouet guerrier, sa main lance les bombes; Il rugit, il menace, et, bien plus que les vents, Son souffle des drapeaux gonfle les plis mouvants^ Ou, dispersant dans Pair des nuages de poudre. Donne aux boulets pesiaiïts les ailes de la foudre; Son char tonnant, son char suivi d'impurs corbeaux. Entend gémir sous Jui de douloureux lambeaux ; Tout un fleuve de sang coule à sa chevelure ; Mille globes de fer martéllent son armure. Et laissent dans le sol plus d'un gouffre béant Où viendront s'engloutir les membres du géant. Du géant qui, de loin appelant la victoire. Exhausse entre ses bras le spectre de la gloire.

Lorsque, pour concourir au prix de la beauté, Viennent dans les jardins du sérail enchanté Les vierges d'Yémen ou celles qu'on admire Sur les. bords ombragés du lac de Cachemire, Filles de Mahomet, prêtresses du plaisir, A tous leurs mouvements s'enlace le désir. Si leur danse languit ou vole in:fpétuease, La colombe sans tache est moins voluptueuse ; • Si leur doux luth s'exhale en refrains étrangers,

393 J£ANNE D*ARC) GUÉRR1ËBE*

La musique d'un rêvé a des sons moins légersT. Pour elles dans les airs jaillit l'eau safranée. Le bruit des palmiers dW leur parle d*hyménëe; Et, trempé de parfums^ le souffle du printemps S'insinue, amoureux, sous leurs voiles flottants. Mais qui l'emportera, beautés surnaturelles? Quel désir, quel regard pourrait choisir entre elles? Le sultan même hésite ; indécis et charmé. Il abandonne aux airs le mouchoir embaumé ; £t, sans nommer un nom, sous le large platane Laisse le vent du soir désigner la sultane. Ainsi sur la bataille, aux cent drapeaux flottants, Ne pouvant décider entre les combattants. L'ange extermioateur, du milieu d'un orage^ Laissait pleuvoir sans choix les palmes du courage.

Là tombent expirants, sous le haubert doré, . L'illustre damoisel et le pâtre ignoré : L'un regrette un palais ; l'autre un toit de feuillée Et les vieux fabliaux qui charmaient la veillée. Et l'hymen dont son âme a rêvé la douceur. Et la voix d'une mère et l'amour d'une sœur. Tu meurs, noble Gaston! ton sang vermeil ruisselle Sur les nœuds que. pour toi broda la jouvencelle; Peut-être en ce moment ta jeune amante en pleurs Prépare un lin trempé de l'essence des fleurs, Ou l'herbe qu'en suivant une biche blessée Aux roches du Valnoir l'ermite a ramassée.

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£t toi y beau Clamerans^ tu n'iras plus^ le ^oic^ Au bois qui fait rêver, sous le tremble t'asseoir. Tu meurs. . . et cependant ta beUe.fiancée, Aloîse la blonde, au fond du gynécée • Interroge, en secret, les cartons colorés Que le devin du lieu pour elle a préparés : Elle a cru voir sanglants les chiffres symboliques ; Elle a senti trois fois, près des saintes reliques. Le souffle faible et froid de ceux qui yont mourir, Et trois frissons brûlants dans ses cheveux courir.

Le cœur plein de tristes présages, Un page de seize ans^ Léonce au blanc cimier. En allant à la guerre avait pris son ramier. Son doux ramier porteur des amoureux ihessagesL. Blessé mortellement, il ate son anneau, . Fait un signe de croix, se courbe, et puis l'attache

Sou^ Failè pure de l'oiseau,

Où son sang imprime une tache. • -^— Adieu, mon beau. ramier, fuis, tu n'e^ plus à moi!

Que ferais-tu sur une tombe?

Vers mon amante et ta colombe^

Mon âme s'envole avec- toi ; Car je meurs, et mon front, couime un lis qui s'effeuille. Sur mon sein, tout sanglant, se penche inanimé ; Je meurs, et si longtemps je pouvais être aimé

Sous les berceaux de chèvrefeuille,

294 JEANNE D'ARC, GUERHIËRE.

£t sous lelilas embaumé ! - Je ne reverrai plus cette étoile charmante Où mes regards donnaient aux regards d'une amante

Un réndez-Yous mystérieux ^

Astre d'amour et d'innocence

Qui semblait permettre à l'absence

D'avoir son bonheur dans les cieux!

Pars y beau ramier; voici la bague favorite

Que je reçus de Marguerite ,

Pour la gard^ jusqu'au tombeau.

Cache à la jeune infortunée * Le sang de son ami dont ton aile est baignée;

Ne lui montre que cet anneau.

Tu verras de sa main glacée

Tomber l'écharpe commencée.

Où le sistre mélodieux; Tu ne l'entendras plus, près de ma sœur Hermance,

Murmurer tout bas la romance Qu'elle reçut de moi sur la tour des adieux ;

Loin de ses regards délaissées,

Ses scabieuses nuancées Ne s'enlaceront plus aux cheveux .que j'aimais ; £t ta douce colombe, à ses côtés errante,

£n la voyant pâle et souffrante, Te dira : — Beau ramier, ne me quitte jamais I —

Il meurt, et le ramier s'envole à tire-d'aile...

Fuyant dans la bataiHe Hiklelni^mide infidèle, Edgard et combattait et pleui^ait tour à tour; Ëdgard cherchait la mort pour guërir de l'amour. Il voulait ^'affranchir d'une; peine insensée, £t changer d'univers pour change de pensée! Mais ce grand déte^poir, énfiammant sa valeur, Il était invincible à foit» de douleur. Chaque cri de souffrance est un cri de vieloire! Un paladin, coul^rt d'une visière noire, Le défie, et bientôt, à ses pieds étendu, • Ce guerrier, dont le bras ne s'est point défendu, Se dévoile, et fait voir, sous le sang qui l'inonde, Dans toute sa beauté l'infidèle Hédelmonde.

— Ton glaive s'est plongé dans monf eœur gémissant. Lui dit-elle, et je meurs ! . . . Accepte la victime : Il ne me restait plus de krm^s^ pôtïr mon erime,

Ëdgard, je t'ai donné mon sang !

La mort récottéiiie^ elle apaise et rassure ; . C'est un ami qui vient se placei^ en^re^ nous. Je devrais devant toi ne parlier qu'à» genroui^ ;

Mais , Ëdgard , tu vois ma blessure ?

Oh! laisse de tes yeux, sur mes yen^ expirants,

Tomfier le pardon d^Iïédelmonde!

Sois l'ange qui console au départ de ce mKHide ; Tiens la place du Dieu qui fait grâce aux mourants. J'ai cherché mon Edgard loin de ces doux rivages Où, soUë la clématite et les jasmins sauvages,

Commença Iç songe enflammé; Loin des bords de TAdour oii nos mains se cherchèrent,

Où nos ccptirs brûlants se touchèrent:

J'ai quitté poqr mourir les lieux où je t'aimai. . . Sous le saule où T^ch^^rpe annonçait ta présence. Tu me consacreras le monument des morts : Le saule redira mes heures d'innocence,

Le tombeau mes jours de remords.

Là tu viendras prier pour une pécheresse,

Si mon pauvre sort t'intéresse.

Si tu daigiù^s. porter mon deuil ; Là tu viendras prier, si mon âme est Ut tienne,

Si tu yeu^ que je t'appartienne

De l'autre côté du cercueil ! . . .

Adieu ; car le dernier nuage

Sur mes regards s'est abaissé;

A peine dans mon cour glacé

Puis-je retenir ton image..

Adieu ! , . .' c'est l'adieu sans retour ! . . , Le vent plaintif du soir et la feuille qui tombe

Le murmureront sur ma tombe ! , . .

Et si mon âme quelque jour Peut, à force d'aimer, ici-bas redescendre, Je viendrai t'apparaître, à coté de ma cendre,

Sous le saule de notre amour! — ^

Cependant du combat les fureurs s'amortisseiit ;

Appesantis de sang, les bras se ralentissent ; Jeanne d'Arc en rougit, et sa vaillante main Craindrait de renvoyer la victoire à demain. Son œil s'arme d'éclairs ; superbe, courroucée, Debout sur les débris d'une tour renversée, Une foudre guerrière à ses pieds fume encor ; Son drapeau livre aux vents toutes ses franges d'or; T^ics promesses de E>ieu rayonnent autour d'elle ! Milton n'eût pas voulu de plus ardent modèle. Lorsque sa main peignit de traits audacieux Gabriel haranguant les milices des çieux.

— Compagnons , dans vos rangs deux anges m'ont suivie : L'un, séraphin brillant de l'immortelle vie, Vient, gardant mon drapeau libre de tout affront, Raviver de ses feux l'étoile de mon front ; L'autre, du haut des airs verse sur l'insulaire La coupe où du Très-^Haut fermente la colère. C'est lui qui sous tes murs, Babylone aux cent tours, Des quatre points du eiel appela les vautours. Fit lire à Balthaz^r iea lettres flamboyantes. Et, tel qu'un ouragan aux ailes tournoyantes. Sur le sol, ébranlé de ses pas triomphants, Vint de Sennachérib coucher les éléphants .

Voyez sa lance aérienne Luire, météore brûlant; Suivez ou sa course ou la mienne,

298 JEANNE D'ABC, GUERHIÈRE.

Car nous marchons du même élan. Il a mes transports, j'ai sa flamme; Dieu seul est plus grand que mon àme ! La gloire est sur tous, mes chemins.

Loin de mes fîiseaux exilée.

Les fils sanglants de la mêlée Se déroulent entre mes mains!...

Elle disait, Talbot lance un trait et la blesse ; Ce n'est plus qu'une femme et toute sa fidblesse. . . Elle tombe ; son front s'est voilé de pâleur : Tel d'un flocon de neige avril voile une fleur. Ainsi tombe et gémit k colombe éplorée, D'une épine légère en volant eifleurée.

— • Secourez-moi, dit-elle. — -

Et, novice aux douleurs, Comme un enfant timide, elle verse des pleurs. Sur sa poitrine en feu, qu'un dard cruel tourmente, S'affaisse avec langueur cette tête charmante. On voit ses beaux cheveux, tout inondés de sang. Descendre, dénoués, sur son sein gémissant ; Et son corps s'est glacé sous la mortelle atteinte. Comme un trépied d'albâtre où la flamme est éteiirte.

Des oiseaux qu'au milieu de leurs plus doux concertç^ Une éclipse solaire a surpris dans les airs. Palpitent de frayeur, et sous la verte allée

CHANT VIH. 299

S'embarrasse, en fuyant, la tremblante volée. De nos pâles guerriers tel est Feffroi honteux. Séparés du flambeau qui brillait devant eux. Dunois leur parle en vliin de gloire et d^espérance! Ce jour allait river les chaînes de la France ; Nos tyrans triomphaient.,. Mais un cri du vainqueur De Jeanne d'Arc blessée a r^iimé le cœur; Elle sort du sommeil, et sa main, calme et sûre, Déracine le tr^it resté dans sa blessure.

— Mes armes, mon coursier, dit-elle en frémissant. —

D'un lambeau d'étendard elle étanche son sung, Se relève ; et la foule autour d'elle arrêtée

Oppose aux fiers Anglais ce mot : -r^ Ressuscitée !l!

Ce n'est plus cette femme en pleurs sons son drapeau. C'est un esprit vengeur élancé du tombeau. Déjà, déjà partout dans les rangs insulaires Le spectre tout^puissant des terreurs populaires Court, se montre, et de loin le fantôm<e agrandi Devant ses traits changeants voit fuir le plus hardi : Tel le ruban ^u'ôn roule et déroule en reptile Chasse le tigre armé d'une force inutile.

Tout recule, tout qède au regard, foudroyant. Sous de& signes de croix l'un se courbe en fuyant; L'autre jure en son» cœur, s'il échappe au ôa^nage, D'accomplir, les pieds nus, un saint pèlerinage ;

L'autre dit qu'un Fiançais du tombeau rappelé. Un Français que lui«même il avait immolé, Pâle et les yeux tombés de leur orbite horrible, Vient encor devant lui d'apparaître, terrible. Tout un peuple s'enfuit de vertige frappé... Talbot, le seul Talbot, dans son espoir trompé, S'arrête... De la soif éprouvant les tortures. Il boit le sang qui sort de ses larges blessures ; Et contre ses guerriers fuyant de toute part De sa vaste poitrine élève le rempart.

Seul il résiste : ainsi dans une nuit d'orages, Immobile au milieu des rapides nuages, La lune oppose un disque obscur, ensanglanté, A la fuite du ciel autour d'elle emporté. Et lorsque enfin, chassé de la poudreuse arène, Il cède au flot grossi qui le presse et l'entraîne, Tournant sur les vaincus son courroux belliqueux, Le guerrier les immole en fuyant avec eux. .

Tel, surpris par le Cours du torrent indomptable, Roule avec des troupeaux un tigre épouvantable ;. Il s'irrite, il attaque, il déchire en fureur Tout ce peuple saisi d'une double terreur; C'est dans du sang qu'il fiiit, dans du sang qu'il se plonge; Sa griffe, en se crispant, hors du gouffre s'allonge; Au-dessus des flots noirs luisent ses yeux ardents ; D'épais flocons de laine embarrassent ~ses dents. L'onde mugit, le couvre, et le monstre sauvage

CHANT VlIIr 30 1

Sur des corps expirants vient mourir au rivage ; Et du hameau voisin les faibles habitants D'un regard effrayé le contemplent longtemps.

Vers Talbot cependant la guerrière s'élance : Les vainqueurs, les vaincus s'arrêteqt en silence. Sans combattre du glaive €t sans lancer de dard, La Vierge a déployé son puissant étendard ; Elle presse sa course, et, brûlante, intrépide, Enferme le guerrier dans un cerele rapide. Autour d'un haut rocher tel serpente l'éclair ; Et Talbot, pour saisir ce combattant de l'air Avec le coursier brun que sa rage aiguillonne. Sur lui-même, en fureur, quatre fois tourbillonne. Il veut sortir du cercle, et le veut vainement; On les croirait tous deux frappés d'enchantement.

— Je te prends à merci; rends-toi, rends-toi, dit-elle.—

Lltalié eût cru voir bondir la tarentelle. Danse où la jeune fille, au voile pailleté. Vole autour d'un amant captif de sa beauté. Cette lutte longtemps se serait prolongée; Mais invoquant le ciel, dont elle est protégée, La Vierge en fait descendre un éclair foudroyant: De lumière aveuglé le cheval tournoyant Sur le sol à grand bruit s'abat, et l'insulaire, Vaincu, menace encor son vainqueur tutélaire;

aas JEANNE JD^ÂRC, GUERRIÈRE.

Son vainqueur^ après lui vers la terre élancé^ Qiii pose un pied de fer sur Talbot terrassée.

Tel l'artiste a montré sur sa toile sublime Saint Michel combattant le prince de Tabîme. Lucifer^ renversé^ lutte, et redresse en feu Son front tout labouré des vengeances de Dieu; Il agite sous l'ange aux formes lumineuses, Comme un oiseau de nuit, deux ailes ^ineuses ; Et, prêt à retomber dans son ardent cercueil, Même au fond de sa chute est roi par son orgueil! Son œil, torve et sanglant, de révolte étincelle, Une sueur de crime à ses membres ruisselle. Ses grands muscles rougis se gonflent frémissants ; Et tandis qu'il s'épuise en efforts impuissants. L'ange, trahquille et fier, semble à peine combattre, Presse d'un pied brillant celui. qu'il vient d'abattre ; Séraphique ennemi, vâinqtieur éblouissant, Le couvre de clartés, même en le terrassant; L'enfer rugit sous lui^ mais de ses boucles blondes Le vent du paradis roule le^ molles ondes ^ Des parfums de l'Ëden son aile embaume l'air; Sa lancé, qui triomphe à son premier éclair. Cherche en vain sur un front abîmé dans la poudre Une place où déjà n'ait point frappé la foudre; Et ce léger exploit, ce combat d'un instant N'interrompt pas son vol vers le Dieu qui l'attend !

Le triomphe était grand , la victoire complète; £t, sans se reposer, la virginale athlète Voulait marcher à Reims pour le sacre du roi. Tous les chefà de l'armée^ emplis d'un vain effroi, Traitèrent hautement Jeanne d'Arc d^insensëe; Mais, vers le but divin allant tête baissée, Elle partit, et seule aux vieux murs de Chinon Arriva, soutenant les gloires deson nom, Pour dire à Charles Sept, endormi dans l'ivresse :

— Reims nous appelle, prince, et déjà l'heure presse ; Plus* de discussions, plus de conseils humains; La garde du Seigneur garde tous nos chemins! Ma mission s'avance, un retard est funeste : Reims nous attend , marchons ! . . . tel est l'ordre céleste ! —

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