‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 18 sur 55 · CHANT NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHANT NEUVIEME

AGNÈS

L'aube, qui du grand fleuve argeûte la fraîcheur , Disperse sur les flots des îles de blancheur ; Et l'ombre fugitive, en repliant ses voiles, Fait du sein de l'aurore une tombe aux étoiles. On voit, comme tracé par une habile main. Courir à l'orient un long trait de carmin; Et tel qu'un roi guerrier, à l'armure éclatante. Qui changerait le monde en sortant de sa tente, Le soleil monte, agile et de feux écumant ; Pour le transfigurer s'ouvre le firmament. Le matin, regardant ses. belles favorites. Met une perle au front des reines-marguerites.

L'abeille^ dont le vol agite leurs couleurs^

N'ose encore aspirer que llialeine des fleurs ,

Et des moissons de miel retarde les délices

De peur de se noyer au fond de leurs calices.

Les grands pavots flottants penchent vers le sillon

Leur corolle qui tremble au poids d'un papillon,

La volante araignée ^ au corset prismatique ,

En fils aériens dessinant leur portique.

Sur la pointe d'une herbe , où luit un diamant,

De ses palais de gaze assied le fondement.

Les bleuâtres lotus et les nénuphars jaunes,

Du long ruisseau voilé qui fuit au pied des aulnes,

Se levant à la fois, viennent pour l'épouser

Surprendre le printemps à son premier baiàer.

Ainsi qu'un front d'élu sous les splendeurs du nimbe,

La spirée a dans l'air dressé son blanc corymbe ;

L'adonis, aux couleurs et de sang et de feu,

S'éveille, en ravivant les blessures d'un dieu.

Et la chaste ancolie abandonne au zéphyre,

Pour s'y désaltérer, ses coupes de porphyre.

Les lis, rois de Judée, en frissons de bonheur

De se trouver si purs rendent grâce au Seigneur.

Sur les amarillys bourdonne l'éphémère.

Comme une jeune fîlie à l'insu de sa mère^

La circie, aux reflets d'un miroir argenté,

Contemple dans les eaux sa changeante beauté.

Et semble, en redressant ses tiges nuancées.

Emprunter à l'orgueil de coupables pensées.

Des crépis ondoyants les panaches pourprés

Damassent de leurs feux la bordure des prés ;

Et de tous ses rayons brille la jacobée.

Étoile au firmament pour nos champs dérobée.

Belle de son effroi, la sensitive en fleur.

Où l'âme humaine semble avoir mis sa pudeur,

Tremble et n'ose écouter les amoureuses notes

Qu'aux pointes des rosiers échangent les linotes.

Les sphinx, en déployant leur aiguillon arqué,

Font sur les grands œillets planer leur vol musqué.

Des champêtres refrains les buissons se souviennent ;

Les esprits du printemps de toutes parts reviennent.

A travers l'églantier aux bouquets épineux,

Mille apparitions, fantômes lumineux,

Glissent en se jouant, et sur l'eau des fontaines

Brisent de leurs certes les formes incertaines.

On voit s'épanouir, de moment en moment.

Des fêtes du matin le frais enchantement.

Fiers de leurs clochers d'or, les liserons verdissent ;.

Aux contoui^ des chemins tous les bluets grandissent;

Sous les beaux marronniers aux bras touffus et lourds,

La scrofulaire étend ses conques de velours^;

L'ophris, en balançant sa tête bigarrée,

Sem])le faire envoler une mouche azurée.

Et l'humble réséda, qui rampe sur le sol.

Cherche l'astre du jour avec le tournesol.

I^a chaleur expaiisive à grands flots se révèle.

Et l'ange tout fleuri de la saison nouvelle

310 JEATfNfi D'ARC, GIJËEEIÈRE.

Vient, de son long sommeil pour six mois ëveillë, .

Réaliser Tëclat de son rêve émaillë.

Il viait d'un vol vermeil former de mousse et d'ambre

Ses doux trésors de mai dissipés par septembre,

Et tresser de jasmins que l'iris nuança

Sa couronne où jamais son front ne se blessa.

Sa verte chevelure, ombrageant les pelouses,

Du saule d'orient rend les branches jalouses.

Triomphant des frimas et des sombre^ autans.

Rédempteur de l'hiver dont il fait le printemps.

Dans des tpufïes de rose il berce l'espérance;

De son corps de rayons la belle transparence.

Prêtant ses clartés d'ange à la jeune saison,

Vient, en le parcourant, rajeunir l'horizon.

L'horizon emb^mé qui porte ses insignes,

Zodiaque de fleurs dont il traça les signes !

Il vient, descend, remoûte et, nous rendant l'Éden,

Son pied, en se posant, fait éclore un jardin ;

Son haleine de miel parfume son empire ;

Le monde végétal dans ses voiles respire ;

Il ouvre d'un regard le bouton calme et frais ;

Il voit au coeur d'un gland lavenir des forêts,

Et, s'admirant lui-même en sa robe de moire.

Dans ses bouquets d'un jour il met toute sa gloire.

Sous les rameaux du tremble il voltige ; il entend

L'oiseau qui parle à Dieu dans son nid palpitant;

Il entend se mêler aux longs bruits de l'abeille

Le chant des rossignols éclos dans sa corbeille.

CHANT IX. ï«l

Son écharpe flottante, en caressant les airs, Ajoute une harmonie à ces divins concerts, £t parfois, immobile, il retient son haleine Pour surprendre un secret aux herbes de la plaine; Puis il reprend son vol ; il s'élance en vainqueur ; Un soleil plus ardent épanouit son cœur. Il rase la verdure, et son aile odorante Disperse au sein des airs sa couche d'amarante ; Il grandit, en passant, le front des jeunes blés, Gonfle l'or résineux des bourgeons étoiles : On dirait que son souffle, oîi la vie étincelle, Puise à flots étemels dans l'âme universelle; On dirait que sa main, au lumineux contour. Écrit avec des fleurs le livre de l'amour ! . . .

De ces enchantements l'enivrante féerie Du Dauphin et d'Agnès berçait la rêverie ; L'un sur l'autre «ppuyés et d'espoir palpitants, Ils marchaient dans la vie, en oubliant le temps. . . Quand Jeanne d'Arc parut, forte et victorieuse, Agnès trembla, pâlit et, toute sérieuse. Attacha sur la Vierge un regard attristé. Sans démentir le nom de dame de beauté.

Mais sentant dans son sein naître la jalousie, De l'entretenir seule elle eut la fantaisie.

Elle espérait, peut-^tre, enseigner les secrets De ses folles amours à l'enfant des forêts; A la fille des champs parler la voix du monde. Jeter ses bruits menteurs à la paix qui l'inonde, Étourdir son extase et, loin du firmament. Refaire un paradis à cet ange charmant*

Afin d'interroger son sommeil prophétique , Elle la fit venir en son manoir gothique.

Son voile aux yeux d'Agnès la cachait à moitié. Sublime d^innocence et presque de pitié. Déjà, sans le savoir, la douce paysanne D'une lueur du ciel frappait la courtisane. Sur son corsage bleu croisant ses chastes mains. Qu'imprégnait de parfums l'ombrage des jasmins. Elle attend immobile, et sa tête angélique Couronne saintement sa pose évangélique.

Je ne vous croyais pas aussi belle que moi !

JEÀ^NNE d'arc.

Vous vantez des attraits périssables ; pourquoi ? Comme un esprit du mal caché sous une étoile, Notre âme quelquefois prend la beauté pour voile.

AGIMES.

De ces âpres leçons quittez l'austérité ;

Laissez, pour mon orgueil, sa gloire à la beauté!

Je consacre à l'amour la fête de la vie.

JEANINE d'arc.

Moi, j'adore la France après l'avoir servie.

AGNÈS.-

Je vois poindre des fleurs sous chacun de mes pas.

Les fleurs ont des poisons que Ton n^aperçoit pas !

AGNÈS

Viens essayer tes yeux sur nos beaux gentilshommes.

Madame, j'eus toujours peur de l'amour des hommes.

. Jlgnès.

J'ai le Dauphin de France à ma suite enchaîné.

Tai mon ange gardien de rayons couronne.

AGNÈS

Des suprêmes honneurs mes pieds touchent la cime.

Le triomphe un moment vous cache la victime.

AGNÈS

Un paradis terrestre autour de moi Sourit.

Ce fut dans ce séjour que la femme périt.

AGNÈS

Garde, ces vains discours pour ta blanche madone !

Vous aurez votre part des larmes que Dieu donne ;

Je l'espère du moins ! . . .

AGKÈS.

Jeune fille, écoutez :

Je ne sais parmi nous qui vous représentez ; Je ne sais quel pouvoir vous dicte vos oracles. Â mes yeux la beauté vaut mieux que les miracles. Ainsi donc, écoutez : je vous aime et je veux D'un lis de mes jardins orner vos noirs cheveux ; Je veux vous voir, brillant du jour qui m'environne, Au lieu d'une auréole avoir une couronne. Oui, j'aime Jeanne d'Arc, et je veux l'avertir Qu'elle n'a pas un roi pour en faire un martyr. Il n'ira pas à Reims. . . Quelle démence insigne !

Braver tant d'ennemis pour conquérir un signe ; Attirer sur le roi mille périls mortels!... Est-ce pour l'immoler qu'on le mène aux autels ?. . . Pourquoi tenter si loin une vaine conquête ? Vos exploits du monarque ont couronné la tête : Ce signe doit suffire, et l'autre est un écueil Qui nous exposerait à sacrer un cercueil!. . .

Ah! madame!...

AGNÈS

Écoutez, écoutez d'un front calme :

Souvent la trahison germe sous une palme, Jeanne d'Arc, et l'on craint peut-être avec raison. . .

D'une marche vers Dieu faire une trahison !

Charles Sept n'est qu'un roi, maisrnon pas une hostie! Transformer en poison le pain d'eucharistie. Et, comme à mon pays, infidèle au Seigneur, Associer son temple à ce grand déshonneur!!!... D'un soupçon si cruel pourquoi me faire injure ?

AGNES

Je ne t'accuse point de crime, de parjure.

Tes exploits, Jeanne d'Arc, ont été trop vantes, -

£t contre trop d'orgueil tes pas se sont heurtés

Pour n'avoir pas rendu ta perte irrévocable.

Tout rival abaissé se redresse implacable.

Change sa houte en fiel et, prompt à nous trahir.

Se distrait d^un affront à force de haïr.

Tremble donc, si ce n'est pour Charles, pour toi-même.

Vous êtes tous les deux placés au rang suprême !

Tremble!., de tes périls moi-même j'ai frémi:

Chacun de tes lauriers te fait un ennemi ! .

Iras-tu, pour tromper tant de haines fatales.

Demandant un asile à tes forêts natales,

Quittant pour tes troupeaux tes combats de géant,

De ton triste passé ressaisir le néant; .

Habiter le désert, sans être Madeleine,

Et suspendre ta vie à tes fuseaux de laine ?

Toi, toi si haut montée en ton vol protecteur.

Au marais de l'oubli tomber de ta hauteur?

Attendre, obscurément, loin de toute louange.

Que des cheveux blanchis déparent ton front d'ange.

Et traîner dans l'étable un blason azuré

3f6 JEANNE D'ARC, GUERRIERE.

Que de trois fleurs de lis la guerre a décoré ? Non!... Par trop de regrets tu serais poursuivie; Ta palme d'un moment dévorerait ta vie ; Tu ne trouverais plus tes extases d'enfont : Ces modestes bonheurs, ton nom te les défend! Un nuage éteindrait, sous la bleuâtre voûte, Les constellations qui dirigeaient ta route; Tes yeux, habitués aux larges horizons.

Tes yeux, désenchantés, pâliraient les gazons ; Et ton rêve d'un jour, étoile par la gloire. Autour de tes lauriers rendrait la nuit plus noire. Viens, comme moi brillante et dame de beauté. Essayer sur ton front ma jeune royauté; Viens prendre mes leçons, accepte ma tutelle : Tu deviendras charmante, en restant immortelle. Je puis te protéger, et je le veux... ici Va, l'amitié d'Agnès est une palme aussi ; Et quand de tes exploits on ne veut pas t'absoudre, Mon voile peut suffire à garder de la foudre ! Ne baisse pas les yeux... je ne te trompe pas : Nous aurons des tournois plus beaux que tes combats, Et sous les plis flottants de nos rideaux de moire. De douces visions plus belles que la gloire! Fuis un trépas sanglant, fuis un destin jaloux ; Viens parler mon langage aux mortels à genoux; Fuis un trépas sanglant, fuis le gouffre où tu tombes : Le martyre est trop lourd sur l'aile des colombes!... Nos barons contre toi semblent se déclarer;

Ils te pardonneront en pouvant t'adorer.

Tu sentiras, croîs-moi, fîère du nom d'amante,

Combien dans notre sang la jeunesse fermente,

Et combien sont unis par des liens puissants

Et l'ivresse de l'âme et les frissons des sens.

Sur les tapis soyeux où leur beautë s'abrite.

Les grands adoreront tes pieds de favorite.

Si tu vis dans mon air, si tu vis dans mes fleurs...

Dieu ne veut pas, enfant, qu'on aime tant les pleurs!...

Madame, nous suivons deux différentes voies.

Que vous ai-je donc fait pour m'admettre en vos joies ?

Que vous ai-je donc fait, moi brebis du Seigneur,

Pour venir m'effrayer avec votre bonheur.

Pour venir me troubler jusqu'en ma propre estime,

Et me tendre la main du fond de votre abîme?...

Des ennemis cruels m'attendent en ce lieu ?

La crainte a peu de place en un cœur plein de Dieu!

Vous parlez de périls!... les lis de mon village

Exhalent plus d'encens après un jour d'orage,

Et le rameau du^baume^ entre nos mains froissé.

Ne donne des parfums que lorsqu'il est^ blessé.

Vous parlez de périls!... j'en accepte l'augure :

Mourant pour son pays, la mort nous transfigure;

Et lorsque, ainsi que vous, on veut me protéger.

Je tremble du secours et non pas du danger!

Car, madame, il faudra, croyez-en ma parole,

De vos félicités qu'un jour on vous console.

318 JEANNE DABC, GUERRIÈRE.

Ce luxe^ ces palais ivres de volupté, Ce nom resplendissant de dame de beauté, Ces chasses où le roi, qui dans vos bras soupire, A côté du cerf blanc met à mort son empire ; Tous ces enchantements courberont votre orgueil Quand il faudra porter tout le poids de leur deuil !... Moi, j'ai mis mes tr^ors dans les saintes aumônes. Loin de vos beaux jardins, entourés d'anémones, Je puis aller revoir l'herbe verte des prés; C'est la seule vertu qui fait des jours dorés. Le cœur seul est réel, le reste est apparence : Notre œil aux horizons donne leur transparence... Ce n'est pas pour mon sort, Agnès, qu'on doit trembler ! De Madeleine, ici, tu viens de me parler : Madeleine autrefois, enchaînée à tes songes, Des voluptés du sang adorant les mensonges. Voyait, ainsi que toi, les grands à ses genoux; Aucun pli ne rendait son lit de fleurs moins doux! Sais-tu si les transports où ta force s'énerve Tenant, comme les siens, un miracle en réserve. S'arracheront un jour de la couche des rois Pour laver leur souillure au torrent de la croix ? As-tu laissé grandir, durant tes nuits de flamme. L'orgueil de tes cheveux pour balayer ton âme? Parmi tous les parfums qu'on brûle en ta faveur. En as-tu mis à part pour les pieds du Sauveur? Toi, toi dont l'avenir de vanités se pare. Sais-tu si le poison qu'un Dauphin te prépare

Te laissera le temps d'aller à Saint-Denis Pour changer tes colliers en chapelets bénits ? Sais-tu ce que ton Dieu te garde, fille d'Eve, Et quel vent de la. mort pour t'emporter se lève? Dame de Fromenteau, favorite des lis, Tu venais m'efFrayer, et c'est toi qui pâlis!... Pardon... Ij'ëtemité, dans ces belles demeures, N'a voulu qu'un moment vous distraire des heures. Le démon vous dicta peut-être de me voir : De vous parler ainsi Dieu me fait un devoir! Moi, sous votre bonheur si je m'étais courbée, Si j'avais pu descendre où vous êtes tombée, Je le dis hautement, je voudrais, sans effroi. Me croire presque reine en s'ouriant au roi. Si Dieu, m'abandonnant, avait chargé ma tète Des malédictions de vi>tre kmgue fête, Et si j'avais osé, facile à m'attendrir. En vivant comme vous commencer dé mourir. J'aurais voulu, du moins, tourner vers la patrie Tous les égarements de mon idolâtrie; J'aurais voulu du moins, dans un élan vengeur. Qu'un laurier de la France eût voilé ma rougeur ; Coupable d'une erreur, mais toujours généreuse, J'eus mis à plus haut prix ma défaite amoui^use; Et, manquant aux devoirs que vous avez trahis, La perte de mon âme eût sauvé mon pays. Ce roi, dont vos langueurs amollissent l'ivresse, Eût puisé l'héroïsme aux bras de sa maîtresse!

On ne m'aurait point vue aimer stérilement :

La chute de la femme eût relevé l'amant;

Et j'aurais pu du moins, à m'absoudre moins prompte,

Regarder son éclat pour ne pas voir ma honte !

Alors, peut-être alors et nul ne dira non,

Mon pays indulgent eût fait grâce à mon nom ;

Presque auprès des vertus qui vont la tête haute,

Dans sa reconnaissance il eût admis ma faute;

Et, jetant sur mon cœur un voile de pitié.

Aux justices de Dieu m'eût soustraite à moitié!...

Le roi vient, je m'éloigne... —

Et dans la verte allée.

De fleurs, de franges d'or et d'ombrage voilée, A retenti soudain un bruit de boucliers : C'était le roi, suivi de trente chevaliers.

— Belle Agnès, trois Anglais, fameux par leur vaillance, Ont devant mes jardins osé planter leur lance. Oubliant qu'en ces murs est renfermé Dunois, Donnant le nom de fête à leurs sanglants tournois. Ils veulent, disent-ils, orgueilleux de leur taille. Venger dans un duel l'affront de la bataille : Nous l'avons accepté; paré de vos couleurs, Nous le présiderons sur des balcons de fleurs. Daignez en être reine, et soyez toujours mienne. —

Agnès répond :

<:HANt IX. 321

— L'anneau d'une Bohémienne M'a prédît autrefois, — je l'avais oublié, Mais à ce talisman tout n^on sort est lié — M'a prédit autrefois, me sachant l'âme aimante,

Que du viCTOitiEÛx je deviendrais 4'amante.

Je l'avais oublié, je saurai m'en punir;.

Adieu, mon inconstance est dans cre souvenir!... Vous êtes un chasseur plus grand' que^ tous les autres; Nemrod lançait des ti*aits surpassés par le^ vôtres ; Explorez de ..vos - bois les., sentiers si connus ; Diane dans.ses jeux. cônsoFe de Vénus. * Moi, de l'anneand's^ur.àcceptatit le miracle. Je dois changer d^amour pour confirmer l'oracle. Le duel de. demain,, oui j .j'en fais le serment, Ijaissera la victoire élire mon amant. - — ^.

Elle dit et s^enfuit... * •

l>lle, d'iirt trait qui tue, La foudire fait d'un homnie une pâle statue ; Tel, l'adieu sardoniqiie au jeune roi jeté t

Le frappé de pâleur et d- immobilité.

Il se tait.'.^ il apipread, de son bonheur en cendre, Jiisqu'où l'oubli de soi put le' faire descendre; Méditant, s'égaï*aht de projets. en projets, Il n'ose plus lever les yeux sur ses sujets ; * Il plciu'é, et, désartné parmi ses homnaes d'armes. Il contemple sa chute a^. miroir de ses larmes!... * • 21

Puis du 'fond de son ^n sort im Fugiss^ment.

Dans un bouclier fait d'un large Maniant';

* Le front blêmi d-amour et dé.parfiims huinide,

L'héroïque captif enchanté par Armi4ç .

Contemplasses destins un moment avifîs; ' *

De son linceul, de. honte il arracha jes l>lis ; r

Portant dans se4Tegard% Jérusalem conqûîsié^ Et fit évanbtim à- leur édaiir soudain • - Tout 'l'enfer' .évoqué pour créei* son Ëdeir. .

Tel le jeune monarque et frémit et se dressé.

— A forde de l'aiiper j'aji perdu ma maîtresse! . . . Messire de Dunois^ les co^rs^sont iïÈicpiist^ats. Vous yerra-t-on' demain parmi les combattants p.

' «Aux doux regards d^Agi^ès on vou^ dit très-sensible;

Le roi^ pour son tival^ admet un invincible.

— Jecraindra^is.;. . / * .

.! -r^Cômbattei^cë n'est point nié tradiir.

— Sire, permèttéz-moî d^-vo^s desb4)éir;^ .

Agnès m'appartiendrait; : * .. . . . .- .

* V. -^ AffnèsjVjBst 4in beau «^êve] Conquérir son bonheur à la; pbint^. du glaive!- . • ,;

CHANT ÎX, m

L'espérance est bnibate et devrait vous teixtèVs' :'

Dunois d'un peu de sang n'ose-t-îl l'achetier?* :•*• .

— Le respect d'un refus m'impose la cooti^iïité^ *

— Le respect quelquefois sert de voile à la cir^be.

— Merci de cet affront!... Prince, je combattm.

— Pour un duel à mort que tout soit préparé i' - • Moi, je m'absente; adieu. .t. Tentez cette conquête:- Il ne me convient plus de présider la fête*. ' /.-

La nuit passa sereine, et dans son Ht vernieil > . I^ buccine éclatante éveilla le soleil. * V* -, ■

Salut, source du feu, soleil! clarté féconde, . •' : Gloire du ciel, brillant sur les gloires du monde!-.' " Salut, toi qui donnais, gardé d'un chérubin, ' , La lumière pour âme au colosse thébain, ' /. ^

Ou que déifiait Zoroastre le mage, En portant sur son sein ta fraternelle image! .. • . . Salut encor, soleil, impérial flambeau, ' * •

Rappelant chaque jour ce globe du tombeau^ "^ *, Et, comme l'Eternel devant tout ce qui passer *• • '. Remplissant de toi seul l'infini de l'espace. " .

Olympié autrefois t'invitait à ses jeux; -- Tes coursiers envikât l'hippodrome orageux . En respiraient la poudré^ et semblaient y descendre Pour y prêter leur .vol aux .coursiers d'Alexandre ; Tu veillais aux plaisirs de^l'homnie. et sur les flots

Ton spurire, enflammant les pomp^ de Délos^ Loin du Vaisseau fleuri irçnvoyaït les tempêtes; Le Capitole* altier té dédiait ses .fêtes ; Et tes rayons sacrés, lumineuse faveur, Doraient les carrousels de l'Alhambra rêveur. Lève-toi maintenant sur un plus beau trophée Que les palmés, du Tibre pu celles de l'Alphée^ Traçant de toutes parts d'invincibles sillons, Viens faire étinceler nos flottants pavillons De ces mille couleurs que le matin arbore, Pour suspendre leur gloire aux tentes de l'aurore. Couvre, astre voyageur, de ton éclat changeant Les écuyers portant chapels de fils d'argent; Les rois d'armes, pressant la pourpre de leurs, selles, Rayonnants d'écarlate et bordés d'étincelles; Les coursiers luxueux de franges d!or chargés. Et de plumes d'autruche, en trioirnphe ombragés; Et les Guis^rds d'acier et les cottes, de maillés, • Les drapeaux vétérans^ panaches des batailles, • Qui dressent dans les airs, en leurs pUs tout usés, L'énergique beauté des fronts cicatrisés \ • . Ces çascfues, ces brassards luisants, pompe hardie Qu'uii seul dé tes regards transforme en incendie ;

CHANT IX. m>

Et ces hommes, vêtiis de fery que. nous voyons Venir doubler leur nombre aux feux de tés rayons. Soleil! toi qui trempais, comme Fa dit 'Eschyle, Des Qanmies d'Apollon. le bouclier d'Achille, Et celui d'Etéocle, ayant dans les comba^ts' Cette devise : —^ Mars ne m'arrêterait pàsl — Aux accents dé l'àîraih, aux bruità dé la fanfare,- Dans l'orage guerrier viens briller comnieun phare; Viens faire ëtiïicelèr, terribles ou galantà. Les emblèmes choisis des écussons parlants : - Tes flammes, d soleil> n'en' seront point flétries; Les grands cœùris sont garants des belles àrinoirres.

Viens faire' étinceler tous lés amas croissants •

D'emblèmes amoureux^ de signes menaçants.

Viens faire ëtincéler, sanscraindre qu'il chaviré.

Sur lé sein de lios preux ce merveiHeùx navire.

Ce signe que le ciel avait dans son blason

Avant que saint Louis l'empruntât à Jason * *

Lés croix, les besants d'or^ te lis-, blancheur pudique

Prêtant aux i*ôis français son emblème héraldique ;

Et l'épervier de fer si noblement lancé; •

Deux palombes, le .sein par un dard traversé*; •

Et Fordre dé TEàpoir, honneur évangélique; '

Et l'heilifiine mourant d'une liiort symbolique ; :

Ijb graiid collier vairé, le Kon à genoux^ • ' ,

Portant ces mots gravés : —Je suis terrible et doux; —

La merlette, enseignant que sous le cimeterre

Les preux doivent itn membre aux chances de la guerre ;

LWdre du* Bain, venu des fêtes d'Eleusis; J^-écusson .de Paris fait d'une nef d'Isis; £t les 'deux ailes d'or, marque illustre et bénie, Donnant, en champ d'azur, un blason au génie ; Et- l'ordre immaculé du pâle bienheureux, De Lazare, disant : — Prenez soin des lépreux; fA ji'ou))liez jamais,, sur la terre oii nous sommes, Que Famitié de. Dieu ressuscite les hommes. — Et l'ordre des Épis, nous montrant pour leçons Que tout chevalier doit respecter les moissons; Et Fanneau qui scintille entre deux becs de cygnes ; Lé trait qlie les Larchers avaient dans îeurs insignes; Les loups dont les Louviers font leur marque d'orgueil; L'ârè-e^n-ciel des Leiris^ ou l'Argus des Santeuil ; Les trois ruches d'argent des Mellet, et sur sable

L§i croix blanche d'Albon, la croix impérissable!

Viens!... ce n'est pas ici, sous le flottant velours, Le pasrd'armes que vit la fontaine des Plours, KHa j^oute courtoise, aux blondes adressée, pu tenant solitaire à la lance émoussée; Ni celle du Héron-volant, ni dans Saumur L'emprise. dédiée au grand dragon d'azur, ici -les coups vont droit au cœur, et dans ce drame On apporte sa mort pour hommage à sa dame ! Soleil^ viens contempler cet illustre débat ; Jasques.à ta hauteur élève ce combat!

Viena ^ine de ée&feux, pour parer notre histoire, Fkîre de la lumière une sœur déjà gloire ; TrîEiVerse dé- rayons lei &iscea]ax de lauriers.- M on^rqiie étiapelaot de noa expli^its gùérfîers, ' Sûr Lé front; de$ vainqueurs posant ton dtadèmey ; Dans u^ de^ leurs regaids viens te itairet* toUméme ; Prends-l^s dauis uÇ^àiille, ât jette ^vec amour/. Ton imiAQi^àlitë surce^éfid^un jour!

Jadis quand trob-éoldat^, qu^ l'histpire renomme^ Doublaient daps'uir^pombatThuinblèbecoeau de Rome, Dès k^. lever du Jôiû*, deiutwcent.millè Romains Autour du grand exploit venaient battre dés mains. Balançant dan3 lesàirs et ^r kup front $uperb^ . La louve inâteméiki aveq le faisceau d^hei4)e. r

. Âins^ de kmtes pârts^-et bàroH.et vilain

Accourentv sous dtap.d^r ou vêtement de liù.

Surles'.inille gr^diti^ du.làrge aïïipnitbéâtrëy.. ; -

Les dàtnès^^dunrant-.Ieuraiietles nuiins dtab^ • ...

Écartant à demi les voilés de leu^froâts, . ,^ Disaient : . • • \ ^ v . .

— .DunQis-k^ûQ]f>ât:ét^nousrajaiAlaudii2ons —

• . . ■ ■ . .■••.*'• ri:. ■ j

Agnès.lesprësidait;;..ÀgnèÂâuanili^i^ d'elles / Bêvjait,' en se rangeant parmi les 'infidèle^; Et, quand touâ les rçgards' venaient Tenviropueiy * S'effrayait du bonheur qu'elle devait donner. . • *

Son serment sur son oœvr pesait comme un suf^lice.

Déjà les trois Anglais descendent dans laiice. D'abord c'était Loclin, chef dé neuf cents soldats, Tjoclin, colosse armé, frère de CHacidas; Il le pleurait toujours^ et montrait sur ses armes Un rameau de cypjrès avec de blanches larmes. Puis c'était Tirconel, qui sursoit sein portait' Deux licornes d'argent dont le front se heurtait. C'était Salisbury, comté et pair. d'Angleterre, Etalant pour emblème une rouge panthère, Ayant dans seis yeux fiers ses belliqueux succès. Et sur son écusson : — J'ai soif du sang français ^-^

Pour relever leur gant, dans là lice s'avance, Les cheveux tout b$iignés des .parfums de Proveticé, Aymar, pressant les flancs d'un farouche étalon ; ■ Il était surnommé le guerrier d'Apollon. La beauté, ce rayon de Pessénce première, A yai t sur ee jeune homme? épanché sa lumière ; • A l'heure des combats, de son front. plein de feu L'orageuse pMeur était celle d'un dieu!

Il s'avançait rapide/ et 'd'iin jSatteur murmure Les dames accueillaient l'immortel sous l'ann^ire. Dunois l'accompagnait. 'Le troisième tenant .Qui devait, en champ* clos, répondre; à tout venant, Conlme s'il eût déjà vu son heure 'suprêtne, Sexnblait sous.son armure être en deuiMe lui-même.

CHAWT IX. 329

Arrivé 1^ inatio (lu féodal manoir^' *

Noire était sa cuirassé, et son bouclier noir

Présentait un^phéâix, $yniI>ole de son âiriè.

Avec ces mots : -^ Jç meurs et renais, dans la flamme/— .

Un lége^co^rsier poir SousJui mordait le fmû ;

Nul ne. savait' son nom : sa visière d^airain -

Sur son front nuageux avait été baissée^

Et son blason lui seul l:rahissait ^ pensée:

Sous le deuil menaçant du panache onduleux, '

Sinistre, il ra|)petait ces héros fabuleux, Ces fantômes guerriers^ ceints d'une sombi'e écharpe, Qui traycarsaaent Forage évoqués ^afr la harpfe, Lorsque l'aveugle barde, aiix longs chévéux'fibttànts, Recrutait dans la mort de nouvéaux»câmbatt.slnts. '

Le duel- commença multiple, impitoyable : .

Des six fiers champions^ le.choc fut effroyable ;

L^arène en retentit; maisciriq Jânces de fer, • ' * . . . ■ •

Chacune; sur la t^rge allumant son éclair, - r

Volèrent en écUtïi sàn^-oiivrir de b^e8surè^:

De celle du. géant .l'atteintà fut .plus sûre; * v •

Aymar tomba dû coup... sga covirsier'bondîs^nt^

Vint flairer le cadavre,' et s'enfuit, hennissant ..-

** * Sous' un signe de croix les •dame% frissonnèrent;

Tyrconei. et Lqclin sur Dunpis s'acharnèrent ;

Et Duûois, souriant au combat hàsak^eux, ••

Dit au chevalier noir : " ' ' ' •

330 JfiAJSi^E DJAKGVCIJËRRI&RE.

* ^ ^ • -^ taisse-left-rooî tous^eux. —

Mais lui ààùi ç^ cluel^ b main ih sang trempée, . RSttfblil r-équiiibcils/eii vùn- seul -coup tf épee ;* ' EC Salifejiupy: mort-jwai d'dd b6n(l fraternel -

Pour réponse à Punpîft-'dé6er Tyrcônijdt* * '^'

Mu^Ufkis' ériipbfjbervlpi faia secondetnèrey * Mon pioel^uè cnai^ jfar .les ^coursim d- Hcrnière, ' AfiB^Ufeitces^ gri^dft^J^ téda;tants *

Aublà^èi^ de hi^evfe et jdaûsMa m^t-dè» temps! .

Vijj&ris jeter Fllîajieên <îe.€9mbat>câ

Tjoi'dont 'le^voj s^étehd'du i^ntd^in jusqu'à: l'Ebre!

Descends^ .fî^ippe itfc^ fconi du. sceptre; stérien ,: . *

Où tes chsM^itç, ont^ÏHisse) . la niprt ne peut pjiis rien;

Et sur ran(eî^.nôre-'OÙ Tenceiis dès ^ vers fume *

L!Q.ùJbli'ne repmid .pkis.^ i^tieta lyre exhume!

Tôujxjurs Mnéroïsme on -tè'vH.t aliter > • *•

Tass^ éeH^ît:*seâi.vei« si:^;Ùn>dùr.bénciier, «

$QÙ& le^i^él de^beftui^nom^r^^uè.ton éclair 'iifitmne,*

;Ta Vôix-^iîitNfe jtctut tenips. un éclip de Bèllone^ ;. '

*■•','.'■ '■'•.*♦. » ' fc • •

YiçnSy donni^ ti mon .g^iit;'les. ti^ite. d'Adoma^oi*, ^ • * • ■ ' • ■ * .' • •

Avàût qdp.'surltï. poudra ;H ionibeji comine Hector !.. ^^

DuQois. était btessé*; son riv^il, en silence , Jusiqu'au tœur 4U-béro$ éhçfrchè 4 dardi^r su lance; Lj&Mtardr.tf Orléans l'évité^ «laisJ'acicFr , Piquie eiL. sit^jprofoadem* b ' gorgp d^ Et le courâier^ salant l'atteinte nuBurtrière»- ... De sa. té'te de fer Tejetée en arrière - y { Meurtrit au ftai^t .Ouaoir9:qui9'.dë^fear éblOuiV 3ur les crins tout sa^laîfit^-sè penche^ 'ë^aa.pui, * O .Danois ! t9iit*'napeiiple,en jette ^in eri.d'atapme&l ... Mais le chevalier, noir/i^st tpn.çonipagnôâ d'acme's^. Et, pour ëgalker encor. le fier défi^' • * *j

Ua second opup- d'epaè à son *bi^ . '

r^Laluttè è^t. plus illu stre aVâELt moins: d'adversaires',

Répète* le géant ^quitndi'aigleiouvre^esseFre^'r-^ ■' .

Je te l^Adis'à toiyfaixtdHie au noir cimier, . ^ •:

I^ fiiuéon triomphant prend le vol' du< fjaaàiet, ■ ^

Avaût dé défier-* deux :que tu vicuois^'abattre, /'• ' *

Ppuî:(Jp6i:'ne m'às-tù. pats dhpisi. pour te cpmbattrer

J^eûsse épar^]ié);croi$-moi>.leur morf'à ta fumeur;

Ta victôite est l'^cit d'un instinct de t^rrpur. ' .,/

Tremble donc, chevalier d«* là ntrit; eàr. mon. frère

Te: garde là 'moitié .^e'r son . lit .funçr^irè. '• :>.'.••

TremblcL; bnr'^eiice Keù,\d'Ui> éterti^l.trépais .

£i.emblèmé du' phénix ne te sauver^i^s.;' , * -• " i Et le cyprès* vengeur, dpiit. je :p6çte-«ujàft branche •' • Déjà,:poui:4iMTibrager, -siïr ta tête, se penche; rr : •^

33^ JEAlNiNE D'ARC, GUERRIERE.

Il dit et prend du champ... Un héraut désai*mé Emporte dans ses bras Dunois inanimé ; Puis les coursiers perdus dans des torrents de poudre Tous deux au même instant partent comme la foudre. S'élancent l'un vers l'autre/ et) sous Jeurs cavaliers , Snb heurtent à la tête ainsi que deux béliers. Un sang noir vient souiller Técume de leur bouche; L'épouvantable choc sur la terre les couche^ Ils tombentcomme un plomb. Le pied desdeux guerriers, Pour en sortir plus tôt romgant les étriers, Se dégage!... chacun, dans sa hauteur -se dresse^ Et du chevalier noir l!étincébnte .adresse . •

Ijongtemps de toutes parts assiège^ sans faiblir. Le colosse d'airain: qu^il cherché à démolir. L'Anglais, en déployant sa. formidable taille, Veut dan3 ses bras dé fier étdufieir la bataille ^ *Mais ses efforts sont yains^ et fiAh Beaumaiibir Eût4it parmi les Trente : — Honneur au casque noir ! —

Comme un drapeau de plus, déployant leur écharpe, Sans pitié pour T'Anglais que sa fureur écharpe,- Les dames, loeil avide et le sein frémissaut,**" Font pleuvoir des bouquiets q^ii seroiiC teints de sang. Honneur au casque noir ! ... La cymbale stridente ' Frappe les sens ^émus,- comme une. strophe ardente; Et fe buccine- éclate, et de mille clairons La fanfare dans l'air bondit sur tous les fronts : Fîinfare métallique j harmonieux oVagé *

Qui jette dans le sang la fièvre du courage, Électrise la guerre, et, dans ses larges flancs, D'un CRESCENDO de gloire enflé les (Ipts brûlants. O gloire! qu'ils sont beaux le& jours que tu colores! L'oreille, en. frissonnant, boit les ondes sonores;- Et le chevalier noir, sur son coursier fougueux. Retrempe ses .fureurs dans tes bruits* belliqueux.

Honneur au casque noir!... Et la foule onduleuse S'agite autour de lui, comme. une mer hoaléuse; La beauté lui sourit, la gloire bat des maios; L'éblouissant fantôme* est sur tous ses chemins. Ah! dans ces fiers duels, parures d'une fête, Tout danger disparaît voilé par la conquête. Si l'on tombe ^expirant, les dames de beauté Nous font de leurs regrets une immortalité ; On meurt déifié par des lèvres dé rose ; La splendeur du trépas devient l'apothéose !..« Et. le chevalier noir, qu'aucun péril n'abat, Pour atteindre la pàhne élevait le combat. Sous les regards^" d'Agnès tout lui semblait possible : C'était pour vaipcre Agnès qu'il était invincible; Et .l'ardent champion tenait pour, déshonneur Que la bataille osât retarder son bonheur. * Aussi pour en finir dans sa lutte guerrière D'un élan de lion il se jette en arrière,, Se découvre, et l'Anglais, qui se croit triomphant. Vers lui, la pointe au cœur, jusqu'à terre se fend ;

Mais lui . <hi spftdassîà. -a rabattu le glaive ;

SoB'ëpéé^ en tireur qu'à deux mains il étàyet-

Pareille au *k>tird ttiâfëeau dont 9'afme .'tin- forgeron,

Avant que le géauitàit redressé lè^biity -

Toml)evi%ttentistonte9 -^t 'œ coup de tonnarre ,

Teïinine^ en 'Tillustrànt, la joute sàngpmairer.

Sanglant^ le* casque ouvert, le crâne /^;acas'sé,

Près de son coursier moct Loclin est terrassé./. * -'

—-"Je devrais iàimoler quiçon^ùeVïne défie ^-'^ Slais je tffrf pas le temps- de t-arracher la vfej>-^ .Dit fout- tas- le vainqueur... •Il s?e^t priécipite; -• * ' * Bràlauty aux ^ieds "^d'A^gnàs son âme Paj^e. Et le voyant ainsi, la douce' châtelàmé,^ "■' . ' Sous sou voile "argenté qui parfume la plafine,' '• ;"

Et triste- et rougissante et lé regard baissé,* : : ' Se lamente déj:à .du seraient pl^noncéh'.. . A^iès g^aint, .sous Tatur du èorsage de' moirjB^' • Devoir brièé/soia^ ûeefur pour, j&^fenter ia gl^ - [

Et de montrai^ à tous, victime dé^^^J'honnéur, :• - • •

La 'reine dife ht fête èa^deuU de âou "borihéttr.

— Grâce,:. chevalier noir; Téffort eàt ilnpbssiblè : .Ke rédamez . A5 *'moi qùé lé ii6n\ "Slnvîncibiè ; ^ • 'Grâee! allégte mon seîn dq i^ids de niôn sërmeht : •Là gloire ne .vatif^pass qu on perde j?oii*aihaut.

Gréeél; car chaque jour -à- ^os ;vœux* plus ^é&élléf;

]VT(çs.{ifeur^ iii'empêché"raieîït de- Vous paraîtce.belle }

Voyez mes yeux '^éiiits, voyez man ^froii|^ ptall; :' . ' •

r-ai voulu- par orgueil essayer, dé Toubly- ' '

Mais dii plus doux passé. l\>ubU fait une <!én3^^

Dans ce toml>eau du' cœur je tte veux pas {J^sceridre! . *

Les .^ïiges opt.le çieV l'Çs Femmes witFàrtîôur:;

Et y ai besoin d'aim^^t pqiir viVt"è e«feore «n :jï>ur; -

Dame de Fi!om&hte|tuv safts^ nuUe 'i^epçiitaxicèy^ * - ' '

A mes .aulr^s erreurs • j*ajotit]p lat 'cfphàtafîicfe j' > . t '

Toujours auprès. dcf kaoi voU^ vous tïôiivéi'iiçz:' seul,'

Et moii' Yoife flottant, vous, serait-^un! Knceul! ? * *

Si Ton me. sepâïait dii r^.^ YêUiïlèz*^j!iie!Gi*oir^, .. •

M^ jpurs,.ressfeiiïbIerâieDt.à;yQti?er;artlriiire^^ .'

Et sans jeJter.-sur^You& aucune de :ïn^^flet||çs^^' • r *

C^st moi, chevalier noir^qui pràhddqs 'vOâ €biï}eti[r^4*'

Grâce! grâce!.,» rf : ^ - . . •.. • : V

*' Mais .li«^^^eni^Tant*de sè^. fcjAA^ : -

— Ton secçièift^ belle ^gnès, «st giravé sur més^rm)es% Tu iriL'a^ai^.ieps.';. régarde. •^— -

, ' • .. ."[, . . ' V *• £ttlct«as;^ue, arraché.

Du. froBt'qu'a. tous Jes.y^ux LairaûîvteDaii«&Hc)ië^

Laisse voir, : libre :^fin- de. son lâcjhe 'égoisinie^ • ^ .. *

Charles 'Scp|,p^ryamp*i^ mentant*, àvl^robmè ; '„.'* •

Charles Sept', couronne^ sèti.braâ,*' je de^^^

Absolvant d^tts.'AgàèsJ^'HiUitresses des/ ro

Digne de fealme d'Ai^^'et.daii^ d^^sainCé^flainme^^^^

386 JEANNE D'ARC, GUERRIÈftË.

.Trans%urant son nom entre deux noms de femmes.

— Le roi! c'était le roi!;..

. ^^ Non ;c^était ton amante

Épargnie-moi Taffront de tant d'élonnement.

* Le csiscpx^ nie cachait â tes regards; iqu'importe?

Tu me reconnakràs aux grands coujps qiie je porte,

Une autre fois. . . £t vou^^ mes pairs, mes hstixU basons,

Vous avez vu l'enfant gagnçr ses éperons.

Digne fie commander à vos destins iUûstres, •

Mon triomphe,* çn un jour,» m-a vieilli de trois lustres!

Cet enfant A *l)^oin de drâpeaus: pojir hochets:

•Honteux des vains plaisirs qu'en nos bois, je chierchais,

Je ne quitterai plus le casque ni les heaumes;

Au lieu de cerfs* dik cors, je prendrai des royaumes :

Tombe sùf moi le ciel,* guerriers, si le roi ment!

A mon dernier héroi, j'en ferai le serment,

£t, pour mieux déchirer mes pâles adVerisiaires,

Mes faucons renvoyés me laisseront leurs serrés !

Je ne nie caché plus, à l'ombre dil hallier ;

Forcé dans mon empire, ainsi qu'un sanglier,

Je me hérisse enfin, et veux que ma colère .

Donne un eoup.de boutoir à la gloire insulaire.

Amis, si vos* brassards sont légers, changez-les;

Car le plomb du chasseur feiti place aux boulets.

J'ai failli ;. mais bientôt, pour dons expiatoires,

A l'autel de Ja France apportant des victoites.

Je veux montrer à tous^ sur mon blanc palefroi , Que, las d'être dauphin^ je prends des airs de roi : On saura, désertant chemins creux et broussailles, Pour retremper un cœur ce qu'il faut de batailles ; On saura, quand un roi se lève avec ses pairs, Combien de son ëpée il peut jaillir d'éclairs. Jeanne d'Arc commença, j'achèverai, vous dis**je ; Et mon glaive tiré vient en aide au prodige ! Fille de laboureur au céleste bienfait.

J'enrichirai d'un grain le sillon qu'elle a fait. Et nous irons ensemble, au sortir de ces fêtes, Abattre chez l'Anglais quelques moissons de têtes! Marchons à Reims ; tentons ce hasardeux effort : Appuyé sur l'autel, un monarque est plus fort. On ose contester mon nom et ma puissance ? Prenant Dieu pour parrain, j'affirme ma naissance. Le saint chrême défend l'éclat de mon cimier. Et ce second baptême est garant du premier. Marchons : que mes exploits, poussés vers l'Allemagne, Empêchent de dormir l'ombre de Charlemagne ; Son royaume est le mien! trop étroit à mon front, Le bandeau des Valois me serait un affront ! Et, pour le mieux tremper dans les feux que j'allume, La gloire remettra mon sceptre sur l'enclume. Au niveau des Français j'élèverai leur roi ; Mes États dépeuplés se rempliront de moi ! Venez tous... —

Et poussant un belliqueux murmure^ Sans se donner le temps de lustrer leur armui^e^ Se confiant d'avance au glaive de Martel y Trente mille soldats marchent vers un autel } Trente mille soldats, que la gloire désigne. Marchent^ la foudre en main, pour coiiquérir un signé : Tant, marqué d'espérance et fort de souvenir, Ce signe d'un moment renferme d'avenir; Tant le pouvoir des rois n'est rien qu'incertitude, Quand Dieu n'apparaît pas dans leur mâle attitude! C'en est fait. . . le clairon succède au cor chasseur; Agnès de Jeanne d'Arc se croit un jout la sœur^ Et, s'enorgueillissant de sa douce parole. Prend sa part de lauriers, sans ternir l'auréole^

.Mida

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