‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 3 sur 55 · XI1I · texte numérisé non relu

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révolter é^ Tinjure, et ne laissa jamais un ressentiment Imposer silence à sa conscience. Il vantait ses ennemis avec autant d'aisance que de générosité, quand Us méritaient d'être vantés, et se taisait, quand ils ne le méritaient pas. Il est juste d'avouer qu'il avait assez souvent occasion de se taire. Je le répète : il n y eut jamais plus belle âme au service d'un plus noble esprit, et, ce qui ne se concilie pas toujours, d'un esprit meilleur et plus gracieusement aimable. Sa conversation était souvent étincelante comme son style , surtout quand il s'agissait de discuter les ressources de Fart ou d*en pénétrer les secrets , de chercher le côté mystérieux des choses, de poursuivre le mot de la philosophie dans les sinuosités des systèmes, de promener le jour de la poésie dans les profondeurs de ia métaphysique. Il amenait toujours une iirtage au secours d'un problème, et s'il n'éclairait pas, c'est qu'il éblouissait. On se laissait entraîner sans être convaincu; et, malgré ses emportements belliqueux, il mettait tant de bonhomie dans ses assauts, il vous terrassait avec tant de bienveillance et d'aménité, qu'on était toujours tenté de le remercier d'une défaite.

Ces éloges sincères pourront paraître exagérés. Ceux qui ont connu ou aimé Alex. Soumet, ce devrait être synonyme, ne les trouveront tout au plus que justes. Quant à ceux qui ne lui ont pas pardonné de vivre, parce qu'il pouvait, d'un jour à l'autre, les effacer, ils ne nous réfuteront pas sur son cercueil. On ne cherche pas à blesser ceux qui ne peuvent plus se plaindre : c'est le gémissement qui fait le prix de la blessure. On laisse volontiers passer les louanges de ceux qui n'en peuvent plus conquérir de nouvelles. Les envieux suivent le poète jusqu'au seuil de l'avenir; une fois qu'il est entré, il n'a plus que des juges: l'auteur de Jeanne d'Arc ne les craint pas.

Jules Lk Fayre-Deumirb.

25 septt mbre 1845.

L'Angleterre stérile et la France féconde Ont en deux larges parts scindé l'âme du monde , Et les deux nations sont les représentants De cette âme agrandie à chaque pas du temps.

L'une, dès le berceau, se dressa pour l'empire. La fleur des dévouements naît dans l'air qu'elle aspire ; Sa lèvre est belliqueuse ou garde un pli moqueur : Toujours son ciel brillant lui réchauffe le cœur. Elle porte toujours , sous un front qui rayonne , Une âme ouverte aux pleurs dans un sein d'amazone.

Rattachant sa couronne à toutes les vertus ,

Consolant de pitié les peuples abattus ;

Ou , pour les rétablir dans dés destins plus calmes ,

Offrant à leur malheur l'aumône de ses palmes ;

Faisant de sa pensée , en tout temps , en tout lieu,

Un degré solennel de l'échelle de Dieu )

Et , quand le doute au loin propage son domaine ,

Retrouvant dans l'honneur la certitude humaine ,

Elle est grande, elle est fière, et même en ses revers

Un reflet de son nom peut dorer l'univers.

L'héroïsme est toujours sa seconde nature.

Quand le Rhin un moment déserte sa ceinture ,

Elle serre sa taille, et puis, sans se voiler.

Dit en se redressant : — Regardons l'eau couler. — •

Sa valeureuse main trame les grandes choses ;

Sa gloire séculaire a ses métamorphoses :

Elle se ressouvient, dans son règne nouveau^

Que la suprématie est encor son niveau.

Fille d'Isis, fuyant toute palme éphémère^

Elle ose soulever les voiles de sa mère ;

Elle se ressouvient que , sous un autre nom ^

Son divin Malebranche est frère de Platon.

Elle se fait le sphinx des énigmes suprêmes ,

Ouvre d'un pas hardi la marche des problèmes,

Et , cherchant les clartés que rien ne peut t^nir^

Peuple avec l'infini ses rêves d'avenir !

Pour pouvoir à son gré voler de faîte en faîte,

Elle a son char de feu , comme tout grand prophète^

La superbe Italie , à l'œil ëtincelant ,

Du sceptre des beaux-arts doute en la contemplant.

De son langage aimé les flots académiques ,

Où le Celte jeta tant de mots âdâmiquks,

Du jour de la raison. chastement éclairés,

Epanchent son génie aux peuples altérés.

Noble France ! c'est toi qui lègues à la terre Les véritables lois du code humanitaire. Ton esprit ^ affranchi d'un piège suborneur, Place l'oubli de soi plus haut que le bonheur, Aime à se retrouver dans tout ce qu'on renomme, Ne conspire jamais pour rapetisser l'homme , Et voudrait voir, alors que tu lui tends la main j Jusqu'à ton front de dieu monter le genre humain* Te personnifiant dans l'homme gigantesque Dont l'Océan berça le supplice dantesque , L'éclair vengeur serpente autour de ton laurier ; Tes aigles , tournoyant dans l'orage guerrier, Lacérant sous leur bec tous les noms infidèles , Font palpiter la gloire à leurs battements d'ailes... Leur essor recommence, et leur exploit lointain A , rayon par rayon , rallumé ton destin. Soleil dans ton repos, volcan dans ta colère , Les peuples de ton nom datent leur nouvelle ère ; Autour de tçs rumeurs ils se pressent pour voir Sur d'arides États tes libertés pleuvoir^ De chaque grand projet sentinelle avancée , lançant tantôt la foudre et tantôt la pensée,

Tu leur montres de loin y comme un spectacle à part , L'avenir j œuf immense éclos sous ton regard. L'œil sur ta destinée , on trouve , noble France , Dans ton blason d'azur l'ancre de l'espérance. Noble France ! on retrouve un de ces Gaulois nus Dont le poids triomphal du glaive dé Brennus Ne faisait point plier la force souveraine, £t dont les fils jetaient un collier dans l'arène , Afin que ce présent , aux lions disputé , Enflât de plus d'orgueil le sein de la beauté ;

Un de ces Gaulois nus qui n'avaient point d'armures, Pour qu'on vît de plus loin le sang de leurs blessures ; Qui , le front couronné du chêne radieux. Au centre du combat fiers d'installer leurs dieux, Prétendaient que y sauvant la dignité de l'homme, Un peuple fût exempt des conquêtes de Rome. ^

Criminelle toujours de lèse-humanité , L'autre fait son bonheur de sa rapacité ; Sa main ne sait tenir ni flûte ni palette : Comme un oiseau des mers elle est raùque ou muette. Son soleil porte un voile , et les rois des beaux-arts , Haîdn et Raphaël , mourraient sous ses brouillards. £lle offre en ses aspects, immobile à sa place, D'un temple protestant la nudité de glace : Elle sera toujours ce que nous la voyons. Sa Bible calviniste et veuve de rayons, Otant toutes ses fleurs à la terre promise ,

Semble, au souffle de Locke, avoir éteint Moïse !

Elle use ses regards, et puis les use encor

A chercher dans du sang quelques parcelles d'or.

Sa liberté de pierre est sœur de l'esclavage :

Son industrie au loin, de rouage en rouage,

Remplaçant par du fer l'ouvrier pantelant,

Fabrique la misère à son peuple hurlant !

Son glaive est sans pitié , son courage est sans flamme ;

Rien ne remonte au ciel en sortant de son âme.

Elle n'a jamais vu luire le dévouement ,

Astre sacré qui fait du cœur un firmament.

Elle change sa gloire en spectacle si triste,

Que le spleen vient planer sur sa palme égoïste,

Et que le suicide, aux replis étouffants.

Du contact de leur mère affranchit ses enfants !

Marquant d'un pied fatal le sol qu'elle dérobe,

Ne s'agrandissant plus que par segments du globe,

Sur le pôle appuyée elle prend l'équateur:

Et quand son joug au loin étend sa pesanteur.

On la voit s'indigner qu'à travers la tempête

Le czar, de ses glaçons, la meurtrisse à la tête;

Le czar tout hérissé, sanglier colossal

Qui gravite à son tour sur un monde vassal.

Et qui viendra bientôt, nous faisant des jours pires,

A grands coups de boutoir disloquer les empires !

On la voit s'indigner, dans ses mille détours.

Qu'une autre large main retouche les contours

Des États où dans l'ombre elle sç fortifie;

Carte où Dieu tôt ou tard met sa géographie :

Le Dieu grand, le Dieu fort, armé pour la punir!

Ses victoires n'ont rien qui sente l'avenir.

Ses vaisseaux vainement enferment dans leurs voiles

Son esprit qui jamais ne se mêle aux étoiles :

Cet esprit infécond ne peut se propager.

Elle opprime la terre, et ne peut la changer;

Et chaque nation, de son sceptre sujette.

Ne voit jamais germer le grain mort qu'elle y jette.

Malheur à toute plage où vont ses matelots !

C'est le poulpe multiple, amarré sous les flots. Qui, voulant dans son sein aspirer ses victimes. Se creuse un entonnoir grand comme des abîmes : Il tourne sur lui-même , et, cylindre géant, Pour sa roue orageuse il prend tout l'Océan. Il transplante à ses flancs les coraux qu'il ramasse ; L'avarice du monstre en enrichit sa masse; Il sent, au sein des eaux qu'il cherche à dévaster, La flore de Thétis sur ses bras végéter. I^ souffle intermittent qu'exhale sa poitrine Rend jalouse parfois la trombe sous-marine ; Et, pour les voyageurs qui vainement ont fui, L'Archipel dangereux a moins d'écueils que lui. Il fait, en retenant ou gonflant ses haleines, De son sein limoneux un sépulcre aux baleines. Bien plus perfide encor que son triste élément. Il met tout son orgueil dai^s son isolement ;

Il s'agrandit ; il croit, dans sa force égoïste, Que pour le nourrir seul la mer immense existe ; Et, surveillant au loin son empire soumis, Ne voulant qu'une proie, il ne veut point d'amis ! Parfois il fuit le jour, parfois de ses antennes Dressant dans l'air ému les embûches hautaines , D'une foret vivante il domine les eaux : Il entrave, la nuit, la course des vaisseaux. De ses cent bras hideux les fortes dentelures Sèment sur l'Océan les lambeaux des voilures. Et, doutant de lui-même au sein des flots amers, Léviathan vaincu n'est plus le roi des mers.

L'Angleterre stérile et la France féconde Ont en deux larges parts scindé l'âme du monde, Et les deux nations sont les représentants De cette âme agrandie à chaque pas du temps. Malheur! trois fois malheur, si ma belle patrie Mourait!... Or, écoutez ma légende fleurie.

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