LA CHASSE AU CERF BLANC
Oh ! que la destinée a d'étrange secrets ! ' 11 s'était rencontré dans nos vieilles forêts , Tandis que nous étions sujets de l'Angleterre, Une. vierge, semblable à celle de Nan terre. Ses regards étaient pleins d'une sainte langueur. Chastes comme sa vie et doux comme son cœur; Les bergères, ses sœurs, faisaient d'elle, à leurs veilles. Des récits tout empreints d'innocentes merveilles. Pour son pauvre pays , depuis ses premiers jours , Elle priait , priait comme on aime , et toujours. Une voix lui parla dans la forêt des chênes : Elle ceignit le fer, partit, brisa nos chaînes !
Ensuite elle tomba dans lès mains Aes méchants ; Le bûcher «'alluma pour la fille des champs : Elle y monta. . . sa cendre au fleuve fut jetée , Et, trois siècles après, Voltaire l'a chantée.
Ah! ses bourreaux du moins avaient, en se voilant, Rassuré la pudeiir dans son tombeau brûlant; Français, n'insultez plus l'ange de votre histoire, Les palmes du martyre au front de la victoire , Votre nom reconquis , vos fastes televés , Ij'innocence qui meurt pour vous avoir sauvés , Les derniers souvenirs de la chevalerie , La gloire et le malheui», le ciel et la patrie !
Et toi, muse des preux, muse chère au Seigneur, Semant sous nos drapreaux les leçons de l'honneur. Aux bruits de la cithare et du ichant des trouvères , Le front ceint de lauriers , de Us , de primevères , Offrant au paladin , dana la lice emporté , L'écharpe emblématique et le glaive enchanté ; Attelant à ton char les licornes légères; , Guidant la châtelaine aux danses des bergères ; Ihi bouquet varié nuançant les couleurs , Pour parler à l'amour lé langage des fleurs ; Lorsque le feu follet glisse sur la bruyère ^ Priant l'âme des morts au seuil du cimetière ; Écoutant, vers le soir, les merveilleux récits- Du vieux pèlerin blanc sûus le grand chêne a^sis ;
Visitant Roncevaux, ou choisissant, errante, L'arbre de Ploërmel pour le combat des Trente; Dictant , lorsqu'un vin pur de l'amphore a coulé , Le serment des Neuf Preux sur le paon étoile; Chantant le lai d'amour, poussant le cri d'alarmes , Avec tes fabliaux, tes jeux, tes douces larmes, Tes chiffres, tes couleurs, tes défis, tes tournois. Accours, Tiens évoquer le siècle des Dunois!
Viens nous montrer comment nos cités prisonnières. Quand l'honneur a parlé , rachètent leurs bannières Viens donner à mon luth l'élan de nos guerriers; Viens chanter face à face avec tous nos lauriers ! Viens, muse, t'élançant du bûcher héroïque. Meurtrir les fronts anglais de ton sceptre homérique ; Viens leur jeter au cœur le brandon du remord : L'âme de Jeanne d'Arc, à ton hymne de mort. De la hauteur des cieux se penchera, muette. Pour couvrir de rayons les palmes du poëte. Viens apprendre aux Français que toujours le malheur, Au lieu de l'ébranler, raffermit leur valeur; Qu'ils ont plus d'une chance en l'urne aléatoire, Car rien n'est ici-bas grand comme leur histoire. Viens apprendre aux Français que, sans la trahison, Aucune main ne peut mutiler leur blason; Que lorsqu'ils sont tombés, c'est d'un char de victoire; Qu'ils se sont relevés plus fiers; et que la gloire Reprend toujours vers eux son essor immortel^
Comme un dieu rougissant d'avoir changé d'autel.
Viens apprendre aux Français qu'ils sont les rois du glaive;
Que l'astre des beaux noms dans leur pays se lève,
Et y traçant sous le ciel son radieux chemin,
Dirige à ses clartés les pas du genre humain. •
Viens chanter, quand la voix du siècle nous défie,
Un de ces grands trépas que l'âme glorifie.
Fais de mes vers guerriers l'oracle des combats.
Si jamais les Anglais — ce qu'ils n'oseront pas —
Voulaient vers nos cités se rouvrir une voie,
Que mon large poëme en drapeau se déploie,
Et balance, évoquée à de mâles accents.
L'ombre de Jeanne d'Arc sur leurs fronts pâlissants! ! !
' Jean-sans-Peur revivait au cœur d'un fils rebelle. Marâtre à l'œil impur, la hideuse Isabelle Suivait de ses amours le cours désordonné. Entre son époux mort et son fils condamné; Et ses amants félons, de la Seine à la Loire, Montaient à ses faveurs en abdiquant la gloire. La France se voilait, et, sous l'œil des vautours, Détachait de ses flancs sa ceinture de tours. Il lui fallait subir une injuste tutelle; Les revers ébranchaient son cimier d'immortelle. Et, chaque jour, le meurtre et les dissensions Amoindrissaient sa place entre lés nations. Orléans seul semblait, sous le fer et la flamme.
De nos mille ans de gloire avoir re»piré rame ! Ce corps vide de sang et mutilé partout^ Qadavre q^ue l'honneur tenait enao);ide)K>Ut^ Combattait et voulait , au terme de la lutte , Combler de ses hauts faits le gojuffre de sa chute.
Paris tremblait esclave , ^ ses peuplies , entre eux^ Se montraient dans la nuit des signes désastreux. On disait que les morts quittaient leur sépulture ; Que Thymen de se$ fruits effrayait Ja nature. On disait que la fiée aux. uoirs enchantonents , Après avoir passé sur un feu d'osseineirts^ Venait . à la lu^ur de sa torche dé chaume • Sur l'angle des vi^x murs refléta SO0 fantojme. On disait qu'un archange avait pris sous l'autel , . Pour remj^orter aux deux , le glaive de Martel. Nous toùchionsàces joursoù) dans Leur sang plongées, Les grandes nations de fbt^its surchargées Périssent*., sibientiot^ établissant leUrs droits , Dieu même ne s^asned au conseil de leurs rois : S'il ne vienty sous lesn^ursdes yilLess alarmées , Marcher à découvert en ayant des années! Comme ehez Baltfaazar, s'il ne vient un momeat Faire, luire sa main sur chaque i^énement^; Et, réglant par ses lois l'heure où bout^ consomme, Du regard éternel allonger f^eil de l'homme.
Devant loi, dans les deux, priant à deux genoux, La douce Geneviève intercédait pour nous. Comme il faisait jadis dans les bois de YiiiQenne ^ . Saint Louis lui parlait des peuples de la Seine , . Et rattachait encor, si près de Dieu monté, ' Le bonheur de. la France à son éternité. Le ciel s'était ému dans quelque sombre attente. Sous les arches de feu de la voûtç éclatante^ Au pied du Saint dei^ saints^ de ténèbres voité. Un esprit du Seigneur venait d'être îqppelé. C'était l'ange poussant qui, sur la jpage austère', Consigne, jour à; jour, les fastes de la terre j Monarque qui pour sceptre est armé .du burin. .' C'était l'ange puissant dont la lèvre 4'aîrain Ponne en lés racontant, loin des lieux où npus.sommes. Sa durée immuable aux actions des hommes. ' C'était l'ange puissant qui , choisi dans Je ciel ï^our que l'abeille hùm$.ine ait uu rayon de miel , Vient fonder les cités , vastes ruches de pierre ; Couche après leur décè$ les peuples dans leur Inèré ; Et, selon, leurs vertus, des hauteurs de Sion Leur jette l'eau bénite ou rimprécation . CéUiit l'ange puissant qui , par l'ordre du juge , Voila notre soleil dés vapeurs du déluge , \ Et, n^ayant rien à faire en ce globe lointain , ^ Tourna quarante jours autour de l'astre éteint; ; Puis reposa son vol sur la voûte de l'arche , Et s'étpnna qu'avec trois fils de patriarche ,
Trois fils acheminés vers trois climats divers^
Dieu y dans moins de mille ans, repeuplât l'univers.
Il s'étonna de voir fonder trois pyramides
Sur des sables encor de l'eau du ciel humides ;
Et d'une zone à l'autre il laissa sous sa main
Les peuples serpenter, immense fleuve humain
Qui, pour mieux de ses flots inonder les campagnes,
Comme tout autre fleuve, est venu des montagnes.
Des États de la terre il se fit des enfants,
Tantôt frappés au cœur et tantôt triomphants.
Il se penche vers eux, et, de leur frêle histoire
Allongeant d'un degré la courbe aléatoire,
Il se plaint qu'ici-bas, même devant l'autel,
La vertu ne soit pas un titre d'immortel !
Et, pour en parsemer sa chevelure blonde.
Il cherche avec amour des perles dans notre onde.
Sur l'arbre social son l'égard arrêté
Sait dans quel gland du ciel germa l'humanité,
Et quelle main parfois, les taillant sous le glaive.
Des rameaux populeux fait circuler la sève,
Et leur verse d'en-haut de fécondes chaleurs. /
Pour nourrir la racine, il émonde les fleurs ;
Il sait ce qu'un héros, fier d'aveugler la terre.
Sous ses pas orageux soulève de poussière ;
Il surprend l'avenir dans un projet caché ;
Et, comme un algébriste au calcul attaché,
Tenant sous son regard l'histoire toute nue.
De chaque événement dégage 1' inconnue.
Il sait que dans son œuvre un Dieu s'est incarné; Conduit les faits humains au but prédestiné ; Des siècles^ dans leur vol qu'il dirige lui-même, Meisure Tenvergure à son aile suprême, £t voit grossir au loin leur groupe illimité, Aigles ayant leur nid en pleine éternité.
L'ange approche : on l'eût pris, à sa parure noire, Pour l'ange du sépulcre et non pas de l'histoire; Car il avait laissé tomber sur son. chemin Le globe constellé que Dieu mit dans sa main, Lorsqu'il vint, le nommant le tuteur de la terre. Graver sur son beau front son titre planétaire; Sur ce front maintenant d'un. nuage attristé. Et portant, comme un deuil, son immortalité. Ses larges pleurs baignaient les roses étoilées Qui bordent de l'Eden les mystiques vallées. Ses six ailes pendaient, flottantes, et leurs plis Battaient ses pieds empreints de la blancheur des lis. Prêt à jeter aux vents les cendres dé la France, Il osait devant Dieu douter de l'espérance; Il osait à ses pleurs amers se résigner. Comme s'il n'avait plus de place pour régner! L'ange approche, et les saints se rangent quand il passe; — La France dans le ciel tient-elle tant d'espace! — Et les gémissements s'épanchent à longs flots, Et la harpe angélique est pleine de sanglots.
— Esprit^ dit une voix, devant toi, crime à crime, De mes profonds décrets' élargissant Fabîme, Sous le poids de ses chefs un empire a crou)é : Qu'à Tendroit de son nom ton livre soit voilé. —
I^a grande voix se tait, et, vers le sanctuaire Où l'ange prosternait sa splendeur mortuaire, Geneviève s'avance; et, quand Dieu veut punir, Ses lumineuses mains s'étendent pour bénir ; Elle tombe à genoux, et son regard qui prie Ne le cède en douceur qu'à celui de Marie. C'est bien la blanche sainte ainsi qu'aux jours anciens, Quand son ange posait deux grands yeux sur les siens. Et lui montrait, au sein des longues rêveries. Les pas de Dieu marqués sur l'herbe des prairies ; Du firmament pour elle allumait les signaux. Et lui faisait un cœur semblable à ses agneaux. Et lui menait ouïr la messe des fidèles Au mont Valérien, alors sans citadelles ! Au mont Valérien, géant silencieux, Qui ne gardait Paris qu'en s'approchant des cieux! C'est bien la blanche sainte à la vive auréole, A qui parlait Clovis au pied d'un large saule. Quand les petits oiseaux, sur ses pas triomphants, Volaient, sans avoir peur, à côté des enfants; Quand, de ses hauts tilleuls glorifiant l'enceinte, Le hameau s'éclairait du calme de sa sainte ; Quand, les deux bras en croix., l'évêque s'arrêtait
En la voyant passer; et quand elle portait ,
Des jeunes orphelins adoptant les misères,
Dans un sein virginal le paradis des mères.
C'est bien la blanche sainte, honneur du vieux Paris,
Qui chantait des noêls sans les avoir appris ;
Car le dieu des bergers, depuis les temps antiques,
Ainsi qu'aux rossignols, leur dicte des cantiques.
C'est bien l'humble bergère, au front miraculeux,
Dont le regard d'azur rendait les airs plus bleus.
— Vous êtes le Seigneur : avec vous, face à face, Quand devant vos décrets un empire s'efface. Je me voile la tête, et pleure amèrement Sur les hautes rigueurs de votre jugement. Mais dans votre sagesse et constante et profonde. Le peuple qui préside à la marche du monde Est-il donc condamné sans retour, ô Seigneur? Voulez- vous dans le ciel me prendre mon bonheur ? Il est si doux de croire, ô mon maître suprême, A l'immortalité des objets que l'on aime ! Et je croyais mon peuple immortel... Pardonnez Si nous nous attachons à ce que vous donnez. Pour la France aujourd'hui, moi^ vierge de Nanterre, Je livrerais mes jours, si j'étais sur la terre ; Mais je suis près de vous, et, dans le paradis. Nul ne peut s'immoler, excepté votre Fils!
Paris s'écroule pierre à pierre j
Je ne puis rien pour lui dans cette heure de deuil : Mon âme est moins puissante ici que mon cercueil
Dans la chapelle de saint Pierre.
Lorsque la sécheresse a jauni les vallons.
Ma châsse d'argent promenée
Conjure la mauvaise année.
Et fait pleuvoir dans les sillons.
Rendez-moi ma guirlande, et prenez ma couronne.
Mon doux village est en péril :
Frapper la nation, c'est frapper la patronne ; Pour sauver les Français, rendez-moi mon exil!
 mon peuple, dans la tristesse.
Je dirai de loin : — Me voilà. —
Le fléau qui frappe Lutèce
N'est pas plus puissant qu'Attila!
Je ne prendrai point pour ma garde
Vos grands chars, dont l'aile regarde Avec six yeux lançant des éclairs azurés ;
Mais si, pour boire à mon calice, Si, pour suivre mon vol, votre sainte milice Laisse le ciel désert... vous me pardonnerez.
Paris s'écroule pierre à pierre ; Je ne puis rien pour lui dans cette heure de deuil : Mon âme est moins puissante ici que mon cercueil
Dan3 la chapelle de saint Pierre.
La grande voix répond :
". — Entre ton peuple et moi
Qu'il s'élève une hostie aussi pure que toi ; Qu'elle s'offre pour lui dans un divin mystère. Comme mon Fils s'offrit pour racheter la terre ; Et ton peuple vivra toujours. —
L'éternité Glorifia ce cri dans ses flancs répété. Le Saint des saints trembla^ les élus s'inclinèrent. Et de nouveaux soleils les cieux s'illuminèrent.
Or, des fleurs de Lois en naissant couronné, Charles, roi presque enfant, roi presque détrôné, Portait ses pas distraits, que l'ennemi devance, De la fraîche Touraine à la chaude Provence ; Mais, languissant d'amour, les traits un peu pâlis. Il arrêtait ses pas pour effeuiller des lis Sur les cheveux dorés d'Agnès; et puis, près d'elle, Adoptait pour emblème une jeune hirondelle; Blason mystérieux dans un champ azuré Qui pour devise avait ces mots : je reviendrai.
C'étaient des carrousels à la lance émoussée ; De la chasse au cerf blanc la vitesse insensée. C'étaient des ménestrels, sous les grands arbres verts. Remportant des fleurs d'or dans le combat des vers ; La danse de la fée autour de la fontaine ; T^ mannequin guerrier du jeu de la quintaine;
Ou le jeu du soleil, à midi, sous rormeau.
Jeu païen adopté par les saints du hameau.
On choisissait alors sept filles des plus sages ,
Aussi pures de cœur que belles dé visages,
Afin que le soleil pût, des hauteurs des cieux,
Sans ternir ses rayons, se mirer dans leurs yeux.
Et que l'astre sans tache, où la lumière ondoie,
Ne nommât de son nom qu'une innocente joie.
Sept pelotes de fleurs bondissaient sur le sol,
£t chacune portait au cœur un tournesol.
Et les hautbois chantaient... Les jeunes filles douces,
Vermeilles de bonheur en courant sur les mousses,
Du symbolique jeu se disputant le prix,
Lançaient dans Tair ému tous ces globes fleuris;
Sans jamais altérer la grâce de leurs poses, "^
Au son des instruments réglaient le vol des roses;
Et, le front allumé, les deux seins palpitants, .
Faisaient bondir des lis autour de leur printemps.
La règle du pays voulait^ charmant mystère.
Que le globe fût mort lorsqu'il touchait la -terre.
Et que l'astre du jour ne le regardât plus,
Pour porter ses rayons ^ur les bouquets élus.
Aussi, dans leur élan, les belles jouvencelles
A ces bouquets lutteurs semblaient donner des ailes.
Et, comme à leur vertu, sur les gazons aimés.
Veillaient au chaste honneur des. jouets parfumés.
Celle qui, sur le pré triomphant la première.
Savait rendre ses fleurs dignes de la lumière.
Se mariait toujours dans rannëe, et le ciel Donnait plus de douceur à sa lune de miel; £ty sur l'autel des saints, ses innocents trophées Défendaient le hameau contre le sort des fées. Ces jeux charmaient Agnès.
C'était l'émérillon Qui, portant un collier trempé de vermillon. Libre du bandeau noir dont sa tête est pressée , S'élançait dans les airs ainsi qu'une pensée; Planait, puis ramenait, dans son vol onduleux,
La caille aux cris plaintifs, là palombe aux pieds bleus, Ou chassait, pour briller dans de royales cages, L'oiseau de^aint Martin, saphir des marécages.
Un jour, sous les hauts murs de Chinon, les amants Devisaient, côte à côte, au bord des flots dormants, Tandis qu'après un cerf les cors et les buccines Ebranlaient la forêt, du feuillage aux racines. Un grand lévrier noir autour d'eux ondoyait. L'été de la Touraine autour d'eux verdoyait £t leur versait, épris de la rose enflammée, A flots luxuriants son âme parfumée.
Oh ! qu'Agnès était belle, au pied d'un peuplier, En roulant danâ ses doigts les grains de son collier! Son corsage était d'or; sur le lin de ses voiles L'aiguille avait brodé tout le ciel en étoiles. Peux passereaux d'or fin, au vol entrelacé,
CHANT h 27
OÙ l'orfèvre du roi, dit-<>n^ s*est surpassé, Attachaient les fermoirs de sa blanche aumonière. Ainsi que les portait Berthe la filandière^ Par de savantes mains ses longs cheveux: nattés Encadraient de son front les suaves beautés.
— La chasse en tumulte égarée^ Dit le roi, s'éloigne de nous; Laisse mon front, mon adorée, Rêver d'amour sur tes genoux.
Comme une hirondelle lassée D'un long voyage , ma pensée Se repose dans sa langueur; Près de cette onde cristalline^ Mon âme n'est plus orpheline Lorsque je m'endors sur ton cœur.
La plus accorte des maîtresses.
Sois ma blonde étoile et ma fleur; Epanche tes soyeuses tresses Pour cacher mon front au malheur.
Ce bois, aux dômes magnifiques, N'a que des rameaux pacifiques Oîi le désir vient se poser :
Les heures ne sont pas perdues,.
Quand deux âmes sont confondues Dans le mystère d'un baiser.
On- combat aux bords de la Loire!
Je t'aime^ Agnès, mais je suis roi; Je promets mon âme à là gloire ; Mon cœur demeure près de toi.
Avant que le bonheur s'effeuille, Ces doux berceaux de chèvrefeuille Nous ouvrent un jour sur le ciel ; De mes lis sois la perle humide ; Que l'abeille de ma chlamyde Sur ta lèvre cueille son miel !
Mon Agnès, ne sois point parjure, Ne me trahis pas à ton tour !
Le sort épuise son injure :
Oh ! n'épuise pas ton amour !
De ce livre tournons les pages, En attendant que mes beaux pages Caparaçonnent mon coursier.
Enveloppe-moi dans ta mante.
En attendant, ma noble amante, Que je m'enveloppe d'acier.
J'en crois l'oracle de ta bouche :
Oui, je vengerai mon affront; Quand l'éclair de tes yeux me touche, Ija gloire jaillit de mon front.
Attends-moi, pensive et voilée.
Sur les arbres de la vallée,
Mon chiffre n'est pas gravé seul.
Si dans la bataille je tombe.
Ne me donné pas dans ma tombe, Agnès, ton oubli pour linceul ! —
Ainsi parlait le roi sous la feuille abaissée. Un éclair de valeur traversait sa pensée; Mais il oublia vite et combats et sujets, Et le vol d'un faucon emporta ses projets.
Cependant, à grand bruit, dans la profonde allée, La chasse fendait l'air comme une meute ailée. Et de la poudre épaisse, enlevée aux sillons. Élargissait au loin les volants tourbillons j Et les hauts peupliers se penchaient sur leur tige Pour voir passer et fuir le galop du vertige. Et la terre tressaille, et l'œil à peine suit Ce nuage, formé de poussière et de bruit. Que les noirs destriers, rapides sous leurs selles. En broyant les cailloux, traversent d'étincelles. Et, désolé, plaintif, roulant de larges pleurs. Tel qu'un homme noyé dans de mornes douleurs. Un cerf blanc, dont les chiens fumants suivaient la trace, Se couche aux pieds d'Agnès, <\m doucement dit :
— Grâce!!!
Octroyez-moi ce don, beau sire ; je le veux.
Votre bouche royalç a baisé mes cheveux,
Et ne dirs^ pas non en ce moment... Il tremble,
Comme l'herbe d'amour ou la feuille du tremble.
Le gazon de ses pleurs est déjà parsemé.
N'attristons pas l'ombrage où vous fûtes aimé !
Regardez!... On croirait, sous sa triste paupière,
Que son' œil langoureux devine la prière.
Il souffre... Oh! que ses pas ne soient plus épiés!
En se couchant aux miens, il a touché vos pieds ;
Et, pour le protéger contre qui vient l'abattre.
Je veux que mon collier pare son cou d'albâtre ;
Je veux le baptiser d'un nom qui vous soit doux : Il portera le mien, pour être aimé de vdus! —
Le roi répond :
— Oui, grâce. Oh! jamais châtelaine Priant devant l'ermite au bois de Toihbelaine N'eut plus tendre parler que le vôtre, et je crois Qu'il faudrait l'accueillir par des signes de croix. Oui, vous m'êtes du ciel le bienfait sans mélange : La prière est sacrée en votre bouche d'ange ! Ordonnez, commandez la meute et le piqueur. Les larmes du cerf blanc m'ont amolli le cœur ! Il vivra... Qu'on le mène au vieux parc de Sylvie. Oh ! que sauvé par vous il aimera la vie ! Je veux, recevez-en ma parole de roi.
Rendre jaloux de lui mon plus beau palefroi ;
Et nous'£eroBs <lorer lès l)ois de sa ipnu.re^^ Çominje les écus^ons de ma JbriUanrte armure. Je vous le jure, Agnès... — ^ =
Et^ dans le frais séjour' .
Où le prin4^n|)s, donnant qiie fête à ramoar. Variant leâ conteurs 4^ ^ métamorphose^ , . Imprégnait leurs baisers de^ senteurs dé ses rôsea, Âgnçs^ et Charles Sept , spus de flottants berceaux, Accordent leurs soupirs à Thymne des oiseaux ; Et lec^rf blanc , sauvé de la meùie en furie ^ . Couronne de pitié leur longue rêverie!
Mais ypilà^ mais voilà qu'à travers le hallier, Paladin ii'ayant plu$ casque ni 1:>oucliçr, La cuira^^ fendue, et la poitrine duverte"^^ Débris d'homme ^échappé des murs de Saint-Euverte, Sur le sol douloureux, tramant un pied roidi, Les cheveu^ tçmt (tpUés par^un saçg refroidi, Et du b^as qui. lui reste arrêtant ses entrailles/ Jean de Rochemadour, compagnon de Xàintrailles , Vient, tel qu> un spectre noir qui spi^t du monument. Se poser ^ pour mourir, ^devant le couple amajit, Agnès v^ut fuir en vain ton œil inévitable : L'ombre d'Hector: avait un cri moins lamentable . Quand son seiii large et creux, que le deuil reinplissait,
Des chutes d'Ilion d^à retentissait.
ai JEANNE D'ARC, BERGÈRE.
C'ét^t plus qu'un, héro&y sc'ëtait la France même Venant faire peser sa grande heui^e* suprême Snr.Ies instants dotés que, la nuit et le jour, Un roi de dix-sept an;5 jetait aux v,ent3 d'amour ; Venant aussi çoudiér son corps perce du glaive Sur Tédredoti de fleurs :queia mollesse élève ; . : £t ^ pour son agonie imploraktf la pitié , Du sein rose d'Agnès- lui prendre la moitié.
— -Tandis que :tbuSTOfi preuXj dit^il, scfontocciiie,
On ne peut plus gaiement perdre un royaume , sire.
Quand Ghacles Six j^daitHionriéur '3e ^a maison,
Un spectre avait^dumoins, emporté sa raison!
H ne conservait plus son royal caractère::
Le vertige égaré lui «cachait 1* Angleterre-; ^ ; ' .
Et pour lui lé destin, Centré nous eonjUré j \
Faisait de la démence uni asile sacré ! Mats vous, des lis blessés désl^onprant' la tîge, Un sourire d'Agnès vous tient lieu de vertige. Le laurier a cessé de croître dans vos boîs; • . - Vos fanfares ont riiis la victoire aux abois , Et nous ne voyons plus rayonner sur la brèche Son glaive , qu'un chasseur dans les taillis ebrèehe! Vous riez, voué pendiez vo^re front, jmneét beau, Sur l'épaule d'Agnès ; et nous*, vers le tombeau. Vous cherchez le.trio^phe aux bras de vos maîtresses ; Et quand de teûrs cheveux les ftétrissàartes. trc9$es Entourent mollement l'élu des véluptésr,
La chaîne des Anglais entoure nos cites.
Des grandeurs que le ciel nous donnait en partage.
Vos faucons dans les airs dispersent l'héritage;
Notre gloire n'est plus qu'un fantôme à genoux.
Si Charlemagne éteint revivait parmi nous,
La France n'aurait pas l'espace nécessaire
Pour que cet aigle roi pût y poser sa serre;
Au fond de son cercueil il est moins à l'étroit !
Honte à vous qui voulez, reniant votre droit,
Décolorant un nom d'heure en heure plus pâle.
Au lieu de Charlemagne être Sardanapale!
Honte à vous qui voulez, aux accents du beiFroi,
Ne mettre qu'un amant à la place d'un roi !
Honte à vous que sans fruit, sa coupe toujours pleine,
La dure adversité berce sous son haleine!
Honte à vous qui fuyez les suaires bénis
Des grands morts, vos aïeux, couchés dans Saint-Denis;
Et, laissant les Anglais jeter dans l'ombre noire
Des fers en un sépulcre à huit siècles de gloire.
N'avez pas consacré, vous, roi déshérité.
Une heure de courage à leur éternité.
Et n'avez pas fléchi, quand votre empire tombe,
Tous ces morts révoltés qui pèsent sur sa tombe!
Honte à vous qui pourriez, loin des pleurs du cerf blanc.
Au lieu des hallalis, sonner l'air de Roland!
Plus d'espérance!... Avec l'honneur de vos bannières,
Demain s'écrouleront vos bastilles dernières.
I^a défaite est partout, partout la trahison ;
L'ennemi de ce camp vous fait une prison !
Il vous force à vous battre, et de l'honneur suprême
Se montrant mille fois plus jaloux que vous-même.
Vous liant, malgré vous, sur votre palefroi.
Vient poser une borne à la fuite du roi.
Ne souffrez plus, 6 roi! quand la mort nous réclame,
Que le voile d'Agnès vous cache l'oriflamme.
Détournez vos regards des buis de vos jardins
Pour voif comment le fer taille vos paladins ;
Laissez de votre cerf sonner les funérailles.
Pour voir de mes flancs nus s'échapper mes entrailles ! —
Il dit, s'affaisse et meurt. . .
Et du cerf doux et blanc La robe se rougit de trois taches de sang!!!