‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 5 sur 55 · CHANT DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHANT DEUXIEME

FRANÇOIS DE PAULE'

La nuit fuyait : l'Aurore , ange de l'orient^ D'une main transparente écarte en souriant Les ombres, voile obscur de la terre endormie; Comme on voit une mère aux yeux de son amie

' Tout le monde sait que saint François de Paule ne vint en France que sous le règne de Louis XI; mais il n'est point nécessaire de s'arrêter à quelques anachronismes sans importance. Virgile s'en est permis de bien plus grands en réveillant, après plus de trois siècles , les cendres refroidies d'Énée pour le faire assister à la fondation de Carthage , et pour pouvoir rappeler, par cette évocation, les. sanglantes rivalités de la terre et de la mer.

(Note dictée par Alexandre Soumet y quelques instants auani sa mort,)

Soulever, amoureuse et d'un air triomphant, Le voile du berceau qui cache son enfant.

Sur les bords de la Sienne, une royale tente, De crépine d'argent à son faîte éclatante. S'élève, et le beffroi de la plus haute tour Appelle au grand conseil les barons d'alentour. Dans les airs on déploie, aux rameaux on attache La rouge banderole et les drapeaux sans tache. Drapeaux que Charles Sept, dans l'empire des lis. Arbora le premier, de fleur d'or embellis. De leur éclat changeant la plaine s'illumine. Les pairs ont revêtu l'épitoge d'hermine; Les grands prélats, qu'on voit marcher égaux aux rois. Se couvrent de la chape et des riches orfrois. Les bannières, les croix, l'héraldique peinture Parent des arcs légers la verte architecture. Le page, jeune et fier, de rubans s'est orné. Sous l'écarlate en feu, sous l'émail blasonné. Le héraut d'armes brille, et porte en caducée La branche pacifique en sa main balancée. La devise, où s'enlace un feuillage odorant, Pnêle au secret des cœurs son voile transparent. Charle a noué deux fois l'écharpe blanche et verte ; Et prenant pour emblème une grenade ouverte, Autour du fruit sanglant, triste, le front baissa. Vient écrire en pleurant : sous la pourprk blessé. De ses royales mains ce jeune fils de France

Détache de son sein l'ordre de l'Espëranoe : Ordre pieux qu'un jour, dans les bois ëgaré| A la mère du Christ son père a consacre. Mais, accueilli du peuple avec un doux murmure. Il garde, en champ d'azur, le lis sur son armure, Le lis d'or, roi des fleurs, symbole gracieux Qui désarme, dit-on, la colère des cieux. Puis, déplorant ainsi sa destinée amère :

— Infortuné, je fuis, je fuis devant ma mère! Heureux l'enfant pasteur, sous le chaume abrité. Que sa mère en son cœur n'a jamais rejeté ! La trahison se lève et partout m'environne... Je suis un orphelin délaissé sur un trône, Et dont le père, hélas! sous la tombe enfermé. Se nommait autrefois Charles le Bien-aimé. O mon pèrel où porter ma douleur, mes alarmes, Et l'autel insulté de la patrie en larmes ? Oïl fuir un ennemi tant de fois triomphant ? Quel peuple adoptera l'exil du prince enfant? Puissant Dieu de Clovis, avec indifférence Laisseras-tu périr mon beau pays de France ? Où sera désormais l'école de l'honneur ? Quels chevaliers, épris du tombeau du Seigneur, Couvriront tes autels des palmes de l'Asie ? Où s'épanouira la fleur de courtoisie ? I>aisseras-tu périr ce royaume béni, Sous ton œil protecteur sans cesse rajeuni ?

40 JEANNE D'ARC, BERGËRË.

Puissant Dieu de Clovis ! d'antiques prophéties, Promesses du passé, d'âge en âge obscurcies, Disaient qu'une bergère, au front pur et serein. Cacherait ses cheveux sous un casque d'airain. Quitterait sa houlette, et, pour briser nos chaînes, Chaste et belle, viendrait de la forêt des chênes. Mais, loin de rassurer nos pâles combattants. Nul ne veut écouter l'oracle des vieux temps ; Et Talbot, s'asseyant sur nos lances brisées. Livre la voix du ciel aux publiques risées. —

— Le ciel tient sa promesse et les temps sont venus !• Répondent à la fois deux guerriers inconnus Et dont l'armée au loin contemplait, étonnée. L'enseigne emblématique et d'une étoile ornée. — Les oracles divins ne se démentent pas; De la fille des cieux ils ont guidé les pas ; Bergère encor, son bras n'a point saisi la lance ; Une tige de lis dans ses mains se balance; C'est toute son armure... et ce léger rameau Protège en son chemin la sainte du hameau. Près de l'autel voisin elle s'est retirée. Prince, qu'ordonnez-vous de la vierge inspirée ? —

Aussi rapidement que le flot réfléchit Un rayon du matin sur le lac qui blanchit. Aussi rapidement circule et se révèle Dans tout le camp français la céleste nouvelle.

On s'étonne^ on revient à l'oracle oublié; Chacun relève un front longtemps humilié, Accuse de son cœur Tindifférence impie Et ces murmures vains que la prière expie.

Ainsi lorsqu'un captif, lassé des maux soufferts, A rêvé qu'un ami viendrait briser ses fers, Ingrat envers la voix qu'il appelle un mensonge. Il oublie au réveil les promesses du songe ; Il méconnaît le dieu dont il est protégé. Mais si, le soir, un bruit furtif et prolongé Le frappe et qu'une main, noblement imprudente, Attaque les verrous sous la lime mordante. Du songe tutélaire alors il se souvient ; Avec l'espoir alors la piété revient.

Or, tandis que la foule, amante des mystères, Applaudissait au loin, Charle et ses feudataires Se consultaient... Bientôt la Hire, honneur des preux. Comme Roland terrible, et plus aventureux, Et qui reçut le jour dans cette Occitanie, Romantique berceau de la jeuiie harmonie, Se lève; et l'on croirait, incapable d'effroi, Qu'il relève avec lui le trône de son roi !

— Oui, dit-il, quand l'Anglais nous brave et nous diffame, Plaçons nos hs vaincus à l'ombre d'une femme ; Du triomphe, en fuyant, cédons-lui les chemins ;

Ramassons les fuseaux échappés de ses mains !

Et, tandis que le fer autour d'elle s'enlace,

Sous l'orme du village allons prendre sa place !

Ah ! tout mon sang bouillonne. . . Il n'est dans le malheur

De prodiges pour moi que ceux de la valeur :

Un chevalier français abattu par le glaive.

Ne se relève plus, ou seul il se relève!!!

Quoi ! prince, on nous verrait déshonorer ainsi

Jusques aux longs revers qui nous frappent ici ?

Quoi ! sous l'œil dédaigneux d'une armée étrangère.

Changeant en étendard un voile de bergère.

On nous verrait, soldats du royal orphelin.

Exhumer des vieux temps l'oracle de Merlin!

De cet étrange appui nous imposer l'outrage,

Et pour nos cœurs d'enfants y puiser du courage!

Dût, je le jure ici, Satan me foudroyer.

Si cette femme est belle, on peut mieux l'employer;

On peut secrètement, et sans rompre de lance,

Dans des combats plus doux juger de sa vaillance.

Gardons-nous de meurtrir, nous vînt-il de l'enfer.

Le sein de la beauté d'un corselet de fer!

Pour fêter dignement ce nouveau frère d'armes.

Laissons là son oracle, et regardons ses charmes.

Cette fille des champs se fait un jeu moqueur

De nous associer aux rêves de son cœur!

Qui sait même, qui sait si, dans leur politique,

Façonnant avec art la jeujie fanatique.

Nos mortels ennemis, maîtres de nos cités,

N'ont pas taadu ce piëge à nos crédulités ? Leurs détours sont connus, et pour ses projets sombres L'Angleterre se plaît à marcher dans les ombres. Peut-être qu'elle-même, habile à nous tromper. Des verges de la honte ardente à nous frapper, Veut que pour général notre armée, immobile, Au lieu du grand Dunois, choisisse une sibylle. Non, jamais!... Préférons sous les murs d'Qrléans, Aux luttes d'une femme, un combat de géants. Prince, pour effacer nos titres à la gloire. Il faudra plus de flots que n'en roule la Loire. La mort du brave est belle ! il est beau d'y courir ! Et si vous en doutez, venez me voir mourir!!! —

II dit, ^ vers les murs d'Orléans il s'élance; Le regard suit sa course aux éclairs de sa lance.

Pour dominer le trône, un sombre inquisiteur, Hermangard, se dressant de toute sa hauteur, Vient à son tour. Son front, plein de pensers fun^res, Du capuchon sinistre habite les ténèbres. Jamais au sein des cours plus terrible ennemi Par les gouffres sacrés n'avait été vomi. : Comme un grand prêtreantïque,appuyésur des tombes. Il avait conservé Tamour des hécaU»nbes. Il ne priait jamais l'ineffable pasteur ; Son ange unique était l'ange exterminateur. Faisant du Verbe saint un écho de son âme,.

Purifiant la foi dans des torrents de flamme, A Faide des bourreaux , et d'efFort en effort, Du creuset catholique il extrayait la mort. Jusque dans les parvis de la pieuse enceinte, En fleuve de colère il transformait l'eau sainte. Aux pleurs de l'infortune il s'était endurci. Comment voyait-il Dieu, pour l'adorer ainsi! Dominant, poursuivant, brûlant les hérétiques, Traînant de rois en rois ses bûchers fanatiques. De la pâle torture il surprend les aveux ; A voir des échafauds il borne tous ses vœux. Chaque tête qui tombe accroît son énergie : Il aurait soupçonné Jésus-Christ de magie ! Il aurait, pour percer celui qu'elle porta. Armé de nouveaux clous la croix du Golgotha; Et, de Jérusalem gourmandant le pontife, Accusé de froideur les- transports de Caïphe!! Il rêve pour le mal un pouvoir infini. Sa voix sur les rois gronde en tonnerre béni. Pilote du malheijr, son œil, chargé d'orages, Sur l'océan divin ne voit que des naufrages. C'était l'horrible adieu d'un fléau qui s'enfuit; C'était le fanatisme amoureux de la nuit; C'était, faux héritier des Paul et des Antoine, Tout un monde expirant concentré dans un moine.

— La flamme des bûchers repose, et les démons Exploitent les langueurs où nous nous endormons,

GHAMT IL 4r»

S'écria-t-il ; craignez la fille criminelle : Jusques à sa beauté, tout m'est suspect en elle ! Depuis qu'elle écouta le séducteur rampant, La fenmie autour du cœur a les plis du serpent. Prince, de celle-ci redoutez le présage, Et ce masque sacré qui tient mal au visage!... Ne porte-t-elle pas l'anneau des nécromants? Ne la vit-on jamais, sur un feu d'ossements, Exprimer, à minuit, farouche et toute nue, Dans la chaudière impie une plante inconnue ? Ces Juifs, ces fils impurs des antiques Hébreux, D'un peuple de voyants successeurs ténébreux, Ne l'invitent-ils pas à l'infernale orgie Que du Christ profané domine l'effigie?... Je crois voir, je crois voir le magique bâcher Oïl le mort qu'au sépulcre elle vient d'arracher, Après avoir parlé des choses de la tombe. S'assied pâle, et dans l'ombre étemelle retombe. Craignez des nécromants le cortège hideux : Vous avez des raisons pour vous défier d'eux ' Songez à l'enchanteur qui, fuyant son repaire, Fit cabrer le. coursier royal de votre père, Et, fantôme envolé dans les airs obscurcis, Alluma la démence au front de Charles Six. Qui sait si Jeanne d'Arc n'est pas de sa' famille ? De noirs magiciens tout ce siècle fourmille : C'est partout la magie en pacte avec l'enfer. Bouc immonde caché sous la mitre de fer,

46 JEAINNE D*ARC, BERGÈRE.

On dirait que Satan, à qui seul je résiste,

Se plaît à fatiguer le bras de l'exorciste.

Sans heurter quelque gnome on ne peut faire un pas.

S'armant^ pour nous braver, des terreurs du trépas,

Partout un enchanteur se lève et nous insulte.

Le Trismégiste-Hermès, dieu du génie occulte.

Recrute pour rabîme, et combat nos clartés:

Rome a moins de rayons qu'il n'a d'obscurités !

Avec les nécromants, armés du philactère,

Les enfers vagabonds font le tour de la terre ;

Et sous l'œil du vampire, ennemi du soleil.

Nul cadavre n'est sûr de dormir son sommeil.

Il faudrait, pour changer ces fils de l'Ammonite,

Transformer l'Océan en vase d'eau bénite!

En reniant les saints, que leur voix blasphéma,

Ils opposent au Christ le spectre de Numa.

Ils prennent pout voler des ailes de harpie.

Les enfants monstrueux de la Lycanthropie

Viennent .jeter, du fond des bois et des ravins.

Des hurlements de loups dans nos psaumes divins.

Le hameau s'épouvante à leur sinistre augure.

Hommes tombés, qu'un crime en bétes transfigure,

A qui trente docteurs, mandés par Sigismond,

Délivrèrent jadis des brevets de démon.

Et qui souillent nos champs d'une sanglante écume,

A faire regretter la sibylle de Cume!

Ils encombrent d'horreurs nos cités, nos palais.

Pour mieux les convertir, prince, exterminez-les.

Ils tremblent devant nous; Wurs phalanges nous craignent ;

Qu*à regarder le ciel vos bourreaux les contraignept !

Ce n'est qu'en se fermant que letirs yeux s'ouvriront ;

Ce n'est que par la mort qu'ils ressusciteront!...

Éteignez y éteignez, sous l'arbre de Solyme,

L'astre de la magie allumé par l'abîme.'

Laissez de vos conseils l'Esprit-Saint s'approcher;

Asseyez votre trône en face d'un bûcher,

Prince, et sous vos drapeaux, ses flammes ranimées

Ramèneront le Dieu qui commande aux armées.

Et quant à Jeanne d'Arc, il faut que, dès demain,

De son pays natal reprenant le chemin,

La corde au cou, pieds nus et la tête baissée,

Et portant sur le front ce seul mot, l'iwsensée,

Elle montre, à tous ceux «qui l'ont vue accourir, Quel abîme honteux l'orgueil peut nous ouvrir! Que le sarcasme autour de ses troupeaux s'élève, Et qu'en dérision sa victoire s'achève. —

Comme le buis que lance un enfant dans ses jeux, Sous le fouet allongé roule, et gronde orageux ; Comme on voit des forêts la dépouille bruyante Dans le fond du vallon s'amasser tournoyante; Comme on voit, quand les vents ont passé sur les eaux, Du grand fleuve ombragé s'agiter les roseaux; Comme on entend de loin de nombreuses abeilles, Que le printemps rassemble autour de ses corbeilles. Bourdonner, murmurer sous les feux du matin.

48 JEANNE FARC, BERGÈRE.

Tel le conseil s'agite et muvnure, incertain.

Enfin, pour protéger Jeanne d'Arc, la bergère, Se lève un saint, venu d'une terre étrangère. Sa robe pastorale était blanche, et sa main Tenait le bâton blanc dont il s'aide eii chemin. Le manteau voyageur^pendait à son épaule. Les peuples l'admiraient... C'était François de Paule, Vieillard de la Calabre et que du plus doux miel Nourrirent soixante ans les abeilles du ciel. Il venait de sa grotte, au pays où nous sommes, Enseigner la prière et l'indulgence aux hommes ; Et dans le camp français il était consulté A cause de son âge et de sa sainteté.

— Laissez venir à moi les enfants et les femmes. Disait-il quelquefois ; et je prendrai leurs âmes, Ainsi qu'Un oiseleur, sous la voûte des airs, Prend les petits oiseaux en leur chantant leurs airs. —

Marchant plein de clartés dans notre nuit profonde. Sans isoler son cœur, ne gardant rien du monde; Pieds nus et tête nue, il allait en tout lieu, Ermite voyageai\t pour la maison de Dieu. Sur ce globe pétri de doute et de mensonge, Il semblait, à le voir, que le mal fût un songe». Il consolait d'un /mot quiconque l'abordait; La bénédiction de ses yeux descendait.

CHANT ir.. V.)

II savait embellir notre terre flétrie,

Et faire ressembler l'exil à la patrie*

Il veillait près deis morts dans la bière couchés.

Les lépreux périssaient par ses deux mains touchés,

Tant ses main^ savaient prendreau Rédempteur des mondes

JjSl force d'épurer tous les fléaux immondes!

Tant son souffle vers Dieu s'élevait en priant.

Pour chasser d'un baiser la lèprç d'Orient !

On croit, en écoutant ce pieux solitaire,

Pour l'air léger des cieux quitter l'air de la terre.

Tant sa parole est douce jet prête des attraits

A ces dogmes du Christ, dont il a tous le& traits !

Sur son paisible front son âme se révèle.

Moins calmes les rayons de la lune nouvelle

Reposent à minuit sur les lis du vallon

Ou sur les flots blanchis du beau lac d' A jalon.

Il se signe trois fois, puis il dit :

-- Je pardonne Aux coupables conseils, sine, que l'on .vous donne. Je pardonne surtout au prêtre menaçant Qui marque pour l'enfer l'élu du Tout-Puissant. Ah! qu'une autre croyance en mon sein est empreinte! Elle est une espérance et n0n pas une crainte. Mon cœur, loin de haïr, a besoin d'adorer. Et c'est dans l'amour pur qu'il aime à respirer! ■ Enfant de saint Louis, soyez-lui plus docile. En tout temps de la foi la France fut l'asile;

Yamement sa couronne a semblé se ternir. Elle porte en son sein Tâme de l'avenir! Le doigt du Tout-Puissant ici-^bas \û désigne Entre les. nations que marque un divin signe ; Et peut-^tre qu'au ciel son triompher est écrit Afin de conserver' l'Europe à* Jésus43irist ; Afin, afin qu'un jour le poids de l'Angleterre Dans quelque immense erreur n'entraîne point la terre. Ne vous y trompez pas : depuis Charles-Martel, Votre trône est l'appui du. véritable aute(. Accueillez, honorez la bergère divine :

L'énigme du Seigneur tôt ou tard.se devine; Et sa main en secret, par des saitiers constants. Sait toujours vers la foi tourner les pas du temps. Celui qui, dispersant et sceptres' et couronnes, Change en les visitant tout l'avenir des' trônes. Sait assurer sa cause, et, quand vient Te moment. Transforme sa pensée en large événement. Roi très-chrétien, chantez l'hymne de délivrance! Vous refusez de croire... OhT si l'antique France, Guerrièpe et pèlerine, apparaissait soudain, Portant la blapche croix, les palmes dû Jourdain, laes clefs du saint^sépulcre, et cette lancé sainte Trouvée en Orient sous des moissons d'absinthe, Elle dirait :. « Mes fils, ce ciel que je.revois, ' c( Est-il donc si Nouveau que j^entende sa voix ? « Le lis a-t-il cessé d'être la fleur chrétienne? « Faut-il tant de débats pour qu'une vierge obtienne

qiÀNx u. 41

« D'affinanchir son pays du joug de», oppresseurs^

« Comme ont fait iGveiieYiève et Débora,^ se$ soeurs ?

« Laissez-U vous conduire à des jours plus prospà^es.

« Ingrats! souvenez-vous des aïeux de vos pères

« Qui disaient que Dieu même a révélé $e& lois^

« Et parlé d'avetûr aux £Ues des Gaulois.

« Voyez mon front paré des tresses de Batfaiide.

« Les cieujL, au lieu d'un aagei envoyèrent Clotilde.

(X Régénérer mon trône, épurer mon encens;

M Ledouxnomd'unefemmeest dans tous leurs présents.

« De celle qui* jemxus vient levons le cbaste voile.

a Ne nous défions pas des clartés d'une étoile;

« Car déjà les .pasteurs, que sa beauté charma

« Ont lu dans ses rayons que Dieu les alluma.

« Déjà^ pour m'éblouir, sa flamme m'environne;

<c C'est un joyau des cieux tombé sur ma couronne !

« Oh! ne l'éteignez pas... — ce serait un larcin -^

<i Et vous srâtirez Dieu revivre en votre sew. .

« Oh ! ne l'éteignez pai» cette belle espérance,

« Ce regard qui blanchit l'horizon de la France,

« Ce regard qui se lè¥e,et,coihme un saint flambeau,

« Vient réveiller la gloire au fond de son tombeau !

« Roi , d'un pluslpng délai je ne pourrais t'absoudne.

« La colombe du del a l'aîle de la foudre ;

<i Ne borne pas son vol, et^ dans la m^ en fea,

« Place mon sort, comme elle, à la garde de Dieu ! w —

Il dit... Tout s'abandonne à cette voix si tendre.

On croit revoir encore, on croit encore entendre

L'apôtre du désert criant avec ferveur :

— ^ Jacob, réjouis-toi : je t annonce un sauveur! —

Hermangàrd seul njurmure et s'irrite, et, dans l'ombre, Du feu de ses bûchers rayonne son œil sombre.

Tel un vautour captif que l'Atlaâ a nourri., , De sa cage de fer, en jetant un grarid cri*, Voit un beau cygne, enfant des ondes murmurantes, Ouvrir en s'élevant deux ailes transparentes : Il frémit ; la fureur trouble ses yeux ardents ; Il aiguise son bec sur les barreaux stridents. Loin des monts décharnés où leur vol prit naissance. Ses plumes un moment gonflent leur impuissance. Détrôné pour jamais de son large horizon. Se mutilant lui-même en heurtant sa prison. Il roule uii long cou chauve en courbe toî^tueuse ; Et du cygne chantent l'aile majestueuse Fend le limpide azur, ne livrant sur le sol Au vautour enchaîné que l'ambre de son vol. Vers son bleu firmament le chantre solitaire •

Monte, sans s'informer des périls de la terre ; Et, plus doux et plus purs, ses hymnes gracieux, Commencés parmi nous, s'achèvent dans les cieux.

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