‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 9 sur 55 · GUERRIERE · texte numérisé non relu

GUERRIERE

GHÀNT PREMIER.

LA RONNE VILLIS.

La cité! la cité; mystère soleanel, CommeliBe œurre de Dieu, se dressant éternel ! • La cité, forte femme, au front ceint de murailles, Portant ainsi qu'un fruit un mopde eh ses entrailles 1 Pénétrapt l'avenir d'un regard souverain, S'aceoudant sur le dos des élépfaâàt^ d'airain, !p)He sent circuler, libpe <le terreurs vaicies, Les torrents populeux qui lui gonflent les veinés. Comme elle esl imposante s^fors qu'avec fierté Son sein, qui plus que d'air vit d'imiiiortalké, Partage son amour à ses fils, à ses filles; S'étend pour éhirgir la ruche des familîes;

Grave sur un aijtel ses fastes, triomphants; Se fait un haut blà^qn du nom de ses enfants, Et garde avec respect ce que, pour sa mémoire, Les temps évanouis ont amassé de gloire ! Tantôt la lyre en main, nourrice des beaux-arts. Fille de I^on Dix ou des premiers Césars, Elle ouvi*e ses deux bras au cygiie d'harmonie Qui vient dans un baiser lui porter le. génie. Des tailleurs de granit le sublime ciseau Mesure à ses. grandeurs la. courbe d'un arceau; Devant le Parthénon oij sous des rameaux d'arbre. Remplace ses fils morts par des enfants de marbre. Et, comme uo noble exemple offert aux nations, Sculpte pour^'avenir les belles actions.!

Tantôt, soeur du commerce, elle tient la balance Qîi tous les citoyens pèsent leur opulence. Assise sur la rive, elle voit dans ses. eaux L'ancré .de. l'espérance amarrer ses vaisseaux; Son soùfïle enfle d'orgueil la Tamise ou le Tage ; Presqu'au niveau de Rome elle élève Çarthage, Et l'orage étonné respecte les éclairs Du navire à trois ponts, que son bras lance aux mers.

Tantôt interrogeant la science augurale ^

Ou le front appuyé sur une cathédrale, Avet des hymnes saints, sous le ciel radieux;, Aux fêtes de famille elje invite les ^ieux.

Tantôt, sentant courir dahs ses flancs séculaires

IjCS délires fiévreux des crises populaires^

Plus forte que le temps, plus grande que la loi, Comme Un flambeau vieilli son* souffle éteint un roi. On la voit , .consacrant de célèbres nauf^ages^ Puiser son avenir dans l'urne des orages. ^

Rien ne peut arrêter son gigantesque essor : Par un coup.de tonnerre elle refait son sort. Dût-elle remplacer ses maux par des jours pires^ Ses battements de cœur ébranlent les empires. Et son pas lourd, frappant tout le sol ébranlé, Ouvre un gouffre sans fond sous un trône écroulé.

Quelquefois, jour néfaste! indélébile épreuve 1 Contre un ^aneau de fer changeant l'anneau de veuve, Elle vient, triste et pâle, à des vainqueurs hurlants Offrir, sur un plat d'or, les .neuf clefs de ses flancs, Et voit, comme Paris, les chevaux de l'Ukraine En broutant les gazons mordre ses pieds de reine ! Tous ses arcs triomphaux gémissent de l'affront : En passant sous leur gloire elle voile son front. Ses huit cent mille enfants, criant : — Miséricorde ! — La suivent,... et les noeuds d'une infamante corde. Aux regards du soleil, sous un ciel calme et bleu. De son pilier d'airain font le gibet d'un dieu ! Elle n'aime pas mieux mourir qu'être asservie^ . Et sa honte dévient le rachat de sa vie! Et sous l'effroi mortel d'un jour de lâcheté,

Ses traits de rhéroisme effacent la beauté.

On dirait à les voir sans une égratighttre.

Que son âme en son «ein a <^hangé de nature :

L'esclavage ta tiédi.... De$ fils qu'elle a perdus

Les cercueils insultés^ ne la connai&senjt plusl

Et sans tomber sous eux, massacrée et fumante ,

A trois rois, ses bourreaux, ouvrant son. sein d'àmafite,

Elle qui des splendeurs avait .brigué le prix^ ^

Traîne sa chevelure £^ux fanges- du niépris.

Ses aigles, renversés du trône des tempêtes^

Loin des durs ennemis qu'elle invite à ses fêtes

S'élancent, emportant à leurs serres rivé

ptt livré dé son sort Un feuillet conservé.

Elle jette au vautour à deux -becs, sous ses portes,

I^e cadavre congé de ses victoires mortes, -

£t le colosse vain, de remords combattu.

Pour monter au martyire a manqué: de vertu î!!

Mais quelquefois, aussi, se souleyant.de terre, Bacchatite au front d'airain que le sang désaltère, Ivre dû nom fameux qu'elle ose conquérir, En sopur de Sâràgosse elle aspire à périr!; Elle prétend jeter, gardienne des Âmes, Tjies voiles de là 'mort sur la pudeur des femmes ; Car elle porte au cœur, après mille combats, Un de ces fiers honneurs tju'on ne viole pas ! Elle hait l'étranger comme on hait l'infamie; Elle n'ouvre ses flancs qu^a la bombe ennemie.

GHANt ï. ^ 1-27

Et^ Fœil sUr ravenir, elle dit au canon :

' — Tu u enlèveras pas une lettre à mon nom ! —

Elle cliarge la mine^ elle agitf^ la hitche;.

Ses dômes embrasés lui servent de panache, .

Et, les regards au ciel, da^s deux bras étouffants, .

I^ Niiobé terrible a pressé ses enfants!...

t^artout enveloppé des toui*s de rinsulaife^ Pourquoi ces sombres feux dont Oriéans s'éclaire ? Ce haut bûcher construit de restes d'étendards, De boucliers brisé^ et de monceaux de dards, Et tout qe peuple. en deuil qui de ses basiliques Autour du- bûcher noir vient ranger les reliques ? Pourquoi sous les remparts ce salpêtre amassé'? Pourquoi!.*. C'est que le joug; dont il est menacé

ImportuQe Orléans..^ Il veut finir sa tache :

A ce volcan inuet son honneur se rattache* . Orléans Ion dirait que, plus grand que son isort, Du bonheur d'être libre il embellit sa mort; .. Car Dunois «st partout... Pour ce large incendie Ce bûcher solennel attend àa main hardie; Car lui seul peut donner, par delà son devoir^ Des échos immortels au cri du désespoir :

— Français, dit-il, Talbot, du haut des tours procliaines. Par ses ambassadeurs nous propose des chaînes :

V28 JEANNE D'ARC, GUERRrÈRE.

Lui-lnême, transformant nos dangers eh affronts, Des fanges du mépris il veut souiller nos fronts! Et tout enorgueilli de ses palmes douteuses. Invite des Français à des choses honteuses ! Mais la tombe nous reste, osons la conquérir... Dis la messe des morts à ceux qui vont mourir, Prêtrp du Dieu vivant, et viens, dans ce^ murailles. Célébrer à genoux tes propres funérailles. Par les feux de la guerre à moitié dévorés, Livrons à d'autres feux nos-corps défigurés. Que lès mères, priant la très-sainte Marie, Uii enfant dans les bras, s'offrent à la patrie^ Et que lés fils pieux, vers le lieu du trépas, De leur vieux père en deuil accompagnent les pas. Qu'avant d'être captifs ces mUrs croulent en cendre! Dans un tombeau français sachons du moins descendre! Qui meurt pour son pays monte plus vite à- Dieu. La mort^ nous empoi'tant entre ses bras de feu. Couronnera" nos fronts de revers magnanimes : Ija gloire a des autels, faisons^lui des abîines ! Du salpêtre allumé les longs déchireùiènts Renverseront ces tours dans des gouffres fumants ; Renverseront ces tours, monuments d'esclavage. Dont F Anglais écrasait notre double rivage; Et la Loire aujourd'hui, du fond de ses roseaux, Verra plus d'un vainqueur se perdre sous ses eaux. Que nos tyrans, témoins de nos fureurs sublimes, Voient passer les lauriers du côté des victimes!

, CHANT t. 129

Que ce sol èntr'ouvert se refusé à .leurs pas ; ^

Qu'ils remportent- des fers «dont nous né voulons pas!

Et gardant, grâce à nous/ le nom qui la décore,

La France sans cités sera la France encore ! ! !

Notre monarque fuit, il ose se cacher :

Nous soutiendrons son trône avec notre bûcher !

D'OrlésHis à Paris, de la Seine à la Loire,

Faisons de nos tombeaux l'école de la gloire.

Afin de la remplir d'un courageux remord,

Au cœur de la patrie installons notre mort!

De ce beau dévouement jetons partout Fivresse :

Un empire tombait, que la mort le redresse!

Souvent pour relever tout un peuple abattu,

Il 3ufiBt qu'à la terre on montre une vertu ; -

Il suffit qu'une fois un grand courage brille :

Les fortes actions ont toujours leur famille.

Nous redonnons la vie à ce qui périssait;

Nous laissons en mourant notre âme à Charles Sept!

Et l'honneur belliqueux aux portes de son temple *

Gomme un phare sauveur suspendra notre "exemple.

Pour effrayer l'Anglais et dévorer son camp.

Où des remparts montaient nous laissons un volcan.

On verra nos brandons, combattant Tégoiçipe,

Jaillir de toutes parts en gerbes d'héroïsme.

Des peuples endormis éclairons le réveil;

Au beau ciel de la France allumons ce soleil !

Et remplaçant là nuit par Un. jour salutaire^

Jamais plus beau trépas n'aura lui sur la terre.

L'Anglais croit. triompher d^ Orléans asservi; . Portons'^^à «on orgueil ce fîiiièbre défi.. Bien qu'à |ious voir tomber que Finsulairé parte. Unissons Orléans au souvenir de Sparte, Et donnoiis aujourd'hui, Uhres et frémissants^ A dix mille guerriers la palme des Trois Cetat&l Notre nom, réveillant lé tocsin des batailles, Ira faire rougir^ soiis leurs làches^murailles, ToHS ceux qui de l'honneur étouffant les leçons S'enivrent dans Paris du vin de& trahisons. Venez, illustres morts! vrais sujets du roi Charle! Cômbattaats du cercueil! spectres . à qui je parle! Venez, en renversant nos tours «t nos palais, Voiler de vos débris la gloire des Anglais ! ! ! —

Ainsi parie Dùnois, et son bras ne réclaftie

Que l'héroïque honneur d'aller lancer la flamnte. Il mesure, pensif et sans s'enorgneiilir. L'espace que sa tombe ici-^bas doit remplir. Ce héroS^ qui guidait la course d'une armée. Saisit au lieu de glaive une torché allumée; Et tandis que sa main, avant l'embrasement. Sur son front belliqueux, la balance un moment. Le peuple s'agenouille... et le pontife austère Vient bénir le volcan endormi sous la terre.

Déjà se prolongeait, par l'écho répété.

Le psaume d'agonie en triomphe chanté;

£t déjà la patrie en. deuil , ^rès d'une tombe^ Acceptait siainteinent .cette grande hécatombe. Dieu ne l'accepta point. . . Deux guerriers envoyés Vers ce? remparts, tout prêt^ à périr foudroyés , Sont venus/ de la part du. sauveur de la France, Au]j^ pâles habitants commander Tespérance, £t des mains de Duhois arrachant le flambeau, D'Orléans secouru refermer le tombeau.

. Lorsque d'un lopg combat la lionne blessée, Sans force-et haletante et de dards hérissée^ Au milieu des. chasseurs se couche pour mourir; Si le eri du lion qui vient la secourir Gronde au loin, sa fureur soudain ressuscitée Déserte d'un ^eul bOnd sa tombe ensanglimtée, De sa rouge V crinière agite les lambeaux.: Tel Orléans, se lève agitant ses drapeaux.

Dunois vole au «devant de la jeune inspirée.

De ses guerriers alors Jeanne d'Arc entourée, Montait, avec le jour, sur ce coteau riaiit Qui borde le I^iret du côté d'orient.

C'est de là qu'elle a vu s'étendre non loin d'elle L'héroïque débris de la cité fidèle; Ces remparts lézardés, ces palais démolis^ Sous lés feux du. vainqueur six mois ensevelis; Ces tours, ces vieux clochers éd^étés, grands squelettes

132 JEANNE D'ARC, 6UËHRIÈRE.

Que des cordages noirs^ tels que des bandelettes^ CeignaieRt de toutes parts, pour exhausser sur eux La longue coulevrine à Téclair sulfureux Et qui semblait montrer, encor presque inconnues, I^s foudres de la guerre assises dans les. nues.

Bu haut de son coursier, la Vierge à cet aspect

Devant tant de malheurs s'^incline avec respect. On- prépare une flotte à son brillant cortège; Le vent soufflait contraire, il change et la protège f I^ fleuve coulait pauvre,' il Temporle grossi Du beau vallon de Loire au hameau de Chessy,

A rheure où sous le chaume à sa table frugale S^assied le laboureur, au chant de la cigale, Jeanne d'Arc, au milieu de cinq cents palefrois, Sur lin des chevaux blancs qu'on réservait aux rois, Par la porte de l'Est, de ses armes couverte, Entra dans Orléans, cité de sainte Eu verte.

— A son autel aiiné, dit Jeanne, guidez-moi. —

On y portait aloi*s, avec un grand émoi, pans un cercueil béni ta dépouille récente D'un petit enfant mort depuis l'aube naissante. Humble ^ait le cortège .- il né se composait Que d'une femme en deuil qu'un prêtre conduisait*,

CHANT r. t38

Des mauves d'un bleu pâle et des fleurs de murailles

D'une guirlande iriste ornaient ces funérailles ; Car le printemps, si fier au loin de ses couleurs , Dans les murs assiégés n'avait pas d'autres fleurs.

Or, cette femme était la mère désolée De l'enfant qu'on allait porter au mausolée : On voyait qu'elle avait, dans son chagrin croissant, Passé beaucoup de nuits près de l'agonisant, £t qu'il ne lui restait, pauvre mcrre en prière. Que la force d^aller ju'squês au cimetiè^. Avant de pénétrer dans lelunèbre enclos. On entra dans l'église ; et là d'autres sanglots^ De ces saniglots profonds que les mères qui pleurent Arrachent dé leur sein lorsque leurs enfants meurent, S'entendirent dé Icdn, et les saints de granit £a furent attristés sur leur socle bénit. La femme en se tramant^ tremblante de la fièvre,. . Sur le drap mortuaire alla coller sa lèvre , Et puis, s'agenouillant près du mai4>re glacé,. Fit entendre en ces mots sa plainte au trépassé :

Il a. trouvé la vie amère, .

11 s'en est détourné presqu'aû prenîier instant. Mon fils n'avait connu pourtant Que le sourire, de sa mère.

Le prêtre mé l'avait béqi Pour qu'il ne mourut pas epcore^

tu JEANNE D'ARC,' fiUERRIÈRE.

Pauvre petit oiseau qui tombé de son nid .

A peine au lever de Tàurore.

Oh ! pourquoi s'éloigner de nous ?

Pourquoi me précéder oh je devais Tattendrel^ Trouvera-t-il au ciel une mère plus tendre

Pour le bercer sur ses genoux ?

J'ai vu mon fils, couvert d'une, pâleur subite^ Oé&illir sur le sein qui Tavait allaité, f^é lis se fane ainsi, malgré sa pureté. Malgré la douce paix du vallon qu'il habite.

O mon Dieu ! v6us étiez jaloux

Qu'une mère fût tant heureuse!

Trop de félicité nous éloigne de vous, lit sous mon paradis une fosse se creuse !

Mon cœur est mis dans lé linceul

De mon premter4ié qu'on entende.

O mon fils! tu ' n'es pas mort seul,

Quoique je reste sur la terre ;

Car je vivais pour t adorer, [x'ange qui t'avait sous, sa- garde,

De tous les dons du ciel aimait à te parer : lies enfants que la mort régarde Ont un charme qui fait pleurer!

Tout nmn bonheur a pris la rdule de ton àni^. J'avais supplié Notre-Darrte De veiller longtemps sur ton sort.

Tu viens d'expirer dans ma couche.

Le baiser du départ est resté sur ma bouche

CHANT 1. 13a

Froid comme le doigt deja mort!

Durant cette vie éphémère, Je me ressouviendrai de ton dernier adieu.

Oh! que les baisers de ta mère

T'arrivent dans le sein de Dieu!

Je passerai des nuits entières

A dire pour toi des prières,

Sous les ifs, au pied du coteau.

Comme une fleur des champs ton front sMncline et tombe.

Ma vie était près d*un berceau,

Elle ^ra près d'une tombe; Et puisque ta jeune âme erre au sein des élus, Mes yeux levés au ciel ne se baisseront pluâ. Je n'avais qu'un espoir, le cercueil le dévoré.

Mes songes seront tout mon bien :

Ils me rendront mon fils! mais non... à chaque aurore Il faudrait dans mon cœur qu'il expirât encore ! Plus dé sommeil pour moi ^ s'il ne ressemblé au sien ! ! ! —

Tous les cœurs sont émus de cette plainte amère'; Mais Jeanne aboi*de en pleurs rinconsdlabte mère :

— Ce jour de délivrance a du bonheur pour tous, ' Pauvre mère, dît*elle, il eh aura pour vous ! —

Vers Tatitel, à ces mots, la Vierge agenouillée Touche le front du mopt, la guirlande efFeuîllce,

Et promenant trois fois sur le cercueil glacé

Le romarin bénit dans ses mains balancé : .

' — L'enfant que vous pleurez n'est pas mort , . âl sommeille. Cherchez son cœur , il bat; sa bouche, elle est vermeille; Ses yeux ; sous vos baisers ib s'ouvrent à demi : Reprenez votre enfant qui n'était qu*endormi. Moi je viens, annonçant l'heure de délivrance^ Ainsi que cet enfant, ressusciter la France, La France déchirée à son dernier lambeau : L'esclavage est plus lourd que le poids du tombeau !î!— •

Elle dit... et l'enfant que le. peuple environne, Encor dans le cercueil joue avec sa couronne «

Ainsi cette guerrière à l'éclatant coursier^ Qui fait le sort des rois, que presse un dur acier, Que la victoire appelle aux sanglantes alarmes. S'arrêtait en chemin pour essuyer des larmes. Aux J>£^isers maternels rendait le nouveau-né y. Et son premier .prodige est pour l'infortuné : . ^ Des mères à genoux la foule suit sa trace.

' ' ' •■ * rf

— - L'une disait : — Voilà, toute pleine de grâce, La sainte du berceau, l'ange des cœurs souffrants. Oh ! venez sous mon toit guérir mes vieux parents Qui vont mourir ! — .

Et l'autre, au nom de saint Maaaii*^, La supplie humblement ie bénir son rosaire. £t l'autre Jui demande, avec dès pleurs amçr^, Des nouvelles d'un fils qui voyage outre-mers. Et les. soldats français,' découragés nîaguère, L'oeil sur son- étendard, lui demandent la guerre. Le démon. dés combats tourmente tous les cœurs. France, tu n'^is qu'un jour à souffrir des vainqueui^s ! France, les trahisons se levaient pour t'abattre, Leur hydre t'enlaçait, tu ne pouvais combattre : Échappant vers Is^ gloire à des conlplots honteux. Tu ressaisis le fer, ton sort n'est plus douteux!

Tel un aigle englouti dans l'orbe d'un reptile. Traîne le poids sanglant de son aile inutile. Frémit dé voir descendre au niveau du serpent Les périls sinueux de son combat rampant. Sillonné les rochers, sent dans sa forte serre. Comme une onde qui fuit, glisser son adversaire. Et, nuage poudreux, le sable des déserts ^ De son œil en colère aveugle les éclairs. Il roule, il ne voit plus Tennemi qui l'assaille. Sa plume se déchire aux dards de la broussaillé. Et déjà le reptile, aux triple^ nœuds d'airain, . Lui cède la moitié de son nid souterrain. Mais si l'aigle, imprimant une plus large entaillé, I>ans son empire à lui petit lancer la bataille:,

tSS JEANNE D'ARC, GUËRBIËRi!:.

S'il petit^ loin de la terreaux périls décevants^

Appuyer à pleia vol sa force sur les vents,

Malheur à son rival dans Tazur àkafhane !

L'aigle rampait, il faut que le reptile plane! .

Il &ut que repnemi,. convulsif et sifilànt,

Expire sans jcombattre ou combatte en volant !

Il faut^ tout éperdu, qu'il prolongera guerre,

Sans gonHer ses poisons des feB,ges de la terre.

Un bec in&tigàblé arrache^ plis » plis.

Du dragon écaillé les orbes assouplis.

Et s'élevant toujours sur' ta route inconnue,

Le monstre' est expirant lorsqu'il touche la nue.

Loin de son antre obscur enfin il se débat;

I^e soleil à son tour vient juger le combat Y

La victoire attend l'aigle au berceau du tonnerre ;'

Sa lutte est un festin qu'il destine à son aire;

Et du pic élevé de la roche on peut voir

Des débris de seqpent sûr se$ aiglons pleuvoir. .

Ainsi bientôt la France, en^speetâcle à la terre, Se débarrassera des nœuds deP Angleterre. La gloire est Félçment qui lui rendra ses droits 1 Jeanne d'Arc le promet au nom du Roi des rois.. Elle parle, et devant sa mission suprême I^ahire repentant s'^t incliné lui*même* Et sainte Geneviève, heureuse en ce moment, A contemplé sa sœur du haut du firmament, En disant aux élus, rassemblée .aûtovir d'elle :

CHANT ï- IS9

— AurioQs-nous pu choisir uoe âme plus fidèle ? Calme et pure et modeste et sans enivremeat. Même £tu char de la gloire elle monte humblenleiit/ Pour couvrir ses sentiers, autrefois si paisibles, laissons tomber du ciel des palmes invisibles ; Oui, pour la soutenir avançons notre main, Et cachons à ses yeux le terme dû chemin ! Beine dans Orléans et du peuple adorée, N'attristons pas encor son bandeau d'iùspirée. D'un miracle récent laissons-lui tout Thonneur; A ses premiers lauriers laissons tout leur bonheur. L'instinct de l'avenir est si triste pour l'âme 1 T Tout un Dieu, renfermé dans la main d'une femme, Peut accabler sa force; elle peut reculer ' Tx>rsqù'on la conduira du triomphe au bûcHer! Elle peut, sous le poids de ce Dieu qui l'inspire. Décider en tombant la chute d'un empire. Le cliemin du mart^ est encombré d'écueils. Im France, en ce moment couverte de cercueils, Attend tout son salut de cette grande lutte: La France,. 6 Jeanne d'Arc, tomberait de ta chute! Marche donc, sans faiblir, au sentier du Dieu fort. Triomphant de Pamour, de l'orgueil, de la mort. L'holocauste accepté doit s'offrir sans blessure. Tiens Içs clefs de ton cœur d'une main ferme et sûre. Fille de Jésus-Christ, qui Viens, avec ferveur, Conquérir sur ta croix ton titre de Sauveur. Place toute ta gloire en l'oubli de toi-méine; .

HO

laisse grandir ton front jusqu'à ton diadème. L'or s^ëpure sept fois dans le creuset de feu! £t du choix qu'il a fait tu rendras compte à Dieu.

Page 1