LE CHEVALIER FRANÇAIS
De notre nouveau chef, Seigneur, c'est une lettre. (Il remet la lettre.)
BEDFORT, après un regard rapide, à part.
Jeanne d'Arc !... Le voilà l'être mystérieux, Le terrible rival qui parle au nom des cieux Et dont le nom déjà vole de bouche en bouche. Pauvre enfant ! sa menace et m'amuse et me touche. (Lisant la lettre :) « Au nom du Dieu vivant,
Jeanne, son humble messagère.
Donne Tordre à Bedfort, le prétendu régent.
De cesser désormais une inutile guerre.
Du reste, quels qu'ils soient, tous les efforts humains. Et ta main, ô Bedfort, si puissante soit-elle. Ne sauraient arrêter ni les décrets divins
Ni les projets de la Pucelle. »
(Il ferme la lettre.) Quel langage pourtant ! Non, jamais à ce point Rien ne m'avait ému !... Ah ! que nous sommes loin Des fureurs d'Isabeau !... Deux femmes en présence ! Le vice d'un côté, de l'autre, Tinnocence ! Jeanne d'Arc !... Isabeau !... cet ange !.,. ce démon !... Quel contraste !... que faire? agir? céder?... non, non. Si Dieu parle pourtant !...