‹ Jeanne d'Arc: Tragédie en cinq actes et en vers avec choeursChapitre 32 sur 38 · ROUEN · texte numérisé non relu

ROUEN

Le théâtre représente la prison de Jeanne d'Arc. A droite, la porte ; à gauche, une .'cachette] dissimulée dans le mur. Une table, avec du papier, de l'encre, une plume. Quelques sièges.

Isabeau de Bavière, par moments Lionel.

Ah ! Je te tiens enfin ! Bien habile sera Celui qui de mes mains, Jeanne, t'arrachera.

Je puis goûter enfin, et ma soif est immense, Ce suprême plaisir qui se nomme vengeance.

Ne crains point d'évoquer un triste souvenir. Orgueilleuse Isabeau qu'une enfant a fait fuir : J'ai pleuré, j'ai rugi ; la coupe enfin est pleine. De tous ces désespoirs alimente ta haine.

Oui, oui, tu m'as vaincue, et je sais à quel prix J'ai pu sauver ma vie et celle d'Henri six ;

Oui, j'ai senti ta main peser sur mon épaule; Mais Compiègne, du moins, d'Orléans me console. Mes maux sont oubliés, le passé n'est plus rien Et mon cœur est content, car Jeanne m'appartient. A ton tour de trembler ! ma vengeance est certaine. C'est ma haine, entends-tu ? qui forgera ta chaîne. Et sois tranquille, non, ce n'est point Isabeau Qui te condamnera ; ton sort serait trop beau ; Je veux, pour démasquer ta grossière impudence. Que l'Eglise aujourd'hui prononce ta sentence. Ton beau rêve est fini, messagère de Dieu ; Voix du ciel, visions, vaine fumée ! adieu !

L'enfer se chargera de venger l'Angleterre, Et le bûcher aura raison de la sorcière.

(Elle examine le cachot.)

LIONEL, geôlier, à part.

De quelle émotion je me sens envahir !

Dans mon trouble secret, si j'allais me trahir ! Mets un voile à ses yeux, afin que sa malice Ne puisse découvrir. Seigneur, mon artifice.

ISABEAU, à Lionel.

Lionel, est-ce ici ton cachot le plus noir ?

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