‹ Jeanne d'ArcChapitre 11 sur 112 · VUE DU VILLAGE DE DOMREMY DANS LA VALLEE DE LA MEUSE · texte numérisé non relu

VUE DU VILLAGE DE DOMREMY DANS LA VALLEE DE LA MEUSE

D'après une aquarelle de C. Pensée (ttttft). communiquée par M. Albert ('harqy, à Orléans.

DOMREMY ET VAUCOULEURS

apanages de la seigneurie de Joinville, et rattaché depuis au domaine de la couronne, était resté fidèle au roi. Tout le monde y était Armagnac, sauf un seul homme, et Jeanne avoue qu’elle aurait vu sans regret qu’on lui coupât la tête, « si toutefois c’était la volonté de Dieu. » A Maxey, au contraire, tout à côté, sur l'autre rive de la Meuse, les habitants étaient Bourguignons, et la lutte s’engageait souvent entre les enfants des deux villages. Jeanne vit plus d’une fois ceux de Domrémy revenir de la bataille le visage meurtri et sanglant. C’était une image de la guerre civile -, mais on n’a pas de preuve qu’elle ait sévi entre les habitants de ces contrées autrement que par ces combats d’enfants. On n’y souffrit pas beaucoup plus de la guerre étrangère. Cette marche de la Lorraine, aux frontières de l’Allemagne, n’était pas le chemin des Anglais; ils l’avaient laissée aux entreprises des Bourguignons, qui, au nombre de quatre ou cinq cents partisans, ravagèrent le Barrois en 1424, réunirent en 1428 (icr juillet), postérieurement aux premières démarches de Jeanne ( 1 3 mai), quelques soldats pour attaquer V aucouleurs , et probablement se séparèrent sans avoir rien tenté. Cette sanglante guerre paraît s’être réduite, pour les habitants de Domrémy, à quelques alertes. Parfois, à l’approche d’une troupe de partisans, on sauvait les bestiaux dans l’île formée devant le village par les deux bras de la Meuse. Un jour même, tous les habitants s’enfuirent à Neufchâteau. Jeanne y suivit ses parents et demeura quatre à cinq jours, ou même quinze jours, avec eux, chez une honnête femme nommée la Rousse. Après quoi on revint au village, et rien ne dit que ce fut alors ou en pareille circonstance qu’il ait été brûlé. Voilà tout ce que les recherches les plus habiles et les plus minutieuses ont pu faire découvrir sur la part de Domrémy aux malheurs du temps. Assurément, c’est quelque chose, et il ne faut pas tenir pour nulle l’impression que Jeanne en put recevoir. Mais, sans aucun doute, si le sentiment des souffrances que la guerre apporte, si la haine qu’inspire la vue du conquérant, maître du sol natal, avait suffi pour donner un sauveur à la France, il serait né partout ailleurs.

D’où vient donc la mission de Jeanne d’Arc? Nous ne voulons pas trancher d’avance la question. Notre unique objet, au contraire, est de mettre en garde contre les explications prématurées. Revenons à la vie de Jeanne. Écoutons ce qu’elle a dit, et voyons ce qu’elle a fait. L’entière manifestation

de son caractère dans la suite de l’histoire, sa franchise, sa droiture, sa netteté d’esprit et son parfait bon sens, montreront mieux que toutes les raisons du monde quelle idée on se doit faire de sa personne, quelle foi on peut avoir en ses discours.

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