‹ Jeanne d'ArcChapitre 18 sur 112 · ENTRÉE A ORLÉANS · texte numérisé non relu

ENTRÉE A ORLÉANS

Il n’y avait plus de temps à perdre, si l’on voulait sauver Orléans. Les Anglais achevaient leurs bastilles ; ils avaient fortifié par de nouveaux boulevards et relié par des fossés leurs positions à l’ouest et au nord de la place (de la fin de mars au i5 avril), et ils s’établissaient à l’est dans les bastilles de Saint-Loup (io mars) et de Saint-Jean le Blanc (20 avril). Le blocus allait donc se resserrant chaque jour, et l’on devait compter de moins en moins à l’intérieur sur ces arrivages, en quelque sorte furtifs, qui, échappant à l’ennemi grâce à leur médiocrité même, renouvelaient de temps à autre les ressources des assiégés. C’était d’une tout autre sorte et dans d’autres proportions que Jeanne voulait ravitailler la place. Son concours étant enfin accepté, on prépara un grand convoi de vivres. La reine de Sicile, qui était l’âme du parti national , fut chargée de le réunir à Blois, avec le duc d’Alençon, Ambroise de Loré et l’amiral Louis de Culan. L’argent manquait : le roi en sut trouver, cette fois; et bientôt Jeanne vint elle-même à Blois en la compagnie de Régnault de Chartres, archevêque de Reims, chancelier de France, et du sire de Gaucourt, chargés sans doute de donner les derniers ordres pour le départ. Le maréchal de Boussac et le seigneur de Rais, investis du commandement, y vinrent très-peu après, avec la Hire, Poton de Xaintrailles, et tous ceux qui devaient faire l’escorte. Dans son procès Jeanne n’évalue pas à moins de 10 ou 12,000 hommes le nombre des gens que lui donna le roi. Le procès-verbal peut être suspect ici d’inexactitude, sinon d’altération. Les Anglais avaient intérêt à grossir le nombre des troupes qui leur firent lever le siège. Dunois, dans sa déposition, dit que l’escorte ne lui avait point paru assez nombreuse pour aller droit à travers les Anglais, lesquels n'étaient pas dix mille hommes, divisés entre les deux rives de la Loire. Monstrelet, un ennemi, en réduit le nombre à sept mille ; Eberhard de Windecken, un écrivain désintéressé, et qui paraît assez bien renseigné ici, à trois mille : on ne saurait le faire descendre plus bas.

Avant d’engager la lutte, Jeanne essaya de la prévenir, marquant du signe de la paix le premier acte de sa mission; car sa mission, c’était aussi

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