LA DÉLIVRANCE D ORLEANS
Jeanne avait dès ce moment changé la face des choses. Les Orléanais, d’assiégés, devenaient décidément assiégeants. Le peuple avait repris tant de confiance, qu’autrefois (c’est Dunois qui 1 avance) deux cents Anglais eussent mis en fuite plus de huit cents hommes de l’armée du roi, et maintenant quatre ou cinq cents hommes d’armes osaient braver toutes les forces anglaises.
Dès le lendemain matin (3o avril) , les plus impatients, et dans le nombre Florent d’Illiers, arrivé de Châteaudun l’avant-veille avec quatre cents combattants, sortirent enseignes déployées, chargèrent les Anglais et les refoulèrent vers leur bastille voisine de Saint-Pouair (sur la route de Paris) ; et déjà on ne parlait dans la ville que d’apporter de la paille et des fagots pour y mettre le feu : mais l’attaque ne fut pas soutenue. Jeanne n’avait rien su de l’entreprise, et, si pressée quelle fût de combattre, on peut croire quelle l’eût désapprouvée : car, avant d’attaquer l’ennemi, elle le voulait sommer encore. Mais elle entendait qu’on ne différât pas davantage. Elle ne voulait pas même attendre sa propre troupe, qui devait passer la Loire à Blois, et se refusait à ce que Dunois l’allât chercher, aimant mieux qu’il restât pour faire immédiatement sommation, ou, en cas de refus, donner l’assaut aux Anglais. Dunois ne se refusa point à lui laisser faire telles sommations qu’il lui plairait; mais il tint à ne point combattre avant d’avoir reçu ses moyens d’attaque, et Jeanne dut céder à son tour. Elle écrivit donc aux Anglais dans le même sens que la première fois, réclamant le héraut qui leur avait porté sa lettre de Blois. Ceux qu’elle envoyait d’Orléans pouvaient bien avoir le même sort : car les Anglais ne se croyaient point
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