‹ Jeanne d'ArcChapitre 30 sur 112 · IÔ · texte numérisé non relu

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dehors : car c’est pour cela qu’elle est envoyée. Le duc de Bourgogne est du sang royal , c’est un fils égaré de la France : elle le supplie, elle le conjure à mains jointes de faire la paix, ne craignant pas de se faire trop humble; car une chose la relève dans cet abaissement, et donne une singulière autorité à ses prières : c’est qu’elle sait , c’est qu’elle affirme que s’il refuse il ne peut être que vaincu. Elle prie donc, non par aucun intérêt de parti, mais parce que « sera grant pitié de la grant bataille et du sang qui y sera respandu ; » car c’est le sang de b rance.

Jeanne s’accordait donc avec la cour pour négocier; mais tout en négociant elle voulait agir aussi : elle croyait que l’action était tout à la fois un moyen de soutenir les négociations ou d’y suppléer au besoin. D’ailleurs , si peu disposé que l’on fût à courir de nouveaux hasards, il y avait à faire , aux alentours, plusieurs conquêtes qui promettaient d’ajouter sans péril au prestige du voyage. En attendant que le duc de Bourgogne eût donné suite à la réconciliation projetée, le roi s’occupa de rallier les villes disposées à se soumettre. Après quatre jours passés à Reims, ayant accompli dans l’abbaye de Saint-Marcoul les pratiques de tout roi nouvellement sacré , il vint à Vailly-sur-Aisne , où les bourgeois de Soissons et de Laon lui apportèrent les clefs de leur ville. Le 23, il se rendit à Soissons, et de là de nouvelles députations vinrent mettre en obéissance Château-Thierry, Provins, Coulommiers, Crécy en Brie.

Il y avait pourtant un ordre à suivre dans cette marche victorieuse, pour la faire aboutir à la délivrance du royaume. Le roi avait reçu sa couronne : Jeanne voulait qu’il reprit sa capitale; et cette suite de soumissions, obtenues à si peu de frais lorsqu’elles n’étaient pas entièrement spontanées, devait, selon son plan, mener droit à Paris. Mais les courtisans trouvaient maintenant plus sûr et plus commode de prendre Paris par le duc de Bourgogne. Philippe le Bon, moins touché des raisons de Jeanne qu’effrayé de son approche, affectait de plus en plus de répondre aux intentions du roi; et les conseillers intimes de Charles VII, ne demandant pas mieux que de se croire à la veille de la paix, prenaient occasion des offres de soumission qui leur venaient des villes d’alentour pour modifier, selon leurs vues, l’itinéraire de la Pucelle. Le 29 juillet, on vint à Château-Thierry , où le sire de Châtillon, connaissant les dispositions du peuple, n'essaya pas de tenir plus

Lettre de Jeanne au duc de Bourgogne, écrite à Reims, le joui1

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