‹ Jeanne d'ArcChapitre 70 sur 112 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Et maintenant que l’on a sous les yeux tous les faits de la vie de Jeanne d’Arc, quel jugement doit-on porter sur sa mission même? Pour ceux qui croient que la Providence ne demeure pas étrangère aux affaires de ce monde, qu’elle gouverne les nations et que sa main se peut faire sentir extraordinairement dans leurs destinées, le choix ne sera pas douteux. La mission de Jeanne a tous les signes des choses que Dieu mène. Elle se fraye la voie à travers les obstacles que le sens purement humain lui veut opposer. Il faut que Jeanne triomphe d’elle-même d’abord et de ses propres répugnances-, il faut qu’elle surmonte les rebuts du sire de Baudricourt à Vaucouleurs, les défiances du roi à Chinon, des docteurs à Poitiers, des capitaines jusqu’à Orléans, et des politiques jusqu’à Reims. Elle n’a pas réussi au delà; elle n’a pas fait entrer le roi dans Paris, et elle n’a pas chassé les Anglais de France; elle n’a pas tout prévu, et elle n’a pas fait tout ce qu’elle avait charge de faire. Mais qui a jamais prétendu tout prévoir? Le prophète est un homme, et n’est prophète que pour les choses qui lui sont révélées. Quant à la mission de Jeanne, elle n’avait jamais dit qu’elle ferait tout. Elle avait dit qu’elle délivrerait Orléans, si peu de troupes qu’on lui donnât : mais encore avait-il fallu qu’on lui en donnât. Il fallait qu’on « la mît hardiment en œuvre » et qu’on se mît à l’œuvre avec elle. Jeanne avait délivré Orléans; mais elle n’eût pas mené le roi à Reims malgré lui ; elle ne pouvait le faire entrer dans Paris quand il s’en retirait.

En un mot, la mission de Jeanne avait pour signe la délivrance d’Orléans, pour but l’expulsion des Anglais. Elle a donné son signe1, elle n’a pas atteint son but , au moins comme elle l’eût voulu faire , et comme elle l’eut fait sans aucun doute si la cour n’avait pas renoncé à la suivre plus avant. Mais le but devait être atteint : Jeanne dans les fers eut au moins la consolation de le prédire à ses bourreaux-, et sa mission ne fut pas « manquée.» Elle-même, jusque dans sa prison , elle la continue et la consomme. Cet échec, où l’on croyait trouver un démenti à sa parole, rentrait dans les voies de la Providence pour donner à ses déclarations forme authentique au tribunal de ses ennemis.

Jeanne a donc bien rempli sa mission ; et, quand elle aurait elle-même chassé de France le dernier des Anglais, ce n'est pas là ce qui ajouterait beaucoup au caractère divin de son oeuvre. Les Anglais, assurément, ne pouvaient pas garder la France. On n’en était plus à la première période de la rivalité des deux peuples, quand les rois d’Angleterre, fils eux-mêmes de la France, pouvaient en disputer les provinces aux Capétiens comme un héritage domestique. Depuis la guerre de Cent ans, la race anglaise est entrée dans la lutte : c’est une nation qui en attaque une autre:, les rois eux-mêmes, malgré les liens de famille qu’ils invoquent ou qu’ils renouvellent , sont devenus Anglais , et leur empire n’aurait pas duré un an à Paris sans les haines civiles des Armagnacs et des Bourguignons. Leur domination pouvait s’étendre et se prolonger encore , sans doute : la prise d’Orléans eût rendu leur joug plus fort et la délivrance plus laborieuse ; mais, le jour venu, l’élan national eût tout emporté. Là n’est pas le miracle. Ce qui est merveilleux dans cette histoire, c’est Jeanne, c’est ce qu’elle dit d’elle-même, quand on connaît par toute sa vie la fermeté de son intelligence et la simplicité de son cœur; et c’est pour que l’on en juge en toute vérité que nous avons retracé avec tant de détails les scènes où elle a paru. Cette épreuve, nous le savons, ne dissipera point tous les doutes : il y a sur ces matières des partis pris devant lesquels les faits eux-mêmes, et des faits plus forts, restent sans force ; mais ceux mêmes qui, pour ces raisons, refuseront de croire aux paroles de Jeanne d’Arc, reconnaîtront au moins que jamais âme ne fut plus digne de foi.

S’il y a dans la vie des saints comme un reflet des grands modèles qui

LA REHABILITATION. — L’HISTOIRE.

nous sont proposés, où le trouver plus éclatant et plus doux à la fois que dans celle qui, à la distance où demeure toute semblable imitation, rappelle en même temps et le Sauveur et sa Mère : la mère de Dieu , dans sa virginité , dans son trouble et dans ses hésitations à la vue de l’ange qui rappelle; le Sauveur, dans les traverses de sa mission, dans le traître qu’elle rencontra au moins devant ses juges- dans l’hypocrisie de ses juges

Fig. 1 S 5. — La Vierge Marie couronnée par le Saint-Esprit. — Il serait légitime de donner à cette figure le titre de « Notre-Dame de Paix » ou de « Notre-Dame de France. » Deux groupes d’anges portent ces mots : « Gloire à Dieu au plus haut des deux , et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté : » la Vierge, ayant donné Jésus-Christ au monde, lui a en effet donné la paix. Elle est vêtue de blanc. De la main droite elle tient un lis, de la main gauche l’écu de France. Le roi, couronné, en manteau bleu à fleurs de lis d’or, est agenouillé devant elle. Le sens de cette composition est certainement celui-ci : Marie protège la France. — Miniature des Vigiles de Charles Vil, ms. fr., n° 5o54, daté de 1484, à la bibliothèque nationale.

( — « Elle a blasphémé ! »)-, dans la vraie cause de sa mort, car elle meurt aussi pour son peuple; dans le délaissement de son supplice, comme dans la paix de son dernier soupir? Après cela, Jeanne n’a pas été déclarée sainte; mais peut-on dire que l’Église ait méconnu son caractère? Les juges, nommés par le pape à la requête de sa famille, n’avaient pour mission que de reviser son procès. En réhabilitant sa mémoire , ils ne pouvaient lui décerner d’autres honneurs. Et, quand on réfléchit au rôle de Jeanne d’Arc dans la lutte séculaire des deux principaux peuples de la

chrétienté, on comprend que l’Église n’ait pas voulu alors décréter un culte qui eût obligé l’Angleterre comme la France. Quand on voit l’influence de l’esprit de parti se perpétuer depuis les écrivains bourguignons jusque dans les jugements portés en France sur la Pucelle, on comprend qu’elle ait continué de s’abstenir, laissant le sentiment public se produire librement dans le domaine de l’histoire. Mais, quelle qu’ait été la diversité des opinions des historiens, la foi du peuple n’a jamais varié, et on ne peut pas dire que l’Église, dans sa réserve même , lui ait jamais fait défaut. C’est dans une fête religieuse que les honneurs populaires rendus à la Pucelle se sont perpétués jusqu’à nous : je veux parler de la procession par laquelle les Orléanais rendent chaque année témoignage à sa mission , en rapportant à Dieu son signe , l’acte de leur délivrance • et naguère , à l’inauguration de son dernier monument, c’est dans la chaire de Sainte-Croix et par la voix éloquente et vraiment inspirée de leur premier pasteur que leur culte pour elle a reçu la consécration la plus éclatante. Aujourd’hui l’opinion est fixée partout. L’Allemagne a rendu à la « Jeune fille d’Orléans» un touchant hommage dans le livre de G. Gœrres. La Belgique a depuis longtemps abjuré les haines des Bourguignons -, l’Angleterre elle-même a répudié , dans le poème de Robert Southey , le crime de Bedford et les injures de Shakspeare. En France, on ne diffère que par la manière de la déclarer sainte. Quand l’Église jugera bon de le faire selon le mode qui lui appartient, le travail ne sera pas bien long; les enquêtes sont, dès à présent, entre les mains de tous, par l’édition des deux procès : et celui des deux qui la condamne n’est pas celui qui crie le moins haut pour elle. Quel plus grand témoignage, en effet, à la gloire des saints que les actes mêmes de leur martyre ? Oui, quand on arrive avec les pièces de ce procès au terme de cette histoire , on peut le dire avec une entière conviction : Jeanne a été par toute sa vie une sainte, et par sa mort une martyre : martyre des plus nobles causes auxquelles on puisse donner sa vie , martyre de son amour de la patrie , de sa pudeur, et de sa foi en Celui qui l’envoya pour sauver la France !

ÉCLAIRCISSEMENTS

Ornement tiré d’un manuscrit français du XVe siècle, n° *2691 , à la bibliothèque nationale.

ARMES ET VÊTEMENTS MILITAIRES

'est à l’époque même de la mission de Jeanne , que l’armure de fer battu ou armure de plates accomplit sa dernière évolution. Cet habillement, qui succédait à l’habillement de mailles, avait commencé, dès la fin du treizième siècle , par des boîtes de métal enveloppant le genou. Au quatorzième, des boîtes semblables, réunies par des lames de fer articulées, enfermaient la totalité des membres. Les membres supérieurs avaient Yépauliere, le bras la coudière, Y avant-bras et le gantelet ; pour les inférieurs, les cuissots, les genouillères , les grèves ou jambières et les solet ets. Déjà les coudières et les genouillères étaient munies de gardes , plaques

évasées destinées à garantir le pli de l’articulation.

Il ne restait donc plus qu’à protéger le corps d’après le même système. Ce résultat fut obtenu après 1400. A cette date, la pièce de métal qui s’appelait poitrine d’acier au siècle précédent fut remplacée par deux pla-

1 Cette lettre initiale a été gravée par Sébastien Leclerc (xvne siècle) pour une Histoire de l’abbaye de Saint-Denis.

Jeanne vient déposer ses armes sur l’autel de l’église abbatiale de Saint-Denis \

ÉCLAIRCISSEMENTS

ques, l’une pour la poitrine, l’autre pour le dos. Ces deux plaques descendaient jusqu’à la taille et comportaient, à partir de là, une jupe de mailles recouverte de lames ajustées à recouvrement, nommées fauldes.

Telle fut la première cuirasse. Elle s’améliora, bientôt après, par l’addition de deux autres pièces , de sorte qu’il y eut deux plastrons garantissant la poitrine et deux autres protégeant le dos.

Ainsi revêtu pour la première fois du harnais complet, depuis les gan-

Fig. 186. — Capitaines. {Chroniques du Hainaul.)

telets à doigts séparés jusqu’aux souliers de fer articulés, ou solerets, l’homme d’armes adopte pour coiffure la salade , casque conique, muni par derrière d’un large rebord s’étalant sur le cou et destiné à protéger la nuque. Sur le devant, était adaptée une visière mobile, appelée garde-vue. Vers la fin du quatorzième siècle, le camail de mailles avait été remplacé par un gorgerin et une mentonnière en fer forgé. Cette mentonnière fut élevée au-dessus des narines et projetée en avant ; on l’appela la baviere.

En même temps, prenait naissance un autre casque qui est devenu depuis

Fig. 187. — Les hommes d'armes de Danois et de Richemont attaquent les Anglais, qui ont mis pied à terre, et les reçoivent avec leurs lances retaillées. Miniature de la Chronique de Charles VII, par Jean Chartier ; ms. fr. du xvc s., n° 2691, à la biblioth. nat. — Cette miniature représente la bataille de Formigny, près Bayeux, où le connétable de Richemont fut vainqueur des Anglais, le i5 avril 1450.

la dernière expression de la défense de la tête, Varmet. On le nommait alors heaumet. Il consistait en une coiffure ronde assez conforme aux contours de la tête. La bavière était remplacée par un grillage.

Le chevalier chaussait un éperon à très-longue tige armée d une grande molette, la molette rayonnante.

Fig. 188. — Éperon à longue tige.

L’écu n’a plus de raison d’être. Après avoir réduit ses dimensions à chaque progrès de l’armure, il disparaît de 1 habillement defensif. On ne le rencontre plus que dans les ceremonies d apparat et dans les panoplies, on ne s’en sert plus que comme support de blason.

L’homme de guerre passait par-dessus sa cuirasse tantôt une tunique courte, sans ceinture, à larges manches, houppelande à corsage fermé et à collet montant, mais très-raccourcie de la jupe; ou bien la huque, sorte de casaque flottante entièrement ouverte sur le devant, à bords le plus souvent déchiquetés, sans manches; ou bien encore une huque avec de grandes manches, dans lequel cas elle devenait le paletot. Il cimait son casque d’une touffe de plumes d’autruche, fort recherchées dans ce temps, et l’entourait d’une riche cornette ou d’une étoffe légère, chiffonnée à grands bouillons, qu’on nommait étoffe de tripe.

Là ne se borna pas l’emprunt fait au costume civil. La carrure d’épaules étant alors fort estimée , on simulait cet avantage avec des manches à gigots très-gonflés à la naissance du bras. On appelait ces gigots malieutres. De faux maheutres furent posés sur le harnais de guerre. L’archer combattant, page 406, fig. 2o3, a les épaules garnies de maheutres.

Les armes offensives, propres à la noblesse, comprenaient la lance et l’épée. La lance, \q glaive de nos chroniqueurs, comportait un fût de bois de frêne, un fer en losange, et, près du fer, une pièce d’étoffe rectangulaire, la bannière, ou triangulaire, le pennon, chargés des armoiries héréditaires. La bannière appartenait aux seigneurs assez puissants pour conduire un

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certain nombre d’hommes d’armes à la guerre-, au simple gentilhomme servant sous le chevalier banneret , le pennon. La longueur de la lance mesurait quatorze pieds environ-, cependant, la veille d’une affaire , lorsque les hommes d’armes eurent appris des Anglais à descendre de cheval pour soutenir la bataille, on raccourcissait les fûts de lance, on les retaillait à

Fig. 189 à 192. — a, Bannière du comte de Richemont. — b, Pennon. — c , Épée de Jean sans Peur. d, Épée de Philippe le Bon, d’après un sceau de h35.

la longueur de cinq pieds. Sous Charles VII, la lance chevaleresque était passée aux mains des compagnies d’ordonnance; il n’y a plus de pennon.

Les monuments figurés de l’époque offrent des épées dégantes et foi tes, légères à la main. La lame est large du talon, très-aigue de la pointe, a arête médiane; les quillons sont recourbés d’ordinaire vers la pointe et quelquefois droits, à extrémités recroisetées ou fleuronnées; les pommeaux sont en olive, coniques, côtelés, tronqués ou en disque aplati, ornés de pierres fines ou d’emaux reproduisant le blason du possesseur.

L’habillement du cheval de guerre (on disait le destrier ) consistait depuis le commencement du treizième siècle en une couverture de fer ou d’étoffe. On voulut le faire participer au bénéfice de l’armure de plates. La tête du cheval se garnit d’un chanfrein , plaque d’acier armée dune crête ou d’une pointe, qu’on laçait sous la ganache et qu on accompagnait de lames articulées bardant le haut de l’encolure et maintenues en dessous par de la maille. Un rebord saillant garantissait d’ordinaire les yeux du cheval.

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D’autres fois ils étaient abrités derrière un grillage. On fermait complètement les œillères si le cheval était sujet à se dérober; dans ce cas, le chanfrein était dit aveugle. Le chanfrein devint pour les seigneurs riches une occasion d’étaler le plus grand luxe : ils le garnissaient d’or et le couvraient de pierreries. Les grands sceaux équestres de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, offrent des exemples de chanfrein et de barde de crinière. Le

Fig. 193 et 194. — Chanfreins et bardes de crinière.

cheval, dans ces types, est enveloppé d’une fine housse de mailles recouverte d’une seconde housse, d’étoffe légère et brodée d’armoiries.

La selle d’armes concourt aussi à la défense de l’homme de guerre. On la revêt de plaques d’acier. Le pommeau s’évase, ses plaques s’arrondissent et embrassent le devant de la cuisse, comme si elles allaient rejoindre le troussequin; quelquefois il s’élève assez haut pour couvrir entièrement le ventre du cavalier, et descend de façon à garantir le genou et la jambe.

Les considérations précédentes s’appliquent seulement à l’homme d’armes, au privilégié à qui sa naissance donnait le droit de combattre à cheval, revêtu de l’armure complète. Les soldats, sergents, gens d’armes et de trait ne jouissaient pas de cette prérogative et ne pouvaient porter d ordinaire que les pièces défendant les articulations principales. Ils n’étaient même pas assujettis à l’uniforme. Du moment où ils possédaient les pièces principales de l’armement, le reste était abandonné à leur caprice. Si l’on songe qu’ils appartenaient à des pays très-divers et conservaient une partie de leur costume national, on se fera une idée de la difficulté qu’il y aurait à se rendre un compte détaillé de leur habillement.

Les pavaisiers maniaient une lance de jet, sorte de javelot, et se couvraient d’un pavais, bouclier rectangulaire qui les abritait presque en entier. Des manuscrits, un peu antérieurs, il est vrai, les montrent habillés comme les

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hommes d’armes, mais coiffés d’un chapeau de fer, chapeau cylindrique à timbre rond ou pointu, à larges bords plats ou rabattus.

Fig. 195. — Philippe le Bon, duc do Bourgogne. Sceau de 1424.

Fig. 196 et 197. — Selles d’armes.

Les archers portaient le jaque, pourpoint gamboisé, c’est-à-dire rembourré, avec une jupe à gros plis, ou bien la brigandine, pourpoint couvert de plaquettes de métal. Les chausses étaient de cuir ou d’étoffe gamboisée,

JEANNE D'ARC. III. — i I

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souvent de deux couleurs différentes. Le vêtement du corps était aussi de deux couleurs. Des boîtes de fer, épaulières, coudières et genouillères, défendaient les articulations principales ; quelquefois même des plaques protégeaient le devant de la jambe et de la cuisse. Dans certains monuments de 1440 figurent des archers qui sont coiffés de salades à garde-vue; d’au-

Fig. 198. — Capitaine avec ses archers. (Chroniques du Hainaut.)

très ont le petit bassinet ou le chapeau de fer. Une trousse de flèches est accrochée à leur ceinture , où pend quelquefois une forte épée pouvant frapper d’estoc et de taille. (Voy. l’archer combattant, page 406, fig. 2o3.) Leur arc est le fameux arc anglais de six pieds.

Les arbalétriers, vêtus comme les archers, du jaque ou de la brigandine, offrent la même variété de coiffure. Leur arme ordinaire était l 'arbalète à

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pied, munie d’un étrier dans lequel on passait le pied, afin d’avoir un point d’appui pour bander la corde. Mais en ce temps, on avait imaginé une arbalète plus puissante : elle se bandait au moyen d’un treuil qui se portait accroché à la ceinture. Cette arme nouvelle se nommait le cranequin , et les arbalétriers armés de cette arbalète spéciale s’appelaient cranequiniers .

Les sergents et gardes du roi, vêtus du même costume que les précédents,

Fig. 199. — Garde armé d’un fauchard , Fig. 200. — Soldat armé d’une rouelle,

et revêtu d'une huque.

[Chroniques du Hainaut.)

mais à la livrée, c’est-à-dire aux couleurs de leur maître, avaient pour armes des fauchards, grands coutelas emmanchés au bout d une hampe, ou la hallebarde, hache à deux tranchants surmontés d’un fer de lance. Ils portaient aussi une. lance de jet ou bien le bec de faucon. On voit, page 4°4i fig. 201, deux sergents armés d’une courte lance, l’une nue, l’autre accompagnée d’une petite flamme. Un troisième sergent s’appuie sur un bec de faucon , bâton ferré muni d’un marteau terminé par derrière en une forte pointe recourbée vers le manche.

Les gens de pied, en général, ne portèrent pas la cuirasse. Aussi certains

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conservèrent un petit bouclier rond, la rouelle, qu’ils suspendaient à la ceinture.

Une miniature du manuscrit intitulé les Chroniques du Hainaut postérieur de quelques années à la mort de notre héroïne, représente des artilleurs (fig. 20 1). Le canon, que l’on dirait fabriqué de douves maintenues par

Fig. 201. — Artilleurs et sergent d’armes. ( Chroniques du Hainaut.)

des cercles, est court et large de la bouche. Il repose sur un affût à deux roues; le derrière de l’affût se termine en potence et présente à son milieu une pièce de fer verticale percée de trous de distance en distance. Ces trous servent à fixer la culasse après qu’elle a été haussée ou abaissée selon la direction que le pointeur veut donner à son tir. L’un des artilleurs porte

1 La plupart des dessins qui accompagnent cet éclaircissement sont tirés des Chroniques du Hainaut , ms. exécuté vers 1440 et conservé à la bibl. de Bourgogne, à Bruxelles.

Fig. 202. — Des pavaisiers, des arbalétriers, des archers, etc., sous la bannière du dauphin Louis, attaquent une bastille devant Dieppe. Les fossés sont franchis au moyen de ponts volants. Au premier rang, à côté de la bannière du dauphin, écartelée de France et de Dauphiné, est un personnage dont le casque est surmonté de la cornette blanche qui paraît être le signe du commandement délégué pai le îoi. Miniature de la Chronique de Charles VII, par Jean Chartier, ms. fr. du xve siècle, n° 2691 , à la biblioth. nat. — Les Anglais, commandés par Talbot, ayant mis une bastille devant Dieppe, le dauphin Louis s'en empare et délivre la place (août 1443).

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un riche pourpoint par-dessus son haubergeon; il est coiffé d’une salade. Le second, revêtu d’une huque-bleue à collet rouge et à galons d’or pardessus son jaque, a pour coiffure une toque rouge à retroussis jaune. Tous deux ont des chausses en étoffe rouge. Un des sergents qui les accompagnent est habillé d’un paletot bleu , brodé, à grandes manches rouges. Ailleurs ce sont des brigandines recouvertes de soie ou de velours. On voit par là que l’usage d’un habillement par-dessus le harnais de guerre était devenu général, et que, dans la grande misère de la France, si l’armure était en progrès, le luxe avait envahi les armées.

G. Demay

Fig. 203. — Archer combattant. [Chroniques du Hainaut.)

Ornement tiré des Heures de Simon Yostre (1508). Bibliothèque de M. Ambroise Firmin-Didot.

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