JACQUES DARC
Je t'ai toujours aimée , ma fille , et maintenant je te bénis.
LE ROI, s'avançant vers Jeanne.
Il m'est bien doux, Jeanne, de voir ici, à pareil jour, vos heureux parents. Nous fêterons, comme il convient, leur présence.
ISABELLE ROMÉE
Monseigneur le roi , notre joie serait comblée si vous nous rendiez notre enfant.
JACQUES DARC, à Jeanne.
Oh I reviens avec nous! Maintenant que Monseigneur le roi est couronné, nous laisseras-tu pleurer encore ton absence?
JEANNE
0 mon père , que je vous aime de me parler ainsi ! Qu'il me sera cher le jour où je ne serai plus séparée de vous tous ! . . . — Mais la charge que j'ai reçue n'est point achevée ; je dois rester dans les armées du roi. (Au roi.) — Sire, il faut mener à bonne fin et promptement cette épouvantable guerre. Si la couronne vous est rendue, ce n'est qu'à Paris que vous régnerez, et Paris est encore aux Anglais.
LE ROI
Oui, Jeanne , nous irons en faire le siège ; restez avec nous. Tant que nos provinces seront envahies vous devez conduire nos soldats ; vous appartenez au pays.
ISABELLE ROMÉE
Qui sait maintenant quand tu nous reviendras?
JEANNE
Je ne puis le dire. Que la volonté de Dieu se fasse !
DURAND
Pourquoi parler ainsi ?
JEANNE , avec tristesse.
Je ne durerai peut-être pas longtemps.
DURAND
Mon Dieu ! que veut dire ce doute ?
JEANNE , bas à Durand.
Je ne doute point ; j'irai toujours. Mais je sens autour de moi des haines cachées.
DURAND , de même.
Que peux-tu craindre?
JEANNE
Une seule chose : la trahison !
(Pendant ces dernières paroles le cortège a repris sa marche au milieu des acclamations.)