‹ Jeanne Dare, drame historique en dix tableauxChapitre 51 sur 73 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE COMTE JEAN DE LUXEMBOURG, seul, accoudé à la table.

Par saint Jean ! je m'y perds... Plus je réfléchis, plus mes soucis augmentent... Oh! cette Jeanne Darc! que n'ai-je dix citadelles à garder plutôt qu'une fille aussi dangereuse! Je n'y voyais d'abord qu'un honneur pour ma maison, et je ne retire de là que tracas et obsessions.

- Sur mon âme ! jamais le château de Beaurevoir n'aura vu tant de visiteurs. Monseigneur le duc de Bourgogne va partir; Monseigneur l'évêque de Beauvais arrive I... Et des conseils, et des lettres, et des messages 1... Ah ! si du moins tant de soins vigilants recevaient leur récompense! Par saint Jean I la guerre n'a pas enrichi nos domaines. Un jour de fortune pour quinze ans de

sacrifices, serait-ce trop? Ce ne serait que justice!

La France réclamera la Pucelle, sans aucun doute; mais puis-je l'accorder sans mécontenter l'Angleterre? Puis-je obéir à l'Angleterre sans attenter aux droits du duc de Bourgogne, mon suzerain? Et le bâtard de Wandomme me laissera-t-il recevoir seul le prix de cette

précieuse rançon? Ténèbres, incertitudes!,... Le

bâtard de Wandomme, l'Eglise, la France, l'Angleterre,

le duc de Bourgogne ô labyrinthe inextricable de

haine et d'envie , de pouvoirs rivaux et d'intraitables

vanités 1 . . . (On entend du bruit à la porte.) Qui vient donc à

cette heure ?

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