‹ Jeanne Dare, drame historique en dix tableauxChapitre 66 sur 73 · JEANNE, DUN01S · texte numérisé non relu

JEANNE, DUN01S

JEANNE, avec un cri contenu.

Dunois !

DUNOIS, se précipitant vers elle.

Oui, je viens vous sauver !

JEANNE

Vous, icil Oh! c'est le salut et la victoire!

DUNOIS

Le salut et la vengeance !

JEANNE

Sauvez-moi de cette prison! Sauvez-moi de ces Anglais! Sauvez-moi de ces chaînes!...

Que nepuis-je ici même les briser de mes mains! Dans un cachot! vous, plus grande que tous nos grands guerriers! Oh! vous en serez bientôt arrachée. Jeanne, encore un jour, un jour d'espoir, et demain, oui demain, Rouen sera à nous.

JEANNE

Que dites-vous?

DUNOIS

Xaintrailles et moi, nous sommes près de Rouen à la tête d'un corps de treize mille hommes. Par une marche habile et rapide, nos soldats seront sous les murs delà ville avant que la garnison soit éveillée. Ici même, à Rouen, j'ai trouvé pour vous de nombreux amis. Ils sont prêts à nous seconder en tout, et demain vous serez délivrée à grande vaillance!

JEANNE

La liberté ! . . . Gomme votre parole fait tressaillir mon cœur!

DUNOIS

De quels cris joyeux vos soldats vont vous saluer! Sainte et martyre, vous les rendrez à jamais invincibles, et d'un seul coup l'Anglais reculera jusque chez lui de honte et de désespoir.

JEANNE

Oh! monseigneur le roi, merci 1 C'est une bataille qu'il fallait pour ma rançon , et Dunois était digne de me l'apporter... Ce duc de Rourgogne qui accusait notre bien-aimé souverain!

Le roi, dites* vous? L'ingrat! il oublie dans les plaisirs celle qui lui a rendu son royaume.

JEANNE

Lui!

DUNOIS

Je l'accuse hautement, comme il sera accusé un jour devant la France. Il n'a fait que vous suivre dans le triomphe... —Ce qu'il n'a point fait, je l'exécuterai, moi. Je vous ai vue, Jeanne, danb la sanglante mêlée des hommes, grande et belle du Dieu qui vous inspirait, ne songeant qu'à la France qui se mourait sous le poignard de l'Angleterre. Comme la foule qui se pressait autour de vous, je vous admirais pour vous-même, et j'abaissais mon autorité devant la vôtre... Si des ingrats vous oublient, le bâtard d'Orléans se souvient, lui! Les Anglais vous feraient mourir avant que le roi pût songer à traiter pour vous.

JEANNE

C'est mourir deux fois qu'être ainsi oubliée !

DUNOIS

Songez à votre délivrance. — Pendant que Xain-

trailles et moi nous assiégerons les portes, vos amis de

Rouen se réuniront en tumulte sous les murs de cette

prison. On proférera des cris contre vous. N'en soyez

point effrayée; c'est une feinte. A ce moment, vous

vous tiendrez prête...

(On entend au dehors des bruits d'armes.)

Dieu!

MASSIEU, entrant.

Ce n'est rien. Des armes se sont détachées de la muraille... Mais hâtez-vous, la vigilance des espions est grande.

JEANNE

Partez, Dunois ; vous laissez ici l'espérance ; partez pour me sauver.

MASSIEU, à Dunois qui veut parler encore.

Plus un mot ; n'abusons pas de la fortune.

(Pendant qu'il se dirige vers la porte, Richard paraît

suivi de Maudru.)

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