II
Je VOUS disais : Enfants, mettons-nous à genoux Et prions pour celui qui là-bas pense à nous.
» Aujourd'hui que mon cœur se brise et désespère , Je vous dis, en pleurant : Priez pour' votre père. Priez comme autrefois ; mais, hélas! aujourd'hui N'adressez pas au Ciel les mêmes vœux pour lui. Ne dites pas à Dieu,... s'il daigne vous entendre : Conservez notre père et veuillez nous le rendre. Dieu, tout puissant qu'il est, ne vous le rendrait pas : Il reprend rarement une proie au trépas; Ce n'est qu'au dernier jour que les têtes tranchées Pourront aux troncs saignants être enfin rattachées. Demandez donc à Dieu seulement, ô mes fils.
D'ouvrir à votre père, hélas! son paradis...
» Le paradis ! Seigneur, Seigneur, quoi qu'il advienne. Mon vœu le plus ardent est de rester chrétienne; Mais si ma voix toujours , en s'élevant vers vous , Demandait une place au ciel pour mon époux , Ah ! vous avez trop tôt exaucé ma prière.
Et pour lui je rêvais une longue carrière...
» Encor, si j'avais pu dans mes bras le presser.
LA PORTE SAUVETOim. 35
Lui porter nos enfants^ les voir le caresser l
Si je pouvais, du moins, au tombeau de ses pères,
Arroser de mes pleurs ses reliques si chères !
Mais non ! tous mes espoirs, vous me les avez pris.
Ah ! qu'au moins votre ciel, Seigneur, en soit le prix...
Son baptême de sang double mes espérances :
Il a droit au bonheur après tant de souffrances.
» Oui, si nous l'attendions, enfants, il nous attend; Nous lui tendions les bras, c'est lui qui nous les tend... Clisson, nous te suivrons... Oh ! puisse bientôt poindre Le jour qui doit là-haut tous enfin nous rejoindre ! Nous irons te porter... au céleste séjour Les baisers... amassés ici pour ton retour. »
Et les enfants , contre eux serrant leur pauvre mère , Disaient en sanglotant : « Bénissez-nous, ô père I »