‹ Jeanne de BellevilleChapitre 15 sur 91 · LA MALÉDICTION · texte numérisé non relu

LA MALÉDICTION

» Délateurs de Clisson, Philippe de Valois, Vous juges, vous bourreaux , et toi Charles de Blois, Tout ce qui sur la terre a pris part au supplice , Comme auteur, comme acteur, instrument ou complice , Ceux qui s assocîront à ce que Ton a fait.

Ceux qui m'empêcheront de venger le forfait : Soyez maudits , au nom de toute la nature , Maudits par Dieu, maudits par chaque créature; Maudits dans tous les lieux où vous vous trouverez , A la ville, à Tarmée, aux champs où vous fuirez; Maudits dans vos maisons et maudits à Téglise ; Maudits par Touragan £t maudits par la brise. Par les astres des nuits comme par le soleil ; Maudits pendant le jour, maudits dans le sommeil ; Maudits dans vos plaisirs, maudits sur votre couche. Maudits dans les baisers cueillis par votre bouche. Maudits dans vos enfants, maudits dans vos amours ; Maudits dans tous vos biens, maudits, maudits toujours; De la plante des pieds au sommet de vos têtes ; Dans tout ce qu ici-bas vous rêvez ou vous faites ; Maudits dans votre soif, maudits dans votre faim , Maudits, maudits partout... Que vous dirai-je enfin? Maudits dans votre corps et maudits dans votre âme !

•Que rien n'y reste sain ^ que tout y soit infâme ; *Que votre nom à tous soit un objet d'horreur; Que pour vous prier Dieu devienne une terreur ; Et , quand sur votre front luira l'heure dernière, Qu'aucun prêtre pour vous ne dise de prière; Que vos corps, repoussés loin, bien loin des chrétiens^ Aillent pourrir à l'air où pourrissent les chiens ; Puis, quand vous monterez vers le juge suprême. Que, dans sa majesté, Jésus, Jésus lui-même!

Se lève contre vous et vous plonge à l'instant Dans les feux éternels, où Judas vous attend ! »

Lorsque Jeanne se tut, haletante et brisée, Sa coupe de fureur n'était pas épuisée ; Elle avait encor soif de malédictions :

Le volcan préparait d'autres explosions.

Jeanne était à la fois effrayante et sublime : On eût dit Némésis foulant aux pieds le crime. Sa joue était en feu , ses yeux étincelaient Et sur son front crispé ses veines se gonflaient. Elle allait et venait à grands pas sur la place. Et son silence même exhalait la menace.

Ainsi, lorsque mugit la tempête aux cent voix,

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