‹ Jeanne de BellevilleChapitre 21 sur 91 · LA SURPRISE · texte numérisé non relu

LA SURPRISE

Oui , bien servir son Dieu , sa patrie et son roi , N'est qu'un devoir commun aux plus vulgaires âmes ; Mais le vrai chevalier sait seul servir les dames.

Donc , le vieux commandant de Faatique manoir^ Du but longtemps rêvé voyant poindre l'espoir. N'avait fermé son seuil devant la châtelaine. Qu'il regardait d'en haut s'avancer dans la plaine. Que pour la recevoir avec plus d'apparat.

Dans toute sa puissance et dans tout son éclat.

D'un pas majestueux devançant son escorte.

Le Galois fait hausser la herse de la porte Et , prenant à la main son riche bicoquet.

Fait à Jeanne un salut gracieux et coquet :

— a Noble dame, dit-il, vraiment ma honte est grande De voir qu'en un castel où La Heuse commande , La dame de Clisson ait pu devant ses pas Trouver le seuil fermé par de grossiers soldats.

» Miracle de beauté , parlez : que puis-je faire Pour calmer sans retard votre juste colère ?

Car, Madame, malgré vos efforts gracieux.

Des éclairs de courroux s'échappent de vos yeux. »

— « Emportés malgré nous par Tardeurde la chasse Et d'un grand cerf dix cors suivant trop loin la trace ^ Mes ofEcicurs et moi nous sommes harassés.

Voyez ! nos chevaux même à ce point sont lassés^

Que^ si de mon château nous reprenions la route,

Plus d'un^ frappé de mort, s'abattrait sans nul doute;

Aussi, mes compagnons n'ont-ils pas hésité

A venir faire appel à 1 hospitalité

D'un chevalier qu'on dit aussi galant que brave. »

— « Madame, commandez, La Heuse est votre esclave. Epouse d'un baron qu'aime le fils du Roi,

Merci, cent fois merci d'avoir compté sur moi. Le cœur d'un chevalier bat dans cette poitrine Et devant la beauté, devant vous je m'incline... Et pourtant, je ne suis qu'un modeste écuyer!

» La Heuse rougirait de vous faire payer L'hospitalier accueil qu'il vous offre avec joie; Mais si la déité qui passe sur ma voie A mon faible mérite accordait son appui.

Jamais joi!r plus heureux dans mon ciel n'aurait lui. »

Tout en disant ces mots, l'emphatique La Heuse

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