‹ Jeanne de BellevilleChapitre 27 sur 91 · PÉAN DE MALESTROIT · texte numérisé non relu

PÉAN DE MALESTROIT

— « Quoi! mon père?.., mon frère? »

— a Hélas I ils ne sont plus !

Eux et leurs compagnons^ on les a traînés nus. De leur prison du Temple au marché de la Halle... Tous y OMÏy tous! sont t(Hnbés sous la hache fatale; Puis Philippe a fait pendre à d'infâmes gibets Leurs cadavres sanglants, de la tête incomplets...

» Ce n'était pas assez de cette horrible fête; La vengeance du Roi n'était pas satisfaite :

Après avoir frappé par deux fois ta maison.

Voici ce qu'il a fait pour flétrir ton blason.

» Henri de Malestroit *', ton oncle, homme d'église. Conseiller de l'hôtel, vieillard à barbe grise. Le Valois abhorré, mettant sa tête à prix.

L'a fait prendre en Bretagne et conduire à Paris; Et, ne pouvant encor le livrer au supplice , Car sur un clerc l'évéque a seul droit de justice, Dans un vil tombereau, sur un ais en travers. Il l'a fait promener en cotte et sous des fers; Puis, lorsque le prélat , trop docile à la crainte, A dégradé son clerc de sa qualité sainte.

Le Roi l'a de nouveau fait montrer dans Paris ,

9i JEANNE DE BELLEVILLE.

Sur une ignoble échelle , insigne de mépris.

» Le peuple, soudoyé, sur ton oncle se rue.

Et rincessant affront le suit de rue en rue... Le guet à son secours vient enfin, mais trop tard; Les pierres et la boue ont tué le vieillard. »

Pendant ce long récit, dont la source est trop sûre Et dont chaque détail lui fait une blessure, Malestroit, dédaigneux de tous respects humains. Pleurait comme un enfant, le front entre les mains. Chacun avec effroi le contemple en silence ; La force refoulée a plus de violence , Et chacun a compris que cet homme de fer.

Quand ses pleurs cesseront, les fera payer cher.

Jeanne, le cœur ému , du chevalier s'approche : — « Mon front rougit encor de ton sanglant reproche. Mais je ne t'en veux plus, dit-elle avec douceur; Ta douleur de la mienne est désormais la sœur...

» Quand à nos deux maisons le Roi fait même offense. Des complices du Roi prendras-tu la défense?

Ahf tu peux sans remords répandre tout leur sang, Car qui sert le Valois ne peut être innocent. »

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