‹ Jeanne de BellevilleChapitre 28 sur 91 · PÉAN DE MALESTROIT · texte numérisé non relu

PÉAN DE MALESTROIT

Malestroit ^ à ces mots , qui frappent son oreille <Iomme un son de clairon, de sa torpeur s'éveille. Son front s'est relevé, tout chargé de courroux ; Son regard foudroyant cherche où porter ses coups. Le souvenir renaît en lui , mais encor vague...

Soudain, il pousse un cri, tire, en fureur, sa dague. Et court sur Le Galois, la main levée... Horreur! Chacun, jusqu'aux bandits, a frémi de terreur; Jeanne, Jeanne elle-même a détourné la vue.

En voyant au soleil briller la lame nue.

La Heuse, frissonnant et les bras désarmés.

Se courbe, et, malgré lui, ses yeux se sont fermés : Tout son sang va jaillir sous l'arme vengeresse... O magnanimité ! la dague, qui s'abaisse, Respecte sa poitrine et... tranche ses liens!

— « Va-t-en, lui dit Péan, va rejoindre les tiens; Je ne répondrais pas longtemps de ma colère, Vil suppôt du tyran qui m'a tué mon père ! »

Puis il court tour à tour à chacun des captifs. Qui, couchés sur le sol, tremblaient, plus morts que vifs.

90 JEANNB DB BELLEVILLE.

Et, trompant leur terreur par sa miséricorde^ Arrache leur bâillon et coupe en deux la corde Dont on avait lié leurs jambes et leurs bras :

— « Fuyez, je n'ai jamais frappé d'hommes à bas. Rejoignez vos amis, mais sachez vous défendre.

Car, en fait de pitié, nul n en doit plus attendre : Le soldat pour punir vaudra bien le bourreau. »

Et, replongeant alors son poignard au fourreau. Il tire son épée et dans l'air la balance.

En criant par trois fois : « Vengeance ! amis, vengeance î »

Les bandits, quoique sourds aux sentiments humains. Admirent ce grand cœur et lui battent des mains. Olivier, s'élançant d'à côté de sa mère Vers Péan, dont le front resplendit de lumière. Saisit avec transport son pesant gantelet Et le baise, en disant : « Oh! voilà qui me plaît ! Mon père eût seul pu faire une action plus belle : Malestroit, vous serez mon maître et mon modèle. *

Déposant un baiser sur le front de l'enfant.

Qui lance alors vers Jeanne un regard triomphant :

PEAK DE MALESTROrr. 9I

— « Fils de Clisson, d'en haut ton père te contemple; Tu n'as, pour être grand, qu'à suivre €on exemple. Le meilleur d'entre nous n'est pas digne de lui. Mais tu peux à jamais compter sur mon appui. »

Et Malestroit ajoute, en montrant la muraille : « C'est trop parler ! Voici l'heure de la bataille. 11 faut que ces gens-là meurent jusqu'aux derniers; Donc, soldats, à l'assaut! et pas de prisonniers! »

Agitant son épée, il s'élance à leur tête.

Et l'on entend mugir comme un bruit de tempête.

Page 1