‹ Jeanne de BellevilleChapitre 30 sur 91 · VII. — LE CHATEAU DE TOUFFOU · texte numérisé non relu

VII. — LE CHATEAU DE TOUFFOU

Il fait nuit, nuit profonde, et la voûte étoilée Sous un épais nuage est aux trois quarts voilée. Si les quelques rayons dans l'atmosphère épars Laissent du noir château distinguer les remparts, La forêt qui l'entoure est complètement sombre. Et sa masse confuse au loin se perd dans Tombre.

Tout dans ses profondeurs se tait; pas d'autre bruit Que les pas indistincts d'un animal qui fuit. Quelque branchage mort qui craque et tombe à terre ^ Et, par moments, la voix du hibou solitaire.

Le vent du soir lui-même a cessé de souffler.

Dans ce calme profond, que rien ne vient troubler. Pas même un frôlement du feuillage immobile.

Le château de Touffou ®' s'est endormi tranquille. Le guet, qui veille, a Tair de ne rien redouter...

Mais vous, dont l'œil sait voir et Toreille écouter,

Ne vous semble-t-il pas, sous Tabri des grands chénes^^ Entendre murmurer comme des voix humaines?

Ne vous semble-t-il pas^ près des halliers touffus , Voir briller par instants comme des glaives nus ?

J'ai dit que dans le fort , comme sous la futaie ^ Tout est silencieux et noir; la chose est vraie : Ses grands murs à créneaux et son groupe de tours Ne découpent dans l'air que de vagues contours ; Pas un seul mouvement n'anime son enceinte Et la garnison dort, libre de toute crainte.

Mais le haut donjon jette, au milieu de la nuit. Dans Tombre une clarté, dans le silence un bruit. C'est que sa grande salle éclate de lumières. Et deux hommes assis y boivent à pleins verres. Entrechoquant les vœux, les rires et les chants.

Tous deux sont des vieillards, car leurs cheveux sont blancs ; Tous deux sont des soldats, car on voit aux murailles Pendre deux casques d'or et deux cottes de mailles... Et j'ajouterai, moi, qui surprends leurs discours : Tous deux sont des brigands vernis du fard des cours.

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