LES ROUTIERS EN GAIETÉ
 voir ces grands brasiers aux clartés &ntastiques y Ce vieillard nu^ qui courte sous les cris frénétiques De tous ces hommes noirs à sa suite acharnés^ L'épouvante vous gagne et l'on songe aux damnés.
Le Cielj vengeur du crime, ô sombre châtelaine, A-t-il donc exaucé le souhait de ta haine.
Et cet homme va-t-il souffrir de ces bandits Tous les maux qu'a vus Dante et qu'il nous a redits?
Après avoir deux fois fait le tour de l'enceinte , Sous l'excitation nerveuse de la crainte.
L'infortuné vieillard, par la course épuisé.
Le corps couvert de sang, haletant et brisé , Glisse aux pieds d'Olivier sur ses jambes pliantes. Et , tendant vers l'enfant ses deux mains suppliantes , S'écrie : « Ah ! par pitié, donnez-moi donc la mort ! »
L'impitoyable enfant répète : « Encor! encorî »
Le supplice du Juge à ces mots recommence.
L'ivresse et la gaîté vont jusqu'à la démence. Et les routiers, cédant à leurs instincts pervers.
Inventent des affronts qu'ignorent les enfers.
C'est que dans les excès de la horde infernale , Dieu fait régner encore une règle morale ; Icij Ton foule aux pieds toute loi , tout devoir : Oui , bandits , les démons rougiraient de vous voir î
Olivier^ indigné de tant d'ignominie, • Crie aux bourreaux : « Assez ! la torture est finie » ; Et leur jetant j de loin, sa bourse pleine d'or : — « Partagez , leur dit-il , entre vous ce trésor. Cette bourse est à vous, puisque je l'ai promise ; Mais vous avez franchi la limite permise :
Au lieu de n'outrager que ce vieillard sans foi. Vos ignobles ébats m'offensent aussi , moi !
Pour châtier un crime ^ il n'en faut pas commettre. Et je voys punirais, si j'étais votre maître... Vous osez murmurer! Oh! je ne vous crains pas. Le premier qui m'insulte est près de son trépas : Ouij craignez le courroux qui dans mon sein s'amasse,
» Lâchez donc ce vieillard : Olivier lui fait grâce. Tous ses torts envers nous ne sont pas effacés , Mais il est temps qu'il meure : il a souffert assez...