II. T
146 JEANNE DE BELLEVUXE.
Ces scènes de massacre ^ où vous vous complaisez^ Mais qui feront horreur à vos sens apaisés.
Une aveugle colère aujourd'hui vous emporte Et vous croyez en vous toute pitié bien morte : Si violent que fût le feu qui l'entretint^ La plus grande fureur^ Madame^ un jour s'éteint. Quand cette passion^ par Satan allumée^ Ne vous troublera plus l'âme de sa fumée ^ Chaque objet reprendra son vrai jour à vos yeux^ Et vos exploits sanglants vous seront odieux : Votre remords sera votre enfer qui commence.
» Eh bien ! rachetez- vous par un trait de clémence : Dieu promet le pardon à qui sait pardonner.
Ces gens que vous voyez à vos pieds frissonner Et qui vont vous maudire à leur heure dernière. Au nom de Jésus-Christ faites-leur grâce entière; Et nos yoix^ s' élevant vers le Seigneur pour vous. Vous aideront peut-être à fléchir son courroux. »
— « Qui donc réclame ici, prêtre, ton indulgence? Je ne dois qu'à Dieu seul compte de ma vengeance. C'est lui, lui qui m'a mis cette épéeâ la main,
l'épée et la croix. 147
Lui qui dans ma poitrine a fait mon cœur d'airain ; Et, comme cette mer qui sur ces rocs se brise, La prière à mes pieds en vains sanglots s'épuise. La voix du Ciel me parle et livre à mon courroux Tous les sujets de ceux qUî m'ont pris mon époux... Oui, tousl Et ne va pas m' accuser d'être injuste; Du Juge souverain je suis l'exemple auguste ;
Comme Adam nous souilla du vice originel ,
Du crime de ses chefs le peuple est criminel.
» Et pourtant, je fais grâce à cette foule en larmes.
» Tes ouailles n'ont rien à craindre de nos armes. Vieux recteur; si je reste insensible à ta voix , Je n'égorge jamais ceux qu'abrite la croix.
» Soldats, dans le fourreau remettez votre épée. Et votre soif d'argent ne sera pas trompée.
Non, vous n'y perdrez rien; la dame de Clisson Sur ses propres trésors vous paîra leur rançon. »