LA FLOTTE DUCALE. I
En voyant mépriser sa voîx^ la châtelaine Marche à F un des soldats, et^ calme, mais hautaine :
— « J*aimerais à savoir qui brave ici ma loi , Dit-elle avec dédain; vieux Bleizvôr, est-ce toi? »
Le forban interdit cache au fourreau son glaive. Tous rimitent en hâte, et de leurs rangs s'élève, Au choc électrisant de Tadmiration, Un cri d'enthousiasme e^de soumission.
Jeanne, sur les bandits reprenant son empire. Peut d'un mot ou d'un geste à son gré les conduire. Et, rougissant d'un tort qu'il veut faire oublier. Le plus rétif devient le plus prompt à plier.
Les soldats sont mêlés à la foule qui tremble. Et bientôt on les voit causer et rire ensemble.
— a Oh! dit le vieux curé, vers Jeanne s' avançant. Nos pleurs , nos pleurs de joie effacent bien du sang. Votre bras cueille ici sa plus belle victoire :
Pour qui sait mesurer la véritable gloire , Mieux vaut sauver Pen-Marc'h que détruire Ilium ®*. » Allons à Kérity chanter le Te Deum :
l5o JEANNE DE BELLEVILLE.
A nos cris de bonheur et de reconnaissance , Dieu ne se souviendra que de votre clémence Et fera refleurir votre antique maison. »
Jeanne n'écoutait pas; ses yeux à l'horizon^ Où le soleil couché laissait sa rouge trace^ Regardaient huit points noirs grandissant dans l'espace . Et de ses longs sourcils se heurteit le double arc.
Sur Tordre du recteur, le peuple de Pen-Marc*h , S* alignant de nouveau derrière sa bannière Et remplissant le ciel du chant de sa prière. Descend , d'un pas prudent et souvent ralenti. Le sentier raboteux qui mène à Kérity.
La troupe des marins s est mêlée à la foule , Et dans un même lit ce double fleuve coule ; Mais on a beau les voir marcher du même pas , Le peuple et les forbans ne se confondent pas : Ainsi la Loire, à Tangle où TErdre vient se perdre. Distingue ses flots verts des eaux noires de TErdre.
Jeanne marche à côté du prêtre , mais ses yeux ,