‹ Jeanne de BellevilleChapitre 53 sur 91 · LA FLOTTE DUCALE. I 5 I · texte numérisé non relu

LA FLOTTE DUCALE. I 5 I

Fixés sur l'horizon, demeurent soucieux.

Quand ce qu'elle regarde est devenu visible.

Tournant vers le vieillard son visage terrible :

— a Prêtre^ je ne veux pas croire à ta trahison, Sinon je reviendrais t'en demander raison ;

Mais suis mon doigt : là-bas ^ ne vois-tu pas ces voiles ? Ce sont huit grands vaisseaux courant à pleines toiles; Le vent les pousse à nous avec rapidité.

Ces vaisseaux^ quels sont-ils? Dis-moi la vérité. »

— « Pour mes yeux affaiblis la distance est trop grande; Est-ce flotte de guerre, est-ce flotte marchande? Surtout^ quel est son but? sur ma foi de chrétien, Madame , je l'ignore et ne devine rien. »

— « Eh bien ! ce but secret > moi je vais te l'apprendre. On a su qu'à Pen-Marc'h ce soir j'allais descendre.

Et ces vaisseaux, dont trois sont bretons, cinq français. Viennent de ces écueils barrer tous les accès , Et, comme des poissons pris au fond d'une nasse. Ils pensent nous tenir enfin dans cette impasse.

» Pour leur succès, recteur, ne va pas prier Dieu , Car je suis seule encor maîtresse dans ce lieu... Et contre ma pitié mon vœu faussé proteste! »

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Or^ les soldats de Jeanne, ayant suivi son geste ^ Avaient , comme elle , vu , sur le flot écumant ^ Les huit nefs, dont le mât croît à chaque moment; Et leur instinct^ trop sûr, à Tinstant leur révèle Les périls que pour eux cette flotte recèle.

Alors , tirant l'épée et poussant de grands cris : — « Vengeons-nous, disent-ils, car nous sommes trahis. »

La foule, à ces clameurs palpitant d'épouvante. S'enfuit dans tous les sens ou se presse, tremblante , Autour du vieux curé, qui, d'un signe éperdu. Montre à Jeanne le Christ à la croix suspendu.

Dominant de la voix le sourd ressac des vagues, Jeanne crie : « Aux fourreaux les glaives et les dagues î J'ai promis de sauver ce peuple du trépas. Et les dons que j'ai faits, je ne les reprends pas... Remontez vers Pen-Marc'h, avec votre bannière Et cette croix, à qui vous devez la lumière. »

Puis, d'une voix plus basse, elle ajoute : « O vieillard , Partez vite; pour vous j'ai peur de tout retard.

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» Quant à vous, compagnons , je sais votre courage ; Vous ne craignez pas plus Tennemi que Torage : Ce n'est pas nous ici que menace la mort...

Hâtons-nous seulement de gagner notre bord.

Et si ces huit vaisseaux osent toucher aux nôtres , Eh bien ! ils sombreront comme ont sombré tant d'autres. »

Les forbans exaltés poussent à T unisson Un hourra triomphal pour Jeai^ne de Clisson; Puis rejoignent leurs nefs, dans le port amarrées Et qui pour le départ sont bientôt préparées.

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