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II

l54 JEANNE DE BELLEVILLE.

Avant que les vaisseaux de Bretagne et de France Aient pu les y cerner^ suivant leur espérance.

Il était temps, grand temps ! oui, car ces huit vaisseaux^ Dont la prudence avait éteint tous les fanaux, Quand un bleuâtre éclair coupait la voûte bleue , Apparaissaient tout noirs, à moins d*un quart de lieue.

Profitant de la nuit , Jeanne pousse en avant Et s'assure bientôt l'avantage du vent.

On lance alors en mer une étroite nacelle.

Oh sous rhuile et la poix Tétoupe s'amoncelle ; Un marin résolu glisse dans ce brûlot.

Puis, s' aidant de la rame, et du vent, et du flot. Vers la nef amirale en silerice le guide Et l'accroche à ses flancs par un grappin solide.

Il allume la mèche et, dans les flots plongeant. Revient, inaperçu, vers son bord, en nageant.

Bientôt sur le brûlot, puis sur la nef, éclate L'incendie, et le ciel noir devient écarlate.

Les marins sur le pont courent épouvantés; Pour éteindre le feu mille efforts sont tentés;

l'incendie. i55

Mais le vent sans pitié l'attise et le propage.

Le chef, hurlant d'effroi comme son équipage , Des sept autres vaisseaux implore le secours... Tous restent à l'écart... La nef brûle toujours.

Le long de chaque mât et de chaque manœuvre , La flamme court et siffle^ ainsi qu'une couleuvre; Elle poursuit partout et mord les matelots j Qui, les habits en feu, se jettent dans les flots , Dans les flots oti la Mort, qui s'acharne, les noie.

La grande nef n'est plus qu'un brasier qui flamboie.

La mouvante splendeur de l'immense flambeau Fait saillir sur le ciel un effrayant tableau : Pour premier plan, la mer, une mer écumante Sous les souffles du vent, qui se change en tourmente; Ici, les hauts rescifs , dont les formes font peur ; Là, les^ept grands vaisseaux, où, frappé de stupeur, L'équipage , immobile , en silence regarde La flam^me, tour à tour rougeoyante ou blafarde; Au fond , les nefs de Jeanne , et les sombres bandits Applaudissant des mains et poussant de longs cris ;

l56 JEAKKE DE BELLEVILLE.

Puis en face, couverts d'une anxieuse foule, Les rochers de Pen-Marc'h , où se brise la houle.

C'est affreux, n'est-ce pas? Oh! ce n'est rien encor : Dieu va de sa colère épuiser le trésor.

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