I. — LA TEMPÊTE
NON, marins. Dieu n'est pas l'auteur de votre perte. Acharnés sur la proie à votre haine offerte , Vous avez dédaigné ses avertissements , Et votre expérience, et vos pressentiments ; Car vous connaissiez bien les signes de Torage , Et c'est de parti pris qu'aux risques du naufrage, Vous avez follement affronté ces écueils , Dont le nom redoutable évoque tant de deuils.
Eh bien ! il est trop tard pour réparer la faute Qui poussa vos vaisseaux vers cette horrible côte; La mer et les brisants vous ont à leur merci ; Votre sort, quel qu'il soit, il faut l'attendre ici...
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L'heure est suprême : en hâte on amène les voiles Et, sur tous les vaisseaux , laissés à sec de toiles. Les châteaux et les mâts dominent seuls le pont; Puis, dans l'espoir douteux de trouver un bon fond. Chaque nef plonge aux flots ses ancres les meilleures.
L'orage, qui planait depuis de longues heures, Comme pour mieux choisir au loin , du haut des cieux , Les navires qu'il doit foudroyer de ses feux. L'orage a fait son choix et, dans sa course aveugle,
Semble un taureau blessé qui bondit et qui beugle. La pluie et les gréions s'entrechoquent dans l'air Et le ciel enflammé n'est plus qu'un vaste éclair, Oti le tonnerre roule, entre le double gouffre. Son bruit de fer qui claque et son odeur de soufre.
La mer, grosse déjà, la mer, se soulevant, En flots tumultueux s'élance et suit le vent.
Défiant les assauts de leur double colère Et s'enivrant de bruit comme un coursier de guerre. Le grand cap de Pen-Marc'h, le Cheval de granit. Sous l'embrun qui le couvre, avec orgueil hennit, Et son cri triomphal, que la bourrasque emporte. Sème au loin la terreur dans l'âme la plus forte ^^...
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Grâce aux solides dents de leurs ancres de fer, Qui trompent les efforts des vents et de la mer. Les nefs ont tenu bon, et la rafale passe.
Rien n'a souffert à bord, sauf quelque mât qui casse; L'espérance est rentrée au cœur des matelots... Mais tout reste effrayant, et le ciel et les flots.
Cette accalmie, hélas! n'est qu'une courte trêve : Un grain plus violent à l'horizon se lève ; Le noir tourbillon d'air accourt en tournoyant. Et la meute des ûoU le suit en aboyant.
Sur les vaisseaux de Blois, comme sur ceux de Jeanne, Les marins ont compris que le Ciel les condamne! Et, tombant à genoux, chacun, pour dernier don, Demande , non la vie, hélas! mais le pardon.
Courte fut la prière et courte fut l'attente : Rien n'a pu résister où passa la tourmente ; Sous cette masse d'eau, sous cette masse d'air. Le péril "et la mort n'ont duré qu'un éclair.
Les pécheurs de Pen-Marc'h , dont la foule croissante.
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Bravant sur les rochers la vague bondissante^ Immobile d*eflFroi contemplait, en priant, La mer qu'illuminait le vaisseau flamboyant, Les pécheurs de Pen-Marc'h, lorsqu'éclata l'orage. Avaient pour la plupart regagné leur village; Mais le prudent recteur, dont le cœur généreux S* élançait au-devant de tous les malheureux , Retenant près de lui les marins les plus braves :
— « De nos devoirs, dit-il, chrétiens, soyons esclaves Et que la charité nous trouve prêts toujours.
On peut avoir ici besoin de nos secours :
Pendant tout Touragan restons donc où nous sommes. . .
Qu'importe un peu de pluie à qui sauve des hommes ? »
— a Oh ! monsieur le recteur, comptez, comptez sur nous ; Quoi que vous ordonniez, nous obéirons tous. »
Et malgré le tonnerre, et la pluie, et la grêle. Sous ces éclairs sans fin dont le réseau se mêle. Au milieu du fracas de la houle et des vents , Sur ces rocs escarpés que le pied croit mouvants , Ce groupe- de chrétiens, que la pitié rassemble. Est debout à son poste, et pas un cœur ne tremble... Ou si quelqu'un a peur, lorsque la foudre a lui , Vous savez, ô mon Dieu, que ce n'est pas pour lui.