‹ Jeanne de BellevilleChapitre 57 sur 91 · II. — LE CONVOI FUNÈBRE · texte numérisé non relu

II. — LE CONVOI FUNÈBRE

L'horizon reste vide, oui, complètement vide. Chacun croit se tromper et, d'un regard avide. Sur ces vastes déserts , d'un clin d'œil parcourus. Cherche inutilement les vaisseaux disparus.

Quoi ! Seigneur, devant vous aucun n'a trouvé grâce Et les dix ont sombré, sans laisser une trace!

Non !... Le vieux curé jette un cri, parti du cœur. Où perce un peu de joie et beaucoup de terreur.

Son regard , rapproché par hasard du rivage.

Voit entre les rescifs les preuves du naufrage. C'est un amas confus de planches et de mâts.

De voiles en rouleaux, de quilles en éclats.

Et, parmi ces débris, d'innombrables cadavres, Ballottés par les flots sur ces plages sans havres.

— a Dieu soit béni ! dit-il, car plus d'un naufragé A ce désastre affreux peut avoir surnagé.

l66 JEANNE DE BELLEVILLE.

Que le meilleur coureur d*entre vous nous précède ; Qu'il aille leur crier qu*on arrive à leur aide. Suivons-le tous de près... Vous^ allez, mes amis^ Réveiller dans le bourg les pécheurs endormis; Qu'ils accourent, pourvus de falots et de corde. Puis^ pour que le Ciel fasse aux morts miséricorde^ LoïCj va dans Téglise et fais sonner les glas. »

Et le bon vieux recteur part et marche à grands pas. Sa charité lui sert de bâton de voyage , Et le premier de tous il atteint le rivage.

O noble et saint vieillard^ que n*ai-je su ton nom^ Pour Tentourer d'amour et d'admiration ?

Mais que te font les prix que ce bas monde donne ? Ton front désire un nimbe et non une couronne.

Quoique moins fort, l'orage avait recommencé , Et les rocher«, battus par le flot courroucé. Rendirent aux pécheurs leurs recherches funèbres Bien dures , au milieu des épaisses ténèbres.

Pendant toute la nuit, on vit au bord des flots Des ombres se croiser, qui portaient des falots...

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