‹ Jeanne de BellevilleChapitre 6 sur 91 · IV. — L'ARRIVÉE A NANTES · texte numérisé non relu

IV. — L'ARRIVÉE A NANTES

Déjà, vers rOrient, sur une bande brune, L'horizon blanchissait lentement, quand la lune , Baignant de ses lueurs la crête des coteaux.

Puis jetant tout à coup ses reflets sur les eaux , Apparut, échancrée à demi, mais brillante; Et la barque volait sous la rame moins lente.

L'arche du pont Rousseau cache un moment les cieux. Puis la Sèvre reprend son cours silencieux.

Après avoir longé quelques saules énormes.

Si larges et si hauts qu'on eût dît de vieux ormes , Les eaux ont fait un coude et leur lit s'agrandit. Olivier, tout joyeux , frappe des mains et dit : « Au courant plus rapide on reconnaît la Loire; Voici Nantes là-bas et sa muraille noire.

Tenez, gais mariniers, prenez ce beau sou d'or. Mais ramez, ramez donc, ramez plus vite encor; Je suis impatient des baisers de mon père. »

— « Dix minutes de nage, et nous serons, j'espère,

Au coteau Miséri '*, qui, devant Trentemoult, Avec son haut rocher semble un géant debout.

C'est Nantes, mais pourtant pas d'espérance fausse ! Car votre mère veut, longeant toute la Fosse, Monter au Port-au-Vin, près de Saint-Nicolas; Le courant sera vif, mais Ton a de bons bras. »

Pendant que le pilote expliquait le voyage , Les deux marins ramaient toujours avec courage , Et, la pente du fleuve aidant à leur effort , Nantes les vit enfin pénétrer dans son port.

Le silence y régnait, et de rares lumières Des pêcheurs de la Fosse éclairaient les chaumières '*. Le timonnier ayant tourné le gouvernail , On remonta la Loire, et dur fut le travail; Mais que ne dompte pas la force unie au zèle? Bientôt de Saint-Julien '® apparaît la chapelle, Et dans le fleuve, en face, un écusson de bois. Où le seigneur évéque, en vertu de ses droits, A tout nouvel époux fait courir la Quintaine, Ou de soixante sols lui fait subir la peine ".

— « Le voyage est fini, dit un des mariniers;

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