L ARRIVEE A NANTES
Voici le Port-au-Vin, Madame^ et ses chantiers '*. Faut-il à ce perré faire accoster la barque ? »
— a Mère , dit Olivier, une seule remarque :
Il vaudrait mieux pousser tout droit jusqu'au Château;
Car, si nous arrêtons ici notre bateau ,
Il est bien évident que, pour joindre mon père.
Il faudra traverser la ville tout entière :
Or, la porte est fermée, et, pour la faire ouvrir
Que de retards encor nous aurons à souffrir.
Quand au palais ducal vous êtes attendue!... »
Jeanne ne répond pas , mais sa main étendue Ordonne aux trois marins d'aborder sans délai.
— « C'est bien, dit Olivier, faisons ce qui vous plaît; Mais c'est dans le Château que nous attend mon père. Car monseigneur de Blois le traite comme un frère. Quelles fêtes demain le duc va nous donner ! »
Et voyant tout à coup sa mère frissonner :
— a Eh bien, descendez donc, puisque le froid vous gagne ; Les portes s'ouvriront quand nous dirons : Bretagne I »
Lorsqu'on eut débarqué Jeanne avec ses deux fils. Que le vieil écuyer en silence a suivie.
Elle dit aux marins : « Gardez ici la barque Et déguisez mon nom , si quelqu'un vous remarque. Dans une heure au plus tard nous serons de retour; Mais restez^ dussiez- vous m' attendre jusqu'au jour. y> Puis, s éloignant du quai, de peur d*étre entendue. Et fouillant d'un regard inquiet T étendue , La veuve de Clisson, montrant du doigt le ciel , Dit, en baissant la voix, mais d'un ton solennel :
« Enfants, préparez-vous à des choses funèbres; Sous les pâles clartés de l'astre des ténèbres , Nous allons visiter la porte Sauvetour/*.
Herblain , conduisez-nous tout droit à cette tour. »
— « La porte Sauvetour! Y songez-vous, Madame! Et devant ces enfants!... Ah! vous me glacez l'âme. »
— « Est-ce pour mon plaisir que je viens, par hasard ? Quel but donnais-tu donc, Herblain, à mon départ? »
— « Consulter vos amis et réclamer leur aide. »
— a Oui, ce projet m'amène, oui, ce souci m'obsède; Mais mon premier désir est un dernier adieu ! »
— « De ce qu'il adviendra vous répondez à Dieu. »
— a J'ai juré dans mon cœur la funèbre visite. Laisse-nous, si déjà ton dévoûment hésite.
l'arrivée a NANTES. 23
Ou si ton sang glacé ne connaît que l'effroi. »
—«C'est m' offenser^ Madame! Eh bien donc^ suivez-moi. »
Et^ malgré la terreur qui lui serre la gorge , Prenant la rue alors déjà dite de Gorge '** , Puis de Saint-Nicolas côtoyant le fossé^ Herblain devant eux marche^ et va d'un pas pressé.