LA RÉVOLTE
Ne nous maudissez pas de vous avoir sauvée!
A rhorrible tempête au fond du ciel couvée Et dont le souffle au loin gonfle déjà les eaux , Kergoff n'a plus Tespoir d'arracher vos vaisseaux ; Mais cette barque encor peut atteindre la côte...
» Mon dévoûment m*a fait complice de sa faute : La maison de Clisson doit survivre à tout prix Et nous vous en avons disputé les débris.
Fidèles jusqu'au bout,... jusqu'au crime peut-être. Laissez-moi suivre ici les enfants de mon maître. Lié par mes serments et mon cœur, j'aime mieux Avec eux le trépas que le salut loin d'eux. »
Jeanne, qui jusqu'alors fronçait ses sourcils mornes. Emue à ces accents d'un dévoûment sans bornes. Embrasse ses deux fils pressés dans son giron , Et jette au vieil Herblain un regard de pardon.
Le fidèle Kergoff , qui, penché sur la poupe, D'un regard inquiet plongeait dans la chaloupe, Voyant l'éclair joyeux dont l'œil de Jeanne a lui , Cria : « N'aurai-je pas mon pardon comme lui ? J'attends ici la mort, mais, dans mon infortune, Mon malheur le plus grand serait votre rancune. »
— « Ah ! dit Jeanne^ levant ses regards attendris. De la fidélité vous méritez le prix ,
Car vous m'aimez encor quand je vous abandonne. Mère , je vous bénis, et chef, je vous pardonne : Oui, votre violence est sainte devant Dieu.
» Si ce Dieu juste et bon daigne exaucer mon vœu y Le vœu d'un pauvre cœur qui sanglote et qui souffre. Non, vous ne serez pas englouti dans ce gouffre ; Mes dons reconnaissants , mes dons dignes d'un roi , Vous paîront de sauver mes deux fils ,... malgré moi. »
— a Madame, j*ai reçu déjà ma récompense...
» Mais la bonace fuit et Touragan commence :
A vos rames, marins , et tâchez d'arriver A Tîlot de Nona *^®, qui peut seul vous sauver.
» Si le beau temps sur nous par hasard vient à poindre. Demain à Loc-Tudi nous irons vous rejoindre, »
Et cet homme, si grand, si modeste et si bon, Attend en paix Torage, une main au timon.
Pour les marins et lui la mort paraît certaine. Mais il n'est inquiet que pour la châtelaine