‹ Jeanne de BellevilleChapitre 66 sur 91 · LES DERNIÈRES IMPRÉCATIONS. I · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES IMPRÉCATIONS. I

Et je courbais mon front sous ta colère auguste ;

Mais ta colère éclate en Jets capricieux

Et ta foudre au hasard tombe du haut des cieux.

» Ces hommes j écrasés comme au pressoir la grappe , Ces hommes qu'ont-ils fait pour que ta main les frappe ? Si tu venges le sang dont leurs bras sont trempés : Je te le dis tout haut , tes coups se sont trompés : Cest moi qui les guidais, moi seule ^ à ces massacres. Tes tardives pitiés sont de vains simulacres : Ils n'étaient que le glaive^ et moi J'étais le bras; C'est moi qu'il faut punir... Mais tu ne l'oses pas 1 Car, tu le sais trop bien, si Je tue et me venge. N'as-tu pas devant moi fait marcher ton Archange ? Oui, sous l'éclair sanglant de son épée en feu. J'exécutais ton ordre, impitoyable Dieu...

» Insensée! oh! Je viens de m'accuser moi-même. Pardon , Seigneur, pardon pour ma voix qui blasphème ! Car le coup qui m'atteint. Je l'ai trop mérité : Ma faute a mis la foudre à ton bras irrité.

» Quand la mort de Clisson indignait ta Justice , Lorsque tu me chargeas de venger son supplice.

l8o JEANNE DE BELLEVILLE.

L'Ange exterminateur a reçu mon serment D*être de ton courroux Timplacable instrument; Et ce serment^ je Tai trahi, quand j'ai fait grâce !

» L'outil qui dans la main se révolte , on le casse. Vous m'avez châtiée et vous avez bien fait, Puisqu'à vos volontés , Seigneur, j'avais forfait.

» Mais si votre colère est enfin apaisée.

Si j'échappe aux périls oti je suis exposée.

Je jure que ma main, désormais sans merci.

Rachètera la faute, hélas! commise ici. »

Et Jeanne , oh ! pardonnons à la pauvre insensée ! Par un geste effrayant compléta sa pensée :

On eût dit que son bras et son poignard sanglants Frappaient une victime et labouraient ses flancs...

Ce feu , que consumait sa propre violence.

S'éteint, et Jeanne alors se rassied en silence. — a Mère , dit Olivier, en lui baisant la main , L'espoir et le soleil reparaîtront demain. »

LE DÉPART POUR LOC-TUDI. î8l

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