‹ Jeanne de BellevilleChapitre 8 sur 91 · V. — LES DOUVES SAINT-NICOLAS · texte numérisé non relu

V. — LES DOUVES SAINT-NICOLAS

En longeant dans la nuit les eaux de cette douve , Où des hauts murs s'étend l'ombre, Guillaume éprouve. Pauvre enfant de trois ans toujours prêt à l'effroi. Un tremblement de peur, qu'il appelle du froid. Jeanne en ses bras l'enlève, et sur son sein le serre :

— « Malgré ce que je fais, va! je suis bonne mère; Reste-là, dans mes bras, et t'échauffe à mon sein. »

Puis, de son fils aîné prenant alors la main :

— « Cher enfant, as-tu peur? Oh ! dis-le moi sans honte. »

— tt Le cœur aime à savoir les périls qu'il affronte : Peut-être l'imprévu pourra-t-il me troubler.

Mais ce dont je suis sûr, c'est de ne pas trembler; Quel que soit ton secret, tu peux donc me le dire. »

— a Oh! merci, noble enfant, que j'aime et que j'admire; Tu seras donc toujours ma consolation !

J'ai bien fait de compter sur ton cœur de lion... Puisque tu peux , dis-tu , f émouvoir, mais non craindre. Avec toi je vais donc enfin cesser de feindre : Sous tant de désespoir, sous tant de déshonneur, Ah! comme je souffrais de mentir ** le bonheur!

» Mon fils 1 mon bien-aimé ! le malheur nous accable : Tout ce qu'on peut rêver de plus épouvantable... Ce Dieu, qui protégeait si bien notre maison, Sa foudre a tout brisé, puissance, amour, blason. »

— « Si mon père est vivant, qu'importe un coup de foudre ? Son bras relèvera notre maison en poudre;

Il est de ceux que Dieu fait toujours triomphants : Son épouse l'a dit cent fois à ses enfants. »

— « Si ton père vivait, je te dirais : Espère ! Mais je n'ai plus d'époux et tu n'as plus de père. »

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