LE CRI DU REPENTIR. 2O
Le marbre n'aurait pas plus d'immobilité Et Ton dirait la mort , sans son sein agité.
A moins de pénétrer du regard sous son crâne. Nul ne devinerait tout ce que souffre Jeanne. La faim qui la dévore, elle n'y songe pas; Non, son âme soutient de plus rudes combats.
Scrutant dans leurs motifs les actes de sa vie , Elle cherche pourquoi le Ciel l'a poursuivie. Pour être ainsi frappée en tout ce qu'elle aima. Pour voir le mal sortir du bien qu'elle sema. Pour porter le malheur à tout ce qu'elle approche , Quel est donc le forfait que le Ciel lui reproche ? Soumise aux lois de Dieu qui traçaient son devoir, Elle y courut partout oîi son œil crut les voir. Sans jamais discuter la mesure prescrite...
Pour un crime inconnu sans doute elle est maudite : Il est temps d'apaiser le céleste courroux... C'est trop d'avoir livré son fils et son époux : Elle seule à présent doit expier son crime , Ou Dieu va réclamer sa dernière victime.
— « Olivier,' cher enfant, Olivier, pense à moi,
Car, Olivier, ta mère aujourd'hui meurt pour toi. »
Et Jeanne^ obéissant à sa folle pensée^ S'est, par un bond soudain, vers les flots élancée.
Olivier comme Herblain, voyant son air hagard. Depuis longtemps déjà la suivaient du regard Et, lisant sur son front quelques desseins funestes. Surveillaient avec soin le moindre de ses gestes; Aussi ses noirs projets se virent déjoués.
Et Jeanne retomba dans leurs bras dévoués.
Olivier, entourant de ses deux bras sa mère.
Lui dit en sanglotant^ mais d'une voix amère :
— « Pour vouloir me quitter, vous ne m'aimez donc plus? De vos soins je sais bien pourquoi j'étais exclus.
Et je vous pardonnais d'être toute à mon frère; Mais maintenant ton cœur m'appartient, ô ma mère. Tu n'en peux disposer sans mon consentement... Et nous avons tous deux à tenir un serment. »
— a Oh I ne me parle plus de ce serment féroce , Dit Jeanne avec terreur; notre vengeance atroce. Voilà ce qui de Dieu nous a fait châtier;