UN HORRIBLE PROJET. 21 J
Hélas ! sous le brouillard dont s'est couverte l'aube Aux regards des marins l'horizon se dérobe.
Personne n'ose plus se livrer à l'espoir...
Et le vieil Herblaîn songe aux complots d'hier soir.
Se croyant désormais assuré de sa proie , Le spectre de la Faim pousse un long cri de joie... Sous les contractions de sa griffe de fer.
Chacun des naufragés sent se tordre sa chair.
Mais bientôt le soleil, dont le disque s'allume , Fait en molle fumée évanouir la brume Et, d'un rayon oblique éclairant l'horizon.
Empourpre les blancheurs du rivage breton.
Plus de doute aujourd'hui : ce n'est plus un nuage ! La mer en écumant déferle sur la plage.
Salut à la Bretagne ! oh 1 je la reconnais.
Et cette large rade est le port de Morlaix *'^*.
Le spectre de la Faim, comprenant sa défaite. S'envole, et tous les cœurs chantent leurs chants de fête... Tous les cœurs ! oh ! non; Jeanne, hélas ! songe à celui Qu'Hier a fait mourir, qu'eût fait vivre Aujourd'hui.
Le but est encor loin, mais, quand tout rit dans Tâme, Le bras avec vigueur sait manier la rame.
On avance , on avance ; et les gais matelots Ont vu sortir du port quatre élégants canots : Chacun porte un pennon que décore Thermine.
C'est Jeanne de Montfort, ma future héroïne ! Qui, trompant les soucis d'un austère destin Et voulant savourer les charmes du matin.
Vient du jour renaissant admirer le spectacle.
Voyant son Olivier sauvé, par un miracle , Jeanne pousse un grand cri, qui retentit là-bas... Puis tombe évanouie, en étendant les bras.
Cet héroïque cœur, qu'aucun malheur ne ploie , Ce cœur tout maternel s'est brisé sous sa Joie.