II
alloit peut-être obtenir ce qu'il venoit de refuser aux conseils de la sagesse , lorsqu'un message du duc de Bretagne interrompit cet entretien. Louis se rendit sur-le-champ à la cour; il entra dans le cabinet de François ; il y signa les articles préliminaires du traité ; et le lendemain cette nouvelle fut annoncée publiquement.
Louis vit bientôt se vérifier une partie des prédictions deDunois : tous les officiers bretons d'un grade supérieur témoignèrent ouvertement une grande répugnance à servir sous les ordres d'un prince étranger. Louis ji'avoit néanmoins dans l'armée qu'un vain titre d'honneur accordé seulement à son rang. Un militaire expérimenté devoit le guider et faire le plan de campagne , qu'il traça sans consulter Louis qui s'en plaignit inutilement à François. D'un autrecôté tous les courtisans , jusqu'alors pleins
de respect et de déférence pour Lonis, s'érigèrent en juges de sa conduite, la blâmèrent hautement en faisant un pompeux étalage des sentimens les plus patriotiques, ce qui ne coûte jamais rien quand il ne s'agit que de fronder les actions des autres. On n'eut plus avec le prince qu'un respect glacial , et avec'ceux qui lui ètoient attachés, qu'un ton d'une légèreté qui ressembloît au mépris, et qu'une' réserve presque insultante. Il falloit dé' vorer dans la conversation mille satires indirectes , ou qui paroissoient l'être , les louanges données aux sujets fidèles et à famour de la patrie. Humilié par les remords même , il falloit encore tâcher de cacher la rougeur involontaire que causoient sans cesse l'éloge et l'admiration des vertus héroïques. Louis, blessé jusqu'au fond de l'âme , ne montra c|ue l'insouciance de l'opinion, et un redoublement de