‹ Jeanne de MontfortChapitre 10 sur 19 · TOUJOURS. — JAMAIS · texte numérisé non relu

TOUJOURS. — JAMAIS

dans son âme , et il ne savait auquel donner d'abord issue.

— Oui, mariée, messire, répondit Jeanne avec effort, et par conséquent à jamais séparée de vous.

Étouffant les mouvements de son cœur pour écouter les conseils de la raison , elle avait hâte d'établir ainsi leur devoir réciproque ; mais Caverley ne remanfua point cette précaution.

— Oh ! reprit-il énergiquement, comment cela s'est-il fait, madame? comment cela s'est-il fait?

— Vous me demandez ma justificaiion ? dit la jeune femme; je vais vous la donner, messire , si vous voulez m'entendre avec indulgence.

— Avec indulgence! Ah! oui, car vous êtes coupable de mon malheur, sinon du vôtre...

11^ JEANINE DE MONTFOUT.

— Votre malheur suffit pour me rendre malheureuse, et la fatalité esl plus eoupahle que vous et moi.

— Vous dites la fatalité, Jeanne? Vous ne m'avez donc pas trahi , et vous m'aimez toujours !

— Je vous aimais encore hier, Caverlev, et c'est d'aujourd'hui seulement que je ne vous aime plus.

— Mon Dieu ! mon Dieu ! dit le chevalier avec désespoir.

Parlez donc, madame, parlez ! ajoula t-il en voyant la comtesse détourner la tôte.

— Je vous le répète , sir Hugues , je vous aimais hier encore, à celte heure, et malgré tous mes efforts pour vous oublier.

— Pour m' oublier !

— Ecoutez-moi. Malgré tous mes efforis , dis-jc , je vous aimais conane ail jour de Votre départ de Gand,..

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— Heureux jour ! le dernier de ma vie !

— Jour funesle ! et départ fatal, messire ! origine de tous vos rnau\ et de tous les miens! Pendant les premiers mois de votre absence, j'attendis patiemment votre retour. Bientôt, ne vous voyant pas revenir, j'espérai du moins recevoir de vos nouvelles. Elles n'arrivèrent pas plus que vous-même, hélas! et ma conscience joignit ses reproches à ceux de mon frère..,

— Votre conscience! votre frère !

— N'accusez ni lui ni elle , sir Hugues ! Mon frère avait raison de se plaindre de vous , et ma conscience pouvait me blâmer à tant de titres ! Nous avions trompé Montfort , messire ! nous l'avions trompé , moi , vous et mon frère ; nous nous étions mis trois parjures contre un homme de foi ! La Providence réservait à chacun de nous son châtiment, et ce fut moi qui subis le mien

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la première. N'entendant pas plus parler de vous que si vous n'eussiez point existé , je tremblai d'abord , en effet , que vous ne fussiez mort...

— Plût au ciel !

— Et Dieu m'est témoin que je vous pleurai avec des larmes aussi sincères qu'abondantes.

— Hélas ! c'était à moi de vous pleurer ! Malheureux !

— J'osai même songer à demeurer fidèle à votre mémoire , et, me regardant en quelque sorte comme votre veuve , je priai le comte Louis de redemander ma parole à Montfort... Mais ce fut alors que mon frère me fit entendre les conseils de la sagesse.

— De la folie , madame !

-- De la sagesse , Caverley. Que ce mot ne vous offense point dans ma bouche , car

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je ne manquai pas , comme vous, de traiter cette sagesse de i'olie.

— Eh bien?

— Eti bien , ce ne fut pas la voix du comte Louis qui vous condamna, ce fut la voix de mon propre cœur jaloux et outragé.

— Outragé ! grand Dieu !

— Laissez-moi achever, messire! Nous nous sommes crus mutuellement coupables, nous nous justifierons chacun à notre tour. — Poursuivez , madame; je vous écoute.

— Je vous jugeai donc infidèle , Caverley ! Et, mettez-vous à ma place, n'en avais-je pas le droit ? Onze mois sans me donner signe de vie , quand vous n'aviez qu'un délai d'un an pour reparaître avant mon mariage ! Si la mort vous eût frappé , votre dernière pensée n'eût- elle pas été pour moi , et n'auraisje pas su trop tôt, pour mon malheur, que nous étions à jamais séparés! Mais comment

Il6 JEANNE DE MONTFORT.

m'expliqiier aiilrement votre inexplicable silence, si ce n'était par une infulélité secrète , intéressée à le prolonger jusqu'à l'oubli ! C'est ce que je fis , hélas ! comme vous eussiez fait; et ce fut par vengeance, et non point par raison, que je me laissai amener au comte de Montfort. Oui , je vous l'avoue , sir Hugues , je suis venue ici par vengeance ; mais ce n'est point par ce sentiment là cependant , je dois vous l'avouer aussi, que j'ai donné hier ma main à l'homme à qui je l'avais promise.

— Est-ce donc par amour? s'écria Caverley, effrayé de la gravité imposante que prenait la parole de la comtesse.

— Écoutez-moi jusqu'au bout, continuât-elle avec une fermeté sublime. C'est pour vous dire ce qu'il vous reste à entendre que je vous ai accordé cet entretien suprême. Hier, à pareille heure, je ne connaissais

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