LA FEMME
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ii]iôtoivc îic Mjf annerô.
En voyant se passer à Chartres les premières scènes d'un drame qui doit être breton avant tout, le lecteur a compris, nous l'espérons , que ces scènes étaient un prologue indispensable, et que ce serait seulement en mettant le pied sur le sol de Bretagne, que nous entrerions avec lui dans notre
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véritable sujet. Ce terrain neutre de la ville de Chartres , el ces particularités du mariage de Jean de Montl'orl, nous oiîraienl d'ailleurs une exposition trop naturelle, pour que nous n'en proli tassions pas avec empressement , et l'on verra, en effet, si l'on veut bien nous suivre jusqu'au bout, que tous les événements dont nous avons à faire le récit se trouvent en germe dans ceux qu'on vient de lire; en d'autres termes, que la vie entière de Jeanne de Montforl dérive du mariage de Jeanne de Flandre.
Mais, comme nous ne reprendrons cette vie de Jeanne de Montt'ort que dix ans après ce mariage de Jeanne de Flandre , nous devons au lecteur l'histoire de ces dix années d'intermède, pour achever de h3 mettre au courant (hjs l'aiis, de> iKunmes, (h's choses t't des lieux. (Test ce ([ue nous allons fî\ire le plus brièvement el le plus rapidement
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possible, siiiis craiiidro touUîi'ois d'ennuyer, car ici riiistoirc équivaul au roman.
Ainsi (|uc les bourgeois de Chartres l'avaient remarqué, le duc de Bretagne voulait laisser son héritage à sa nièce Jeanne de Pentliièvre. Outre son aversion naturelle et avouée pour le comte de Monlfort, en sa qualité de demi-frère issu d'un second lit , il le détestait secrètement de toute la haine qu'il avait portée à sa mère, dont il avait essayé de faire casser le mariage avec le duc Arthur II. Il était encore exaspéré contre ce collatéral par les malheurs multipliés de sa propre famille. En peu d'années, en effet , cette famille avait été décimée par la mort , comme si le destin eût résolu , à tout prix , de frayer à Montfort la route du trône. D'abord, les trois femmes de Jean III n'existaient plus, et pas une ne lui avait laissé d'enfant ; ensuite , son premier frère , Pierre
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de Bretagne , était mort également sans postérité ; enfin, son second frère, Guy dePenthièvre , avait suivi les autres, et la fille de co dernier survivait seule à tant de désastres domestiques. On conçoit l'amour du bon duc pour cette enfant , frêle et dernier rejeton de toute sa race ; mais, combiné avec sa haine aveugle contre Jean de Montfort, cet amour excessif reiidil le vieillard injuste. Ses persécutions acharnées contre la inère du comte furent le premier acte de cette injustice; le second fut l'abandon complet de Montfort lui-même, qui n'eut pendant long-tenqjs pour tout bien que la terre et seigneurie de Guérande. La petitesse même de cette position fit d'autant plus sentir à celui-ci qu'il était né pour les grand(?s choses , et ses partisans , com- [>lices de son ambition , lui persuadèrent facilement ([u il devait hériter de Jean 111.
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La question, d'ailleurs, comme on a vu, était fort délicate à résoudre, et en voyant la moitié de la Bretagne pencher pour lui , Montfort devait naturellement trouver son droit incontestahle. Assuré de ce droit et du dévouement de ses amis , il ne dit rien toutefois et laissa agir le vieux duc.
Après avoir hésité long-temps et péniblement sur les moyens de garantir !a succession de sa nièce, Jean IIÎ commença par une ruse digne de sa faiblesse en appelant àNantes quelques partisans secrets et puissants de Montfort , le baron de Spinefort, par exemple. Il leur fît jurer fidélité à son fulur successeur , sans le nommer, leur laissant croire que ce successeur serait le comle ; puis , par un démenti soudain à celte concession tacite , il assembla les États de Bretagne, en l'année i334, et leur fit ratifier d'avance l'article de son testament,
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qui déclarait Jeanne de Penthièvre son héritière. Les mômes États, sur sa proposition, désignèrent, pour époux de Jeanne, le jeune Charles de Blois, neveu du roi de France , dont nous avons déjà indiqué les prétentions, représentées par son frère aîné. Pour un vieillard sans esprit et sans caracrère , cette mesure était assez habilement combinée , et l'arrêt des États ;, qu'il fut juste ou non , eut découragé tout autre homme que Jean de Montfort. Fidèle à son système de silence et d'attente , il se laissa dépouiller sans élever une seule plainte; il assista môme à l'assemblée qui prononçait sa disgrâce , et laissa ses ennemis célébrer leur facile victoire. Jean III en fît solennellement informer le roi de France, par une députation des principaux seigneurs de sa cour, et Philippe VI ne put cacher sa joie ambitieuse, de voir un de ses neveux devenir
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duc de Bretagne. C'était presque le devenir lui-même , en effet , et il se figurait déjà ce beau duché réuni à la France ! Aussi se déclara-t-il toul d'abord le protecteur de Charles de Blois , et lui donna-t-il luenlol pour défenseurs les plus braves gentilshommes de sa cour. 11 le fit Acnir à Paris, et le créa chevalier de sa propre main ; puis il lui forma, pour aller le marier à Jeanne de Penthièvre , un cortège des plus puissants princes de toutes les familles souveraines de l'Europe. Les fêtes de ce mariage, qui fut célébré doublement à Rennes et à Nantes , en 1 338 , surpassèrent , par leur éclat et leur magnificence , tout ce que le luxe et la flatterie avaient inventé jusque là ! De Français qu'il était , le comte de Blois se fit Breton; il adopta sur ses armes les hermines pleines , et remplaça , dan$ la bouche de s es hérauts, le cri de largesse!
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largesse! par celui de Bretagne] Bretagne à toujours! Pour que rien ue manquât au titre du futur duc , il fut convenu qu'il succéderait à celui de sa femme, s'il avait le malheur de la perdre. A ses possessions, déjà fort étendues, on en ajouta d'autres, dont sa famille fit les frais. Jean 111 manda près de lui les seigneurs , les barons , les grands vassaux, les gentilshommes, les chevaliers, les chefs du peuple, les hommes de loi, les membres du clergé de Bretagne, auxquels il n'avait pas encore fait prendre d'engagement,etleur fit jurer entre ses mains de reconnaître Charles de Blois, à sa mort, et de lui faire serment et hommage comme à luimême. Rien ne fut oublié enfin pour assurer l'élévation de Jeanne de Penthièvre et la déchéance de Jean de Montfort, si ce n'est qu'on avait compté , pour l'une et pour l'autre , sans Jean de Montfort lui-même , et que le