‹ Jeanne de MontfortChapitre 14 sur 19 · ÎIISTOÏRE DE DIX ANNI^ES · texte numérisé non relu

ÎIISTOÏRE DE DIX ANNI^ES

sceau de Dieu manquait à la charte où étaient consignés tous ces projets téméraires.

— Jeanne , dit le comité à sa femme en revenant de Rennes , mon frère vient de m enlever mon héritage légitime, à la face de toute la France ; mais je jure Dieu que, le lendemain de sa mort, j'irai reprendre mon bien sur la pierre de son tombeau , et que les escarboucles de la couronne de Bretagne ne reluiront jamais que sur mon front et sur le tien. Dis-moi donc si tu te sens au cœur assez do courage pour m'aider à te faire duchesse !

Pour toute réponse, disent les chroniqueurs , Jeanne sauta au cou de son mari , en femme digne de le comprendre, et elle remhjxissa bravement et a graïuV chère ; ^près quoi tous deux attendirent les événements.

l4G JEAÎNNE DE MOMFORT.

Jean III mourut le 3o avril i34i; el la paix de l'Europe descendit avec lui dans son tombeau. A peine Charles de Blois et Jeanne de Penthièvre avaient-ils rendu les derniers honneurs à leur oncle , en l'église de Ploërmel , que le comte de Montfort , grandissant de toute la hauteur de son projet, se déclara duc de Bretagne et se présenta à Nantes. Devant cette héroïque et noble figure , qui sortait ainsi de l'ombre avec une soudaineté prestigieuse, les Nantais furent pris d'un enthousiasme impossible à décrire, et reçurent leur nouveau duc en triomphateur. Uft tel succès , à son premier pas , sembla décider la destinée de Montfort. Instruit que Jean IIÏ avait déposé le trésor de l'État à Limoges , dont le vicomte faisait partie de ses possessions , il courut à cette ville, où il fut accueilli comme à Nantes, et se fit remettre les sommes considérables qui reposaient

insrOIUE DE DIX ANNÉES. l/|7

dans les tours. Partout où il passa ainsi , sa vue GKerra la même influence sur les habitants , et sa cause était devenue populaire dans toute la Bretagne, avant même qu'il eût réuni une armée pour la défendre. Les seigneurs seuls , engagés par leur serment à Jean III , ou retenus par la crainte du roi de France, hésitaient à se déclarer en faveur du comte, oualtendaientune occasion de se décider pour son rival. Malheureusement pour celui-ci, il ne leur offrait point cette occasion , et frappé de la même stupeur que toTfs ses partisans, il restait dans une inaction extraordinaire. Philippe de Valois luimême , surpris et inquiet , ne savait quel parti prendre , et la France et la Bretagne se tenaient dans une immobilité silencieuse, suivant d'un œil ravi ou effrayé le jeune conquérant qui venait de leur apparaître , et se demandant l'une à l'autre où il s'arr€-

l/fi JEANNE DE MONTFORT.

terait, sans songer seulement à ralentir sa course.

Montfort profita de celte indécision pour s'emparer de toutes les places fortes de la Bretagne. Il enleva lavilleetcliâtellenie de Brest au brave gouverneur Garni er de dis son ; de Brest , il dirigea sur Rennes son armée, grossie à chaque pas, et entra, après un sanglant assaut, dans cettecapitale de son duché. Hennebond, Vannes, Auray, la Joyeuse- Garde, Carhaix, Guérande et le Guildo suivirent l'exemple de Brest et de Rennes ; et ce fut dans cette dernière forteresse, au bord de la mer, que le comte remit son épée victorieuse au fourreau, et qu'il réfléchit sur son étrange destinée.

Jusque là tout lui avait réussi à merveille, et par le fait comme par le droit, il était duc de Bretagne. Mais cette fortune

étonnante serait-elle aussi durable que ra-

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