‹ Jeanne et JeannetonChapitre 26 sur 55 · ACTE I, SCENE X, 4S · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE X, 4S

GALDCHET.

Le rendre, dites-vous ?... le rendre ?

LA MARQUISE

Oui... Votre fortune est entre vos mains... Parlez, que voulez- vous?

GALUCUET.

Ce que je veux?... les garder toutes deux.

LA MARQUISE

Jamais ! jamais î ne l'espérez pas. . . et il faudra bien que vous déclariez...

GALUCHET

Je déclare que nul pouvoir au monde ne me les arrachera. Est-ce que je ne les ai pas sauvées et élevées toutes deux?... est-ce que toutes les deux, demandezleur . ne m'aiment pas comme leur père ?... est-ce que je peux maintenant les séparer dans mon affection ? Vous voyez bien , madame , que je n'ai rien à vous donner , rien à vous rendre... tout est à moi.

LA MARQUISE

Un mot seulement, M. Galuchet. Tout le monde dit que vous êles un honnête homme.

GALUCHET

Le beau mérite !... Qui est-ce qui n'est pas un honnête homme ?... il n'y a que les fripons qui ne le soient pas.

LA MARQUISE, lui prenant (a main.

Eh bien ! vous qui ne voudriez faire de lort à personne , vous ne craignez pas de ravir à une famille son bien le plus précieux , son unique héritière?

Qu'est-ce que vous me dites là ?

46 JEAÎSNE ET JEANiNETON.

LA MARQUISE

Ce n'est rien encore...

Air : De la Femme mariée.

Votre tendresse est vive, elle est sincère,

Vous donne-t-elle cependant Le droit cruel que vous voulez vous faire, De prononcer, d'ôler à cet enfant

Son nom, sa fortune et son rang?

Serait-ce là, je vous prends pour arbitre ,

D'un père le devoir?... Oh î non.

Et ce serait abuser d'un beau litre,

Pour une mauvaise action.

G A LUC H ET

Madame !

LA MARQUISE

C'est contre mon gré que j'aurais recours à d'autres juges qu'à vous-même... Réfléchissez!... rappelezvous !... El quelques incertains... quelques faibles que soient vos souvenirs... nous nous en rapporterons à vous... à votre déclaration ! J'attends votre réponse... Adieu ! adieu !...

Elle le salue et sort.

SCLNE XI.

GALUCHET, scif^.

La nuit vient pou û peu. — L'obscuiilé est complète à la fia de la scène.

Ma réponse , ma réponse... sera toujours la même... Je garde mes enfans... Moi décider... moi choisir entre elles... moi dire à l'une : Va être grande dame ! val'en !... Et si celle-là est la mienne... c'est donc moi qui l'aurai chassée !. . Ma pauvre Jeanne... ma pauvre Jeannelon !... Plus j'y pense.. Oh! oui, je les aime

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également , et celle que je donnerais serait tout de suiie celle que j'aimerais le mieux... Car, Jeanne... Jeanne... c'est tout le portrait de ma femme... EtJeanneton... c'est le mien... c'est mon caractère et mes idées... de la léle et du cœur... Et je pourrais... Allons donc ! Qu'elle dise ce qu'elle voudra , celle vieille marquise... avec sa noblesse ancienne et sa lendresse arriérée... je la défie bien de savoir ce que je ne sais pas moi-même... Car, après loul , nulle preuve... nu' indice... aucun moyen de découvrir laquelle des deux est à elle... Donc loules deux sont à moi... c'est clair comme le jour... et je suis bien bon de m'inquiéter... Ne leur disons rien de cela , à ces chères enfans... Ne pensons qu'à leur bonheur et à leur plaisir... Demain à Saini-Cloud... celle fêle dont elles se font tant de joie...

SCEI^E XII.

G.VLUCilET, JEA.NNK, sortant delà porte à gauche.

JEANNE

Voici l'heure... Il doit m'allendre... Dieu 1 quelqu'un est ici !... C'est mon père!

GA LUC H ET, réfléchissant.

D'ailleurs , et quand même j'y consentirais... est-ce qu'elles le voudraient... est-ce qu'elles poarraienl se résoudre à me quitter. .. C'est impossible !

JEANNE, écoulant au fond du théâtre.

Q\ie dit-il ? GALUHCET, prenant une petite table où sont ses outils. Noire jtie... notre bonheur à nous... c'est d'être ensemble... toujours ensemble !... {S'asseyant devant la

table.) Aussi, demain , quand je les aurai sous le bras , je veux qu'elles soient pimpantes et parées .. elles le seront! Allons, à l'ouvrage !. . Elles doivent dormir maintenant... El en travaillant comme ça pendant leur sommeil...

JEANNE, s éloignant delà porte du fond. 0 ciel !

GALUCHKT.

Air de Lantara.

Par là j'ajoute à ma journée, Ce que je puis dérober à ma nuit, Et c'est une heure fortunée, Que celle où j"veille ainsi sans bruit, (bis ) En ce moment, voire image chérie, 0 mes enfans! vient encor me charmer, El le travail, qui double ainsi ma vie, Double le temps où je peux vous aimer.

j EANNE, à part, avec attendrissement et se rapprochant du fanfeuil où est assis son père.

Mon bon père !

GALUCHET prend un briquet et allume une ehandelle, en parlant.

Le docteur dit que ça abrège les jours... Qu'importe!... si c'est moi qui les quille... et si mes lilles ne me quittent jamais...

JEANNE , poussant un cri et tombant à genoux au

milieu du Iheàlre.

Ah!

GALUCHLT, Stupéfait.

Jeanne ici !... à celte heure... Et ce trouble , ces larmes... {.4 part.) Est ce qu'elle aurait entendu la vieille marquise?... {liant et la relevant ) Qu'as-tu , mon enfant ?... que me demandes-tu ?

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