‹ Jehan Perréal, Clément Trie et Édouard GrandChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

publications; travaux de voirie;

pont de la guillotière; fonctions des voyers

au xvi^ siècle; le premier voyerç, clément trie^

collaborateur de perréal.

Perréal fut occupé de travaux fort divers, et quelquefois assez humbles, à la cour de France.

En I yoj', le 3 juin, il reconnut, en sa qualité de garde de la vaisselle, l'inventaire des objets de cette nature que le roi et la reine lui avaient confiés (i i6).

(ii6) Renaissance des arîs à la cour de France, tome I, supp!., p. 748, « Inventoire de la vaifTelle d'or qui a eflé baillée &. mife entre les mains de Jehan de Paris, varlet de chambre du Roy & de la Royne, par l'ordonnance desdits Seigneur & Dame. Laquelle a eflé pefée es préfences de melTeigneurs les chancelier de Bretaigne, évefque de Nantes, les generaulx d'oultre Seine, de Languedoc & de nos conterolleurs cy delToubz fignez & laquelle a eflé mife & efl de préfent au cabinet du dit feigneur au chafleau de Blois.

« Premièrement la vailTelle fête par Arnoul de Viviers orfèvre de la Royne (suit une série d'articles, puis) : autre vaifTelle faide par Henry, orfèvre du Roy. (Une nouvelle série d'articles qui se termine ainsi"! : Je Jehan de Paris, paindre & varlet de chambre du Roy &. de la Royne, confelTe avoir eu & receu de maiflre Raoul Hérault, tréforier général des finances de la dite Dame, les pièces de vaiffelle d'or cy defîus fpécifiées & déclarées pefantes enfemble fix cent cinquante deux marcs, fix onces, fix gros, enfemble le petit navire. Lefquelles pièces la dide dame m'a

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A la mort d'Anne de Bretagne, en if 14, il fut chargé des représentations usitées en ces circonstances. Dans la commémoracion et la complainéîe publiées sur cette mort par le héraut d'armes « Bretaigne », il est cité deux fois : d'abord, comme l'un de ceux qui, à Blois, assistèrent à la mise au cercueil du corps de la reine, et ensuite « pour avoir befoigné à la faindle 6c « remambrance faide près du Vif après la face de la Reine » , qui à Paris fut portée sur un drap d'or par les quatre présidents de la Cour (117).

Les manuscrits de cette commémoracion contiennent une dizaine de miniatures représentant le corps delà reine exposé sur son lit dans la salle d'honneur du château de Blois, sa mise au cercueil, le lit posé dans la salle de deuil de l'église Saint-Laurent, le corps de la reine porté à Notre-Dame par les quatre présidents, le cœur d'or émaillé contenant son cœur, etc., lesquelles Renouvier suppose être des réductions faites à la grosse sur les patrons exécutés par Perréal.

Au second mariage de Louis XII (g octobre iyi4), il eut la direction des couturiers chargés d'accoutrer à la mode de France la nouvelle reine Marie d'Angleterre.

Rymer nous a conservé dans sa collection deux lettres de Louis XII qui montrent le bon roi beaucoup plus pressé que de

lai6l bailler & meélre en mes mains. En tefmoing, de ce que j'ay figné ce préfent inventoire de mon feing manuel cy mis, le tiers jour de juing l'an mil cinq cens & cinq. Jehan de Paris. »

(117) « Commémoracion & adveitijfement de la mort de très crejîienne, très haulte, très puijjlmte & très excellente princefe, ma très redoublée Dame, ma Dame Anne, deux foys Royne de France, duchejje de Bretaigne, comtejfe de Montfort, de Richemont, d'EJîampe, etc. Enfeignement de fa progéniture & complainte que fait Bretaigne, fan premier hérault & l'un de fes rois d'armes, etc. »

La Bibliothèque nationale, dit M. de la Saussaye dans le Château de Blois, possède, à elle seule, onze des copies de la relation des funérailles d'Anne de Bretagne, récit très-circonstancié et orné de très-belles miniatures qui furent offertes par le roi aux principaux personnages de la Cour. La plus belle de ces copies, le n° 9309 du catalogue, est dédiée à Louise de Savoie.

raison de voir sa nouvelle épouse; j'y renvoie, n'en extrayant que deux passages. La première lettre, écrite d'Etampes, le 2 septembre Ifi4, presse monsieur diork (c'est le cardinal Wolsey) de hâter le départ de la princesse : «Vous priant en outre tenir main à ce que ma femme parte de là le plutôt que faire fe pourra, car il n'y a chofe en ce monde que tant je délire que de la veoir & me trouver avecques elle. » Dans l'autre lettre, datée de Paris, le roi remercie «monfieur d'Iorck, fon bon ami, de fa bonne volonté à l'entretenement de la paix )j ; puis il écrit : « Et quant à ce que m'efcripvez de la traduction & venue par deçà de la royne, ma femme, je vous mercye de la payne que vous prenez pour l'appareil des chofes qui font requifes 6c néceflaires pour fa dide venue 6c de l'extrême diligence que vous y avez faidl 6c faides, ainfi que le feigneur de Marigny 6c Jehan de Paris m'ont efcript, vous priant continuer 6c l'abréger le plus que vous pourrez, car le plus grand défir que j'aye pour l'eure préfente eft de la veoir deçà la mer 6c me trouver avec elle. Et quant à ce qu'avez retenu avecque vous le dit feigneur de Marigny 6c Jehan de Paris, pour aider à drelTer le dit appareil à la mode de France, vous m'avez fait plaifir en ce faifant, 6c préfentement leur efcript que non feulement ils vous obéiiTent en cela, mais en toutes autres chofes que vous leur commanderez 6c tout ainfi qu'ils feroyes en ma propre perfonne. » Le mariage fe fit à Abbeville(ii8).

Louis XII mourut le i^*" janvier 15'if (N. S.); un document officiel du plus grand intérêt, qui existe aux archives nationales (119), sous le titre de : Obsèques & funérailles de feu le roy Loys douiième, qui décéda le premier jour de Janvier

(i 18) Renaissance des arts d la cour de France, par de Laborde, tome I, pp. j88 et 189.

(119) Cote KK 89, parchemin ; publié par A. Jal, dans son Dictionnaire crititique^ etc., article : Funérailles de Louis XII.

Fan mil cinq cens quarorie , va nous fournir quelques détails sur un côté du talent de notre artiste. Ce compte des dépenses faites pour les funérailles par M^ Morteleur de Mufeau, argentier de François I^% ne néglige rien (folio 47) : Pendant que rembaumement et l'installation dans la salle basse de rhôtel des Tournelles furent faites « Jehan Perréal, dit de Paris ou (du) vivant du feu Roy Louis naguère décédé^ que Dieuabfolve, fon valet de chambre ôcpaintre », exécuta une image du défunt qui, de l'atelier où elle avait été faite, fut transportée d'abord à la salle basse des Tournelles, puis figura au convoi, des Tournelles à Notre-Dame et de là à Saint- Denis, ce A lui (Jean de Paris) la fomme de 40 livres tournois, pour avoir faidl à grant diligence de jour & de nuydl:, à caufe que l'on hafloit fort l'œuvre, le vifage dudit feu Roy après du vif & une perruque félon la fienne, dont il avoit payé quatre livres tournois; faicft le corps, bras & jambes pour remuer ainfi qu'il falloit » (il était articulé); «pour avoir fourni & payé les defpens de tailleurs & ouvriers, bois & engins, pour le tenir ferme, & pour le porter de nuydl: aux Tournelles, du lieu 011 il avait efté ainfi faidl, pour le veftir d'habits royaux, fournir les gants 6c de coulleurs, & l'accouftrer ôc garnir fur les lieux & fournir de clous, cordes & autres chofes néceifaires. »

Ce mannequin, auquel le peintre donne le visage et la perruque du Roi, et qu'il articule pour le pouvoir revêtir plus aisément des habits royaux, Perréal le recouvre d'une tunique qu'il a ornée au préalable de « fix aulnes & demie de franges de fin or de Florence bien riche (folio 3 y, verfo) ; » il cache ses pieds de bois dans des « chauffes appellées fandalles » que le brodeur a couvertes d'abord de quarante fleurs de lis (folio 41, verso); il met dans l'une des mains de ce simulacre royal « un grant ceptre de fix pieds de long » couvert ce d'or fin & bruny » ; et, dans l'autre, une main de justice

aussi dorée et brunie (folio 49 verso). Quand cette « faindle ôc flatue dudit Seigneur» est bien devenue la figure et apparence de Louis XII^, Perréal la fait dresser sur un piédestal, élevé en avant de l'estrade qui porte le cercueil, et sous un « ciel de foie noire fi-angé de foie noire de deux pieds de long » (folio 34 verso). C'est là que restera cette représentation du noble défunt, présentée aux regrets et à l'admiration du peuple qui doit assiéger en foule la porte de la salle 011 sera pendant dix jours le corps du Roi.

Perréal a d'autres soins; il fait tendre les chœurs de Notre- Dame et de Saint-Denis de bougran bleu, sur lesquels il a c( eftoffé 6c femé de grandes fleurs de lis d'or gros, de batture en grand nombre & à grande diligence, vu l'opportunité du temps, tellement que pour ce faire il a eu continuellement par trois jours trente ouvriers qui gagnoient 20 fols tournois par jour» (folio p).

Ce qui fut furtout œuvre de peintre & d'artifte, ce sont les bannières avec leurs devises et leurs images coloriées, portées par divers gentilshommes.

Il « pourtraidl fur un grand eflendart de taffetas jaulne & rouge, de cinq aulnes de long, & plus ung faincfl Michel tout enrichi de fin or & argent, <5c ung grand foleil, les rayons & eflincelles duquel rempliflent ledit eftendart, avec ung Porc- Épic d'argent couronné d'or & une rofe au bout. » L'étendard reçut de ces figures des deux côtés (folio 48). Après cette enseigne, il fit : « ung aultre eftendart fur lequel il » peignit « ung fainél Michel, ung Soleil, un Porc-Epic & un Houlx. » Cet étendard fut porté par le grand sénéchal de Normandie, à la tête des gentilshommes de l'hôtel du feu Roi (folio 48). Un guidon « des mefme taffetas rouge & jaulne, de quatre aulnes de long, ayant ung fainél Michel, ung Soleil 5c ung Porc-Epic, le tout de fin or & argent à deux coftés, » figura aussi, et Perréal reçut pour ces trois pièces, selon le marché

passé avec les commissaires des obsèques la somme de lyi livres 10 sous tournois.

Ce n'est pas encore tout : 206 grand écussons aux armes du Roi, avec l'ordre, la couronne et le timbre, furent établis par ses soins, et le payeur de Targenterie lui compta 1,270 livres tournois, pour ^,^S6 grands écussons, aussi aux armes du Roi, peints sur «grant papier Lombart » (folio 47).

Ce furent quatre hommes sous les ordres de Perréal qui, le mercredi 10 janvier ifif, lendemain des funérailles, firent le transport du cercueil, de la litière sur le chariot d'armures. Ces hommes suivirent la litière de Notre-Dame à Saint-Lazare et de là à Saint-Denis.

On peut prendre quelque idée des costumes et des peintures que Perréal composa dans ces circonstances, sur les planches qui accompagnent les livrets des entrées de Marie d'Angleterre & de YObfèque du feu T{pv Loys dou-ieme.

« Dans une Epitre consolatoire sur la mort de Louis XII, adressée à Marie d'Angleterre par le révérend docteur Moncetto de Castillione, imprimée par Henri Estienne (ip)'), dit Renouvier, se trouve un portrait de la reine qui sort de la routine des bois d'imprimeur. Le peintre qui avait fait l'original s'était inspiré de ces portraits de Milanaises que Ton trouve gravés dans l'école de Léonard de Vinci. La tête, bien que dessinée avec trop de sécheresse et une pratique bien éloignée du naturel, n'est pas sans agrément; les lisses de la chevelure relevés de passesillons, la coiffe et le chaperon jetés en arrière et arrondis en diadème de passementerie et de joyaux, le buste décolleté jusqu'à la moitié du sein, orné d'un collier : n'est-ce point la mode que Perréal était allé donner aux couturiers de la Reine (120)?»

(120) Voir le dessin de cette tête donné par Duplessis; frontispice de Jehan de Paris. Paris, 1861, chez Aubry.

LflTRES GRAVÉES SUR UN DESSIN DE HERRÉAL

« En voyant ce portrait dans un livre d'Henri Estiennc, je me suis demandé », poursuit Renouvier^ « si cet imprimeur, le chef de l'illustre famille des Estienne, qui se qualifie de trèshabile dans l'art chalcographique, n'employa pas d'autres livres des planches dont le dessin viendrait de la même^source, et j'en ai trouvé quelques-unes qui se rapprochent de celles des Heures , et d'autres qui méritent d'être remarquées. Ce sont des titres à encadrements, qui ne sont pas sans analogie avec ce qui précède. Des entrelacements, des méandres compliqués de couronnes et de fleurons, où jouent des enfants et des anges et que surmontent l'écu de l'Université, des portiques historiés, des figures du Pape et de l'Empereur, dessinées avec sûreté et gravées d'une taille très-sobre, ressortant sur un fond criblé. Ces titres sont nouveaux dans l'imprimerie française <5c imités de ceux des livres de Milan et de Venise; la composition en est encore assez distinguée pour faire supposer la main d'un maître. »

Quand Geoffroy Tory composa son Champfleury, parmi ses lettres à imitation du corps humain, il plaça un 1 et un K, avec des jambages figurés par un homme les bras et les jambes écartés, dont le dessin lui avait été donné par Perréal.

ce Figure que j'ay faide, w dit Tory, « après celle que ung mien feigneur & bon amy Jehan Perréal, autrement dit Jehan de Paris, varlet de chambre & excellent peintre des rois Charles huitième, Louis douxième 6c François premier, m'a communiquée & baillée moult bien pourtraicfle de fa main. »

Auguste Bernard (i2i) va plus loin; il attribue à Perréal presque tous les dessins de Tory dont il aurait été le maître^ des planches de Henry de Vostre et les T h èm es de Geoffroy Tory, de 1^29. Renouvier ne semble pas partager cette opi-

(121) Gé-q^roy Tory, par Bernard, 1857, pages ir, 20,3461114-139.

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nion^ parce que, dit-il, le dessin est d'une façon différente de ceux dont il a parlé.

Selon quelques amateurs, les figures du Térence de Treschsel (1483), l'un des plus remarquables produits de l'art français, sont dues à Perréal. Nous n'osons rien affirmer à cet égard, et nous bornons à citer les diverses conjectures.

On attribue à Perréal le tableau du musée de Cluny connu sous le nom de zMesse de saint Grégoire (122), tryptique avec trois donateurs sous la protection de saint Jean-Baptiste et trois donatrices sous la protection de sainte Geneviève. Dans le fond, derrière un retable de bois sculpté et doré, sont figurés les instruments de la Passion. Cette peinture, avec des types ronds et vulgaires, des tons peu harmonieux, des édifices italianisés, des murs de brique et des toits d'ardoise très-inclinés, appartient en effet à l'Ecole française de la fin du XV^ siècle.

On peut trouver encore un échantillon de la nature du talent de Perréal, comme dessinateur, dans les illustrations qui accompagnent les pubHcations de Jehan Lemaire. Ainsi que le fait remarquer Renouvier (123), l'auteur ne faitallusion à ces figures, si ce n'est pour dire qu'elles sont bien nécessaires à son propos; mais on peut bien soupçonner que le « fingulier patron ôc protecteur fon chier ami, le bon ami du Roi & notre fécond Zeuxis en paindure, » n'y fut pas tout à fait étranger.

Les Illustrations de Gaule et Singularités de Troyes (124) sont précédées par un frontispice où se voient les armes de « Jean le Maire de Belges, » accompagnées de divers emblèmes et légendes, avec la devise : De peu, asseï; ce dessin, quoique

(132) Catalogue du Musée de Cluny, n* 730. (i2j) Jehan de Paris, Lyon, Paris, page 18. (1861).

(124) Lyon, Estienne Baland, 1511, pour le premier livre; Paris, Geoffroy Marnef, i$i2, pour le deuxième et le troisième.

1^7 très-ferme de trait, n'a rien d'exceptionnel. Après la table se voient les armes de Marguerite d'Autriche, avec sa devise : Fortune : Infortune : Fortune : deux lacs, des palmes et des marguerites. Les lacs ont quelque ressemblance avec ceux exécutés dans l'église de Brou; le dessin est ferme et correct. Suit une dédicace à Marguerite et le premier livre. Le deuxième livre est précédé d'un frontispice semblable au premier, mais réduit un peu ; à son verso se trouvent les armoiries d'Anne de Bretagne, se composant de deux écus accolés de France et de Bretagne parti avec France, au-dessus d'un pré où broutent des porcs-épics et des hermines (et non des vaches, comme le dit Renouvier), avec la devise : Vlvite felices^ dans un phylactère; après une introduction et une estampe représentant dans une barque Noé-Janus, ou saint Pierre, et Titea sa femme, réparateurs du genre humain. Ces figures sont nimbées et d'une gravure assez raide.

Au verso, Hercule, premier roi des Gaules, Galatée sa femme et Araxa, reine de Scythie, en sirène : les détails de cette estampe sont très-crûment exprimés.

Faisons remarquer que ce volume, imprimé en lettres gothiques, est remarquable par des capitales d'une ornementation soignée ; le second et le troisième livre sont imprimés à Paris par Geoffroy Marnef.

Diverses pièces, inutiles à détailler, furent publiées par Le Maire chez Marnef, et les mêmes armoiries y figurent de nouveau, soit réduites, soit augmentées. C'est dans l'épître ce du Roy à Hector de Troye » que se trouve un morceau capital. Il représente Anne de Bretagne sur un trône, habillée à l'antique en Junon, à l'angle d'une enceinte fermée par une balustrade dont le sol est jonché de fleurs 5 à droite de Reine est la figure de la puissance, et à gauche un amour lui présente un livre. Sur le devant, s'ébattent trois demoiselles avec un lévrier, et on voit un paon et deux tiges de fleurs de

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lis naturelles; dans les nuages du fond est le Mercure gaulois. ^\

Cette composition est empreinte dans ses détails et son ensemble du goût de la Renaissance, et s'éloigne en cela du caractère des dessins précédents.

A la fin de la Légende des Vénitiens se trouve la péroraison de Lemaire ; voici ce qu'il dit de Perréal : « Mais voflre bon amy 6c mon fingulier patron & bienfailteur noftre fécond Zeufis ou Appelles en paindure, maiflre Jehan Perréal de Paris, paindre 6c varlet de chambre ordinaire du Roy, la louenge eft perpétuelle 6c non terminable, car de fa main mercurielle il a fatisfaid par grande induftrie à la curiofité de fon office 6c à la recréation des yeulx de la très chrétienne Majeflé, en peignant 6c repréfentant à la propre exiftence, tant artificiale comme naturelle, dont il furpaffe aujourd'huy tous les Citramontains. Les citez, villes, chateaulx de la conquefl:e6c l'alTiette d'iceulx, la volubilité des fleuves, l'inégalitez des montaignes, la planure du territoire, l'ordre 6c défordre de la bataille, l'orrheur des gizans en occifion fanguinolente, la miférableté de mutilez nageans entre mort 6c vie, l'effroy des fuyans, l'ardeur 6c impétueufité des vainqueurs 6c l'exaltation 6c hylarité des triomphans. Et fe les imaiges 6c painctures font muettes il les fera parler, ou par la fienne propre langue bien exprimante 6c fuaviloquente. Parquoy à fon prochain retour, Monf*" envoyât fes belles œuvres on efcouiat la vive voix ferons accroire à nous mêmes avoir été préfent à tout(i25').»

{125) u En rapprochant celte description des tableaux et des dessins de Jehan de Paris, de Laborde a pensé qu'ils avaient été sans doute utilisés par les sculpteurs du tombeau de Louis Xll {Renaissance des arîs^ tome Ij page j86). On sait, en effet, que Jehan Juste, en exécutant ce monument, avait placé au soubassement des bas-reliefs représentant l'entrée de Louis XII à Milan, le passage des montagnes de Gênes et la bataille d'Agnadel. On sait aussi que ces sculptures étaient traitées à la façon des peintres, avec des plans successifs, des fonds, des ciels et des paysages. Nous avons indiqué, d'un autre côté, les livres d'histoii-e et les nou-

Lemaire finit en disant que messire Symphorien Champier dans la même campagne avait tiré Perréal « des mafchoires de la mort ens quelles il s'eftoit engoufré par trop grand labeur, abflinence & vigilance par quoy ledidl meflire

Symphorien a mérité la couronne civique, quia clvem ferravit (126). »

Nous avons d'autres témoignages de Topinion des contemporains sur notre artiste, et bien qu'ils soient, comme le précédent, très-exagérés, leurrépétion affirme la confidération dontil jouissait, Henri Corneille Agrippa de Nettesheim (127),

velles où se trouvent des planches de batailles et de sièges, qui, dans leurs petites proportions, se rapportent à peu près aux descriptions de l'auteur. Il ne nous manque qu'un fil pour en faire une attribution plus précise [Jehan de Paris, par Renouvier, page 21).

(126) Voir des passages très-élogieux sur Perréal, dans le Temple d'honneur et de vertus, etc., Paris (sans date), et dans la Complainte sur le Trépas de Louis de Luxembourg, prince d'Altemore, 1503, par le même Jelian Lemaire.

(127) Henrici Cornelii Agrippœ ah Nettesheyni Armatœ Militiœ equitis, aurati, et Juris utriusque ac Medicinœ Doctoris, opéra. Pars posterior. Epistclarum. Liber I, Epist. XVII, page 697.

Henri Corneille Agrippa, né à Cologne le 14 septembre i486, serait mort, suivant le Dictionnaire historique du Dauphiné, par Guy AUard, à Grenoble, en 1534, dans la maison de François de Vachon, président au Parlement de Dauphiné, et il aurait été inhumé dans l'église des Frères Prêcheurs de cette ville. Cette église ayant été détruite en 1 5 62 par les Protestants, son emplacement fut transforme en une cour, et une petite pierre carrée indiquait, du temps de Guy Allard, le lieu de la sépulture de l'ami de Perréal. Dans sa description de la ville de Grenoble, le même historien parle d'un Henri Corneille Agrippa, qui serait mort en i';84 à Grenoble, dans la maison de François Vachon de la Roche, président au Parlement, et qui aurait été historiographe et chancelier de l'empereur Charles-Quint ; il aurait été enseveli dans l'église des Frères Prêcheurs de cette ville. Ces derniers renseignements seraient relatés, suivant l'historien dauphinois, dans une requête présentée au Parlement par un Henri Corneille Agrippa, U 1° du nom, pour sa noblesse. Nous serions tenté de penser que Guy Allard a commis une erreur en croyant à l'existence d'un Henri Corneille Agrippa, 111° du nom, d'autant plus que l'historiographe et chancelier de Charles-Quint a été l'ami de Perréal et le protégé de Marguerite d'Autriche et non son fils.

C'est probablement ce dernier qui était l'auteur de la requête dont parle Guy Allard, et ses démarches judiciaires pour faire reconnaître sa noblesse nous donnent

depuis archiviste de Marguerite d'Autriche et qui prononça Toraison funèbre de cette princesse, écrivait de Dole en i yoç à un de ses amis du nom de Landulphe :

c( Je savais depuis longtemps, mon respectable ami, jusqu'où va pour moi votre amitié : mais, à présent, grâce aux lettres que vous écrivit de Lyon cet homme remarquable, Jehan Perréal, valet de chambre royal, lettres que vous avez bien voulu me communiquer, je dois reconnaître l'intérêt que vous prenez à ma réputation; vous avez dépassé ce que je pouvais désirer, en mettant en français et en répandant à

l'explication d'une sorte d'enquête faite à sa diligence par-devant M* Benoît Dutroncy, notaire royal à Lyon, le $ octobre 1^60. Le peu de documents authentiques, connus sur cette famille, donnent quelque intérêt à ce procès-verbal.

11 en résulte qu'Henri Corneille Agrippa, 11" du nom, a, tant dans son intérêt personnel que dans celui de son frère Jehan Corneille Agrippa, fait procéder par la voie de la commune renommée à la constatation de sa filiation légitime. Le requérant y prend la qualité de fils naturel et légitime de feu noble homme M" Henri Corneille Agrippa, en son vivant docteur ez droicts, natif de la ville de Coloxgne en Allemagne et habitant Lyon. Le premier témoin est une dame Ginette Chicquam, veuve de M. Benoît Joyet, notaire royal, âgée de soixante ans. Elle a fréquenté M" Henri Corneille Agrippa et demoiselle Jane Loyse (Tyrstie), sa femme, et elle affirme qu'ils engendrèrent deux enfants mâles à Lyon. L'aîné fut nommé par Henri le sénéchal de Lyon, son parrain (Henri Bohier) ; sa marraine fut la dame Claude Dumas, propriétaire du logis du Chariot-d'Or ; le second enfant fut nommé Jehan, par feu reverendissime Jehan, cardinal de Lorraine, ou par un gentilhomme qui, en son lieu et place, le tint sur les fonts sacrés du baptême. Le témoin avait assisté aux deux cérémonies religieuses.

Jane de Joye, femme de Jehan Mossy, presseur de draps, en sa qualité d'ancienne servante de chambre de la dame Loyse, avant et après la nativité des deux enfants, fait une déposition conforme à la première. Laurens Limbat, tailleur d'habillements de femme (encore une prétendue innovation du XIX' siècle et qui est plus vieille que lui), âgé de cinquante-cinq ans, déclare avoir fréquenté Henri Corneille Agrippa et demoiselle Jane, sa femme, comme tailleur d'habillements de ladite Jane, laquelle, il le sait très-bien, avait fait deux gessures d'enfants mâles, puisqu'à la relevée de chacune gessure il lui a fait des habillements, ainsi qu'il le ferait assavoir, si besoin était, par son papier de compte. Dame Ennemonde Dareze, femme d'honnête homme Claude Planche, marchand teinturier de filets, âgée de cinquante ans, a connu les époux quand ils habitaient la maison de feue dame Isabeau Vincent, sa mère. Elle sait que la dame Jane Loyse a eu deux enfants

Lyon, et surtout parmi les personnages dont je puis espérer une critique éclairée, l'allocution que j'ai prononcée. Autant que j'en puis juger, soit par la correspondance de ce magnifique officier du roi, que par le témoignage que vous lui rendez aussi, c'est un homme duquel nous avons plus à apprendre que nous n'aurions à lui enseigner. :»

Il est vrai que Rabelais fait, dans son Enfer, de « Jan de Paris, un greiïeur de bottes » , en même temps que de " Godefroy de BoUon, un dominotier » et, du pape Jules, un « crieur de petits patez (128)! »

mâles, et elle la vit souvent pendant que celle-ci était en couches desdits enfants à la maison de la Roche. Dame Claude Remye, femme de M" Jehan Bruyères l'aîné, procureur es cours de Lyon, âgée de cinquante-neuf ans, a connu parfaitement les deux époux. Elle sait qu'ils ont eu à Lyon deux enfants mâles, le premier nommé Henri et le puiné Jehan ; elle fut même la marraine de ce dernier.

Si Henri Corneille Agrippa, 1" du nom, qui n'était pas le premier venu, et auquel sa religion ne créait aucune difficulté pour la constatation de la naissance de ses enfants, avait négligé de leur laisser un titre établissant leur filiation légitime, il fallait donc qu'à cette époque (première moitié du XVI" siècle) on ne tînt nulle mention ofificielle de l'état civil des personnes. Nous savons, en effet, que c'est l'Ordonnance sur lefaict de la justice, datée de Villers-Coterets, au mois d'août 1^39, qui, la première, a exigé la tenue de registres en forme de preuves des baptêmes. (Note communiquée par M. Brouchoud, avocat.) Nous devons également à son obligeance la communication d'une étude biographique insérée sous ce titre : Cornélius Agrippa che-{ les Suisses, par M. Alexandre Daguet, dans le 5* cahier des Archives et Mémoires de la Société d'Histoire du canton de Fribourg. Cet opuscule est plein d'aperçus intéressants sur cet étrange personnage que ses contemporains ont qualifié de médecin, de physicien, d'alchimiste, de philosophe et de libre-penseur.

Les lettres d'Agrippa témoignent qu'il séjourna à Lyon depuis 1 524 jusqu'en 1527. Il y fut présenté à la Cour par Symphorien Bullioud, et s'y lia avec les personnages les plus importants de cette époque. Ces lettres écrites en latin, et excessivement nombreuses, sont un recueil inépuisable de renseignements précieux, mélangés avec un fatras de considérations bizarres et de paradoxes qui en rendent la lecture trèspénible. Ce serait faire chose utile à notre ville que de les traduire, en y ajoutant des annotations dans le genre de celles que nous venons de reproduire. Nous aurons à revenir sur les relations qui ont existé entre cet homme singulier et notre Perréal.

(128) Pantagruel, chapitre XXX. Il se pourrait que ce fût une autre Jehan de Paris. II y a aussi le Jehan de Paris de la Bibliothèque bleue.

Un Jehan de Paris est cité dans la 32** nouvelle de ÏHeptamcron de la reine de Navarre, comme ayant été envoyé par Charles VIll, pour lui «rapporter au vif» une dame que son mari avait fait tondre et tenait étroitement renfermée pour la punir de lui avoir été infidèle. Uannotateur de 1 Heptaméron ajoute, que Jehan de Paris était si connu par sa galanterie et sa magnificence, que son nom est resté en proverbe. Nous ne savons où il a pris ce renseignement; toutefois, nous venons de constater qu'Agrippa, lui aussi, le nommait magnifique officier du Roi (129).

Enfin, un poète, Guillaume Crétin, qui a séjourné à Lyon, l invitait, parmi cinq favoris des muses, à répandre avec lui des fleurs sur la tombe du vicomte de Falaise, tué Tan i f 1 1 à la prise de Bologne en Italie :

« Secourez-moi, &. Bigne Si Villebreline,

u Jehan de Paris, Marot, de la Vigne,

a Je ne puis plus à peine efcrire ligne (130). "

Nous avons vu que Perréal accompagna Louis XII dans la campagne contre les Vénitiens, qui fut couronnée parla victoire d'Agnadcl; à l'occasion du passage du Roi (13 0) ^owx son retour, le Consulat commanda au sculpteur Jehan de Saint-Priest, une colonne élevée sur un perron et surmontée dïine boule avec le buste du Roi.

U semble difficile que Perréal ait eu la possibilité de devan-

(129) Pages 254 a 260. Édition Garnier frères, 1866.

(ijo) Page 3 de l'édition de Urb. Coustelier, 1723. Guillaume (ou Pierre) Dubois, surnommé Crétin, chroniqueur de François I", fut extrêmement flatté par ses contemporains, à l'exception toutefois de Rabelais qui le qualifia du nom de Rominagrobis, ne se fit pas faute de se moquer de lui et de le représenter comme un poète ridicule et radoteur. En cela Rabelais touchait juste; mais ces vieux poètes, aux affectations puériles, obscures et ridicules, sont devenus précieux pour l'histoire de leur éj^oque.

(131) 24-27 août 1509 (Reg. Consul., BB 28, folio 1251.

cer cette entrée assez à temps pour s'occuper de ce dessin ; mais on peut, sans trop d'invraisemblance, supposer qu'il envoya du moins l'effigie du souverain.

On sait que cette colonne, dont l'exécution fut un instant abandonnée, a été définitivement placée au milieu du pont de la Guillotière, à la limite de la séparation du Lyonnais et du Dauphiné. On y lisait: LvDOVicvs Xll Franclî Rex ex Venetiis victoriam reportans. p. C. Ann.

Rubys (p. ^ff) a dit qu'elle fut abattue par les protestants en 1^62; aussi elle ne figure pas dans la Vue générale de Lyon, par Ducerceau, postérieure à cette date. Cependant on la voit dans le plan de Maupin de i635'5 ainsi que sur une élévation générale du pont de la Guillotière, à la onzième pile, dans le Traité des Toms de Gautier (Paris mdccxvi). U est donc probable qu'on en fit poser une nouvelle.

Pour en finir avec les Entrées, nous ajouterons qu'il semble que Perréal prêta son concours à celle du Connétable DE Bourbon, le 30 juillet if if, laquelle fut suivie de celle du Roi François P*", le 12 juillet.

Il fut consulté, en octobre de la même année, pour celle de LA Reine Claude, qui était à Moulins et s'acheminait vers Lyon 5 « & neantmoingt que entre deux len doit parler à Jehan Riche (Richier) & maiflre Jehan Yvonet fatiftes (fatirifles, poètes.^) affin qu'ils penfent à quelques yfloires & à ce efl commis ledit Jacques Fenoil & pour parler à mailtre Jehan de Paris, affin qu'il penfe à quelques yfloires où il verra que ladite Dame prendra le plus de plaifir efl commis ledit

(132) Jehan de Saint-Priest paya la pierre qu'on lui avait remise pour cela el reçut douze livres et cent sols tournois pour indemnité ; probablement qu'on se contenta, faute de temps, d'un simulacre provisoire.

Nous ne savons pas le nom de celui qui exécuta défip.ilivemoiit ce petit monument.

Antoine Grollier (133) ». La reine arriva à Lyon le i y novembre et y fut reçue sans aucun apparat.

Perréal fut appelé de nouveau en ifiô, lorsque cette reine, laquelle était allée en pèlerinage à Sainte-Baume, dut revenir à Lyon avec François I^*", qui avait témoigné le désir qu'on ne rendît les honneurs de l'entrée qu'à son épouse.

Richier et Yvonet préparèrent encore des « yftoires » j dont le projet fut soumis à Perréal. Le défilé eut lieu le 2 mars ifiô, avec un vent violent qui brisa, sur le pont de la Saône, la bannière du chapitre de Saint-Nizier qui y avait été arborée sur l'ordre du Consulat. Veran Chalendat, qui avait tenu la comptabilité de l'entrée de François l^"" en if if, fut encore chargé de celle-ci (134). Le lendemain on offrit à la reine un cadeau de deux tasses en argent.

Dans l'Assemblée consulaire du 28 mars ifi8, il fut donné lecture d'une lettre du Roi qui priait les conseillers et habitants de Lyon, de faire le meilleur accueil possible au duc d'Urbin, Marie de la Rovère, neveu du Pape, accompagné d'Eléonore de Gonzague, son épouse, qui devait traverser notre ville.

Le Consulat prit les mesures nécessaires pour répondre à l'invitation du Roi; les peintres Daniel de Cranne et Jehan de Cranne (i3f) son frère, puis Mathieu Chevrier, se mirent

(1J3) Registre Consulaire BB 34, folio 100, recto.

(1J4) — — folio 147, verso, i6j et suiv.

Voyez aussi Archives de l'art français, deuxième série, tome I, 125.

(i 3 5) Daniel de Cranne possédait une maison rue Thomassin, près de celle de Lievin Van der Meer, aussi peintre (i $ 1 5, Registre CC. 22) ; Jehan de Cranne, dit Gaultier, possédait aussi une maison rue Mercière, au coin de la rue Raisin (i ^ 1 1, Registre CC. 12); il reçut 20 livres 8 sous tournois pour des écussons peints sur les enseignes des pennonages (1542-1 544, Registre BB. 61), et 2 livres tournois, pour avoir réparé les vitres de l'Hôtel- de-Ville (1549-15 50, Registre BB. 70). Mathieu Chevrier possédait une maison et un jardin place Confort, qu'il avait acquise de Jehan Delarue, jacobin, et en 1551 une autre maison rue Mercière, avec François Robinet et Thomas Muguet (Registres CC. 22 et CC. 45).

à l'œuvre sous la direction de Perréal. Mais contre-ordre arriva et le passage eut lieu le i^*^ avrils à huit heures du soir^ sans apparat.

On verra plus loin (chapitre IV) comment Perréal fut indemnisé de son travail.

Revenons à Tordre chronologique de la vie de notre artiste à Lyon, c'est-à-dire en ifoç.

Le Pont du Rhône, nommé à présent de la Guillotière, avait subi, quelques années auparavant, de graves avaries : deux arches furent emportées par le fleuve, et plusieurs années s'étaient écoulées avant qu'il eût été possible de les relever (136).

Cependant les travaux de charpente furent adjugés, le 5' dé-

(136) Ce désastre fut annoncé à la séance du 19 juillet 1500, et l'on délibéra des mesures à prendre immédiatement. Il fut décidé que l'on fermerait l'entrée du pont de bois par une barrière, ainsi que la porte du Rhône du côté de Lyon, qu'on mettrait un homme en faction pour conduire les postes et chevaucheurs du roi sur le pont et qu'on établirait une traille vers le port de la porte de rue Neuve, avec deux petits ponts vers les lônes et îles du Rhône, afin de faciliter l'embarquement. Une réunion de notables eut lieu le 25, pour déterminer quelles réparations seraient effectuées. On recula d'abord devant une reconstruction en pierre et on donna, le 30, un forfait pour établir une passerelle provisoire sur les vieilles piles. L'argent faisant défaut, on emprunta, on mit de nouveaux droits sur la ferme du vin et sur le barrage du pont, on se fit autoriser par le roi à mettre deux deniers par livre sur chaque habitant, enfin, on fit toutes les démarches nécessaires pour y faire contribuer le clergé, mais sans résultat important (Registre consul., BB 26).

« Pour fournir &, fatisfaire aux grands fraiz & defpens qu'il a convenu &. convient faire pour les réparation & entretenement du pont du Rofne, audit Lion, qui efl fort caducque &. antique &. dont deux des arches, par fon antiquité &. impétuofité dudit Rofne, font cheutes & tombées en ruynes, l'une puis cinq ans & l'autre puis deux ans en ça, & qui pis eft, le furplus dudit pont pourroit eftre en grand danger, que Dieu ne veuille, fi provifion ny eftoit faide & donnée & ainfi pour faire les pleffières & défenfes néceffaires pour retourner le cours du Rofne du couflé devers la ville, r Lettres de contrainte du roi Louis XII, de Blois, 28 août 1504 (Registre ce. 239).

cembre i f 06, à Jehan de Salles et Lucas Cochin (137), maîtres charpentiers; ces ouvrages consistaient surtout en pilotis et palplanches devant retenir Faire en béton, nécessaire pour asseoir la pile. Le 12 juin 1^07, on adjugea les travaux de maçonnerie à Girard Grangier et Guillaume Noytallon, maîtres maçons; ils devaient faire le béton entre les pilotis, établir la pile sur une plate-forme formée de gros bois reliés ensemble à tenons et mortaises, et enfin cintrer les arcs sur les cintres construits par les charpentiers.

Mais cette besogne ne put s'effectuer sans tiraillements, ien qu'on eût chargé de la surveillance un certain Jehan de Cullan, chanoine de Cusset, qualifié « d'habile homme architedural (138) », qui, en même temps, était préposé au recouvrement des droits à percevoir pour le pont (139)-

L'épure des cintres fut tracée sur le pavé de l'église de Saint-Bonaventure; les arcs étaient en demi-cercle ; les nouvelles arches devaient être de niveau avec les anciennes.

Mais le Consulat fut informé que ce travail n'était pas combiné avec toutes les conditions nécessaires pour sa réus- I

site complète. "

Les experts Guillaume de Chessieu, Pierre de Belley, Jehan Moreau, Antoine Tourteron, Emare Gret, Jehan Roux, Nicod Cabé et Jehan de Lorraine dressent, le 14 septembre I yoS, un rapport devant notaire, inséré le 2)" octobre dans le registre consulaire BB 28, folios 42 verso et 43 recto (140),

(157) Lucas Cochin, maître juré depuis le 22 septembre 1506, charpentier de la ville, est mort le 12 mars 15165 il fut remplacé par Nicod Cabé, que nous aurons à citer plus loin. Il y avait quatre maîtres jurés visiteurs des bâtiments de la ville, deux maçons et deux charpentiers.

(138) Registre consulaire BB 25, 201 verso.

(139) S'étant absenté, le 13 avril 1508, il reçut pour ses peines antérieures 30 écus, une fourrure de 4 livres 5 sous, sa dépense de nourriture et son secrétaire restant à la charge de la ville. (Registre consulaire BB 25, folio 256.)

(140) Par une circonstance curieuse, ce rapport n'existe pas sur le registre consu-

ou ils indiquent les modifications devant assurer^ ce leur semble, une plus grande solidité à la charpente des cintres. Ces maîtres, excepté Jehan de Lorraine, qui apposa et son nom et sa marque, formée d'un demi-cercle surmonté d'une croix, signèrent seulement avec ces croix, écussons ou chiffres que Ton retrouve sur un grand nombre d'ouvrages de pierre de taille ou de sculpture au moyen-âge.

L'œuvre fut encore soumJse, le 9 novembre ifoS, à la visite des maîtres de l'œuvre de Saint-Maurice de Vienne, Nicod Morel, et Pierre Teste.

Ces experts jugèrent les cintres suffisants et qu'on pouvait les enlever trois jours après la clef des arcs posée-, cela nous semble un peu prompt.

Enfin, le Consulat peu satisfait^ et avec raison, de ces avis, consulta, le 18 novembre, Claude Cleret, « maiïbn réputé très habile en l'art de maiïbnnerie & même en la conflruction des ponts en pierre (141), pour veoir & vifiter l'œuvre de réparation du pont du Rofne de Lion, tant la maiïbnnerie ia fà\(S[e ôc encommencée en deux arcs dudit pont, dernièrement tombez devers le Daulphiné, que les fcindres faicfls de poftz (plateaux en bois) defdits deux arcs, pour en après en avoir fon advis & rapport, affin de obvier à cet inconvénient. >:»

Cleret reconnut :

Que les cintres n'avaient pas été exécutés selon la maçonnerie commencée et qu'ils étaient « beaucoup plus haults

laire minute BB 27. Celui, transcrit sur le registre BB 28, y a-t-il été signé et marqué par les experts, de leur propre main, ou bien ces signes & marques ne font-ils qu'une copie faite par l'écrivain ? Dans le doute, nous n'avons pas osé en placer ici une reproduction exacte.

(141) Registre consulaire BB 28, folio 55.

11 était d'Arbois ou de Pont-de-Losne; il amena avec lui deux charpentiers de Salins et son neveu qui était aussi maître maçon.

qu'ilz ne dévoient, qui eft une mauvaife chofe pour ledit premier arc», qu'en outre^ ils n'étaient pas de force suffisante pour porter la maçonnerie, enfin que les voûtes étaient beaucoup trop minces dans leurs « rêves (reins)? » en raison de la « montée » que les arcs devaient avoir.

Il proposa qu'on fit un retrait « de deux ou trois doiz » dans la maçonnerie (probablement à la naissance}, « ainfy que le jufte faintremant pourtera & cela au cofté devers la ville, pour ofter ledit jarret, car la mafTonnerie d'entre le daulxieme eil bien teneue; efl befoing renforcer lefdiéles voultes des deux reins d'autres voultes femblables, liées & efmillées enfemble, de la qtenance de deux toyfes de ce mefme cofté d'entre les arcz des s. d. reins que portera tout le fays dudit arc, autrement n'eft d'advis procéder à ladite œuvre (142.) 3?

Naturellement, les maçons et charpentiers qui s'étaient mis à l'œuvre avant l'arrivée de Cleret se renvoyèrent réciproquement la faute; les premiers dirent qu'ils avaient commandé les cintres d'une manière convenable, et les derniers firent observer qu'on leur avait montré un trait d'épuré dans l'église des Cordeliers, lequel ils avaient suivi. Le Consulat, en attendant, chargea Cleret de diriger l'œuvre du pont (143).

Probablement le mauvais temps suspendit les travaux et, le débat se poursuivant, l'administration consulaire, tantp.our

(142) Registre consulaire, BB 28, folio 60, 17 novembre 1508.

(143) Claude Cleret, à ce qu'il paraît, était chargé de travaux pour l'abbaye d'Ainay à Arbois, et l'on dut envoyer le procureur de la ville à l'abbé pour qu'il autorisât ce praticien à s'occuper des ouvrages du pont.

Le 25 octobre 1509, Cleret ayant demandé aux conseillers s'ils entendaient le garder encore, ceux-ci, considérant que les arcs étaient clos et qu'il ne restait plus à exécuter que des travaux de peu d'importance, le remercièrent et lui accordèrent une gratification de 100 sols tournois (Registre consulaire, BB 28, folio 87, verso), « affin qu'il ait caufe foy contenter de ladite ville. »

FOLDOUT

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