‹ Jehan Perréal, Clément Trie et Édouard GrandChapitre 8 sur 13 · NOT · texte numérisé non relu

NOT

vérifier ce qu il pouvait y avoir de fondé dans les observations de Cleret, que pour fermer la bouche aux entrepreneurs de Lyon^ chargea messire Pierre Garbot, procureur de la ville, d'aller « prier Jean de Paris, peintre ôc varier de chambre du Roy noflre fire, qu'il voulfift aller veoir <5c vifiter Pœuvre du Pont du Rofne 6c compafler les fcindres (cintres) pofez au premier arc. Par quoy ledit de Paris eft venu fur ladide œuvre, & avec luy, maiftre Claude Cleret, ont veu & vifité, a aufli compaflTé lefdits fcindres, en la préfence de Gérard Grangier, Guillaume Noytallon & Lucas Cochin, mafTons Ôc charpentiers, ayans le priffait defdits ouvrages. Et après aulîî veu Ôc compalTé le traicft defdits fcindres, gedé en fefglife des Cordelliers, lefdits de Paris, Cleret & autres mafTons ôc charpentiers, ont réfolu coupper & abaiffer lefdits fcindres par le hault, d'ung pie 6c demy, 6c fera faiél une charche (panneau de douelle) de poftz, félon la droidle rondeur dudiél: traidl 6c du nyveau, dont ledicft de Paris a faidl un pourtraiél. » (ij' janvier ifog [N. S.] Actes consulaires BB, 28.)

Perréal reçut pour sa peine six écus d'or au soleil, dont voici l'ordonnance (144) :

c( Les Confeillers de la ville 6c communaulté de Lyon, nous certifions par ces préfentes, que honorable homme Jaques de Baileux, tréforier, etc., a payé, baillé 6c délivré à honorable homme Jehan de Paris, varlet de chambre du Roy noftre fire, la fomme de onze livres deux folz tournois, pour fix efcuz d'or au foleil, qu'avons ordonné eflre baillez 6c donnez de par ladide ville audit de Paris, pour le grattifier des poynes qu'il a eues à veoir 6c vifiter l'œuvre des deux arcs tumbez au pont du Rofne, devers le Daulphiné, 6c mefmement mefurer 6c compaiTer, en l'art de jométrie 6c au petit

(144) Pièces justificatives de la comptabilité de Jacques de Baileux, 1 508-1 509, Certificat de décharge (donné par M. Rolle).

pié, tant la maflTonnerie jà commencée que les premiers fcindres, mis & pofez au premier defdits deux arcz, pour trouver la faulte qui y efloit faide par les maflbns & charpentiers qui ont le priffait defdits ouvraiges^ dont, pour remédier es dides faultes, ledicH: de Paris en a faid: & baillé Ton advisj rapport par efcript, aufTi certains patrons de papier, etc.

(( Donné en l'oflel commun, le xvj janvier, Tan mil v^ & huit (ifog N. S.).

« Ainfi paffe «Se commandé par mes dids feigneurs les confeillers.

Signé : Gravier. »

Lorsqu'il fut question d'enlever le cintre du dernier arc, on chargea Jehan Moreau, maçon, et Jehan Dauvergne, charpentier, maîtres jurés de la ville, de voir s'il y avait inconvénient à le faire & comment se comportaient les vieux arcs du côté de ceux nouvellement construits. Ces maîtres différant d'avis à cet égard, on en fit appeler d'autres : Jehan de Lorraine et Guillaume de Chessieu ; de Perréal, il n'est plus question.

Ces experts reconnurent que l'un des vieux arcs était fendu, qu'il fallait le cintrer, qu ainsi il durerait encore, que l'on pouvait enlever le cintre du dernier arc exécuté et qu'il conviendrait de bétonner et entourer de pieux les arcs nouvellement construits (145').

On ne saurait trop faire remarquer la naïve simplicité de ces constructeurs, qui conseillent tout bonnement de cintrer un arc endommagé et de s'en tenir là.

Le Consulat adopta ce conseil et acheta, dans ce but, aux charpentiers Jehan de Salles et Lucas Cochin, l'un des cintres des arcs neufs, lequel on adapta à ïarc rompu.

(145) 26 février 1 5 10.

Peu après, néanmoins, on se décida à le restaurer; on verra plus loin Clément Trie autorisé à y mettre une chaîne.

Le mandat final du paiement de la réfection des deux arcs est du i^'" octobre ipo (146).

L'histoire exacte de la construction du pont de la Guillotière présente de grandes difficultés, parce qu'on ne peut discerner avec précision, dans les délibérations consulaires, l'état absolu de cet édifice au moment des réparations tour à tour opérées, réparations dont la plupart des voyers ont eu à s'occuper.

Toutefois, il suffit de considérer avec attention un ancien plan de la ville pour admettre la conjecture probable d'un premier pont établi un peu au-dessus de celui actuel, dans le prolongement de la rue Confort, qui longeait le côté sud de l'église de l'Hôpital, sous le nom de rue Serpillière (147).

Tous ceux qui ont étudié la topographie historique admettent que les moyens de communication n'ont jamais changé de place d'une manière sensible ; aussi le chemin des Culattes est-il le prolongement vers le midi de cette voie ancienne.

Ce pont existait au temps de Childebert, puisque l'hôpital fut fondé sous son règne, tout auprès, et en prit le nom. L'hôpital était au nord de ce pont ; car la partie actuelle entre l'église et la rue de la Barre n'a été réunie à l'établissement que dans les temps modernes.

Nous ne sommes pas en mesure de préciser l'époque

(146) A défaut de voyer en titre, c'est le receveur Jacques de Baileux, qui dut, le jeudi 14 novembre 1 5 10, faire exécuter « une pleffière (digue), deor la pleffière vieille qui eft deiïbubsle pont du Rofne & au deflbubs l'arc de la tour qui eft au milieu du d. pont, pourvu qu'il laiffe l'arc de la d. tour (arc dit de la Trappe), franc devers la rivière afBn deflargir leaue on d. arc, pour foullaiger les autres premiers arcs foubs lefquels pafîe toute leaue du d. Rofne (Registre consulaire BB, 28)». L'abbé d'Ainay éleva quelques diflficultés contre l'exécution de ce travail, qui devait en effet modifier le régime des eaux du fleuve.

(147) Cette rue a été supprimée au XVIIl* siècle, lors de la construction du dôme et de la façade de l'Hôtel-Dieu le long du quai du Rhône.

exacte à laquelle le pont fut démoli et reconstruit en bois, un peu plus bas, au droit de la rue de la Barre; nous savons seulement que depuis rétablissement de ce nouveau pont, tous les efforts convergeaient à fentretenir et à substituer autant que possible de la maçonnerie à la charpente.

Le lit excessivement mobile du fleuve rendait ces opérations de plus en plus difficiles et surtout depuis que les eaux, dirigées d'abord presque en ligne droite par les collines entre Neyron et Décines, contre la colline Saint-Sébastien, ne trouvaient plus leur confluent avec la Saône vers les Terreaux, et étaient forcées de refluer par une contre-courbe au travers du pont de la Guillotière vers Ainay.

Le Consulat se trouvait en conséquence dans une perplexité constante, afin de poursuivre la reconstruction de son pont et de maintenir au moyen de digues, vers la ville, des eaux qui tendaient par le reflux à s'étendre dans la plaine de la rive gauche.

C'est ainsi, selon nous, que l'île de Béchevelin a pu avoir dans l'antiquité une de ses rives au milieu du fleuve actuel, le centre de la ville moderne entre les Terreaux et la Mulatière n'étant qu'une suite d'îles, petites et grandes, coupées de confluents. Peu à peu, les populations, ayant nivelé et envahi ce terrain, le fleuve fut rejeté sur le Dauphiné et emporta par ses érosions une grande partie de fîle Béchevelin ; enfin même, plus tard, dans le but de resserrer le fleuve et de le retenir vers la ville, on ferma par un barrage le bras de la rive gauche qui la séparait de la Cuillotière.

Le pont fut d'abord établi à l'aide d'une rampe douce, qui avait son point de départ au bas de la rue de la Barre et au point où débouche actuellement la rue de la Belle-Cordière, ancienne rue Bourgchanin ; cette dernière rue raccordait le pont avec l'ancienne voie, suivant la direction de la grande rue Confort et des rues Mercière.

La rampe s'élevait jusqu'au point où est actuellement le parapet du quai, vers lequel existait une porte, accompapagnée de deux tours rondes. Cette rampe était composée d'une chaussée et d'arches, dont une subsiste encore sous le quai, ayant été remblayée probablement à une époque antérieure auXVI^ siècle. Cette porte était accompagnée de la chapelle dite du Saint-Esprit, parallèle à l'arche en question.

Le plan scénographique de Lyon au XVP siècle (148), qui représente cet édifice vers 1^40, environ, est le plus ancien monument de cet état de choses. On y remarque qu'une autre chapelle, dite de Saint-Nicolas, existe de l'autre *côté de la voie, en face de celle du Saint-Esprit, et que la portion de la rue de la Barre actuelle fait retour, sans autre issue, avec la rue du Bourgchanin, dont elle porte aussi le nom.

Partant de Lyon, six arches en pierre sont entre la porte du Rhône et la tour du milieu, posée ainsi sur la sixième pile (149); la septième arche est celle dite de la Trappe, les huitième et neuvième sont également en pierre. Le surplus du pont est établi en charpente et aboutit en un point de la rive gauche qui est, probablement, la place de la Mairie du troisième arrondissement actuelle.

Ces arches en bois furent tour à tour établies en pierre, si bien que Jodocus Sincerus, dans son voyage ( 1 6 1 6 environ),

(148) Publié par la Société de Topographie historique de Lyon.

(149) Par meure délibération (du 5 décembre 15 10), fut ordonné que l'on ferait faire a le portai du pont du Rofne toutes chofes lailTées fans touteffoys difcontinuer (la reconstruction?) les grandes arches ainfy &. le mieulx qu'on pourra & comme Ion verra par pourtraids qu'on fera fere & qu'on fai6l amas de pierre grofTe, &. mefme pour ce faire auITy qu'on fai6l reparer la tour du mellieu du pont du Rofne (Registre consulaire BB, 28) » ; contrairement à ce qu'on a dit, cette tour existait déjà en 15 10. Nous pourrions encore apporter un grand nombre d'autres preuves dans le même sens.

parle de dix-neuf arches. En effet, neuf arches et neuf piles

furent construites à la fin XV I^ siècles (ifo).

Les plans du XV 11^ siècle^ et notamment celui de Simon Maupin (163 y);, indiquent le même état de choses.

Gautier^ dans son Traité des Tonrs (i^'^ août 1714), adonné une élévation géométrale du pont du Rhône à Lyon, dit de la Guillotière. On y remarque dix-huit grandes arches et deux petites. En partant de Lyon, on trouve encore la chapelle du Saint-Esprit et la porte accompagnée de deux tours; à la première pile est une autre tour indiquée plus petite dans le plan de Maupin.

La tour du milieu sur la sixième pile et larche dite de la Trappe y figurent ; mais la huitième arche se fait remarquer par une portée plus grande que celle des autres. Ce qui conduit à conjecturer qu'elle a été formée de deux plus petites par la suppression d'une pile au XVI I^ siècle (ifi), et que si on comptait dix-neuf arches au XVI P siècle, on pouvait n'en trouver que dix-huit en 17 14. Cette arche existe encore, étant lavant-dernière du côté de la rive gauche ; elle est en pierre de Villebois et Ton peut remarquer dans la pile huitième, côté sud, l'arc, d'un rayon plus court et en pierre jaune, de l'une des anciennes arches. La septième arche, dite de la Trappe, est actuellement intacte : le trou établi pour former la trappe sous le pont-levis, n'a été fermé que sur la chaussée du pont et se voit encore dans ï intrados de l'arc.

A la sixième pile on constate encore, au nord^ la trace d'un dosseret qui devait supporter la tour couronnant cette

pue.

(150) Adjudication du 27 août 1^59, Jacques Gimbre étant voyer et commissaire, député par le roi, aux réparations et fortifications.

(151) En 1660, environ. Voyez le mémoire d'Herbigny sur la Généralité de Lyon {lôçfS) et Histoire du Pont de la GuiUotiere, par E. Perret de la Menue, i86j, pages 37 à 39.

Les piles i à ^ sont à présent d'un arrangement qui diffère des 6, 7 et 8 ; la pile 6 présente un empâtement considérable, destiné à supporter les tours qui la couronnaient; les piles 7 et 8 sont également fort larges, cela, probablement, par suite de la substitution d'un seul arc au lieu de deux au huitième arc, ce qui a conduit, nécessairement, à renforcer les culées. Les cimaises des piles 6, 7 et 8 ont le même profil.

Les arches 3,4 et ) sont dans un état de délabrement tel, selon nous, qu'il devrait appeler l'attention de l'administration des ponts-etchaussées. Lorsque le soleil couchant vient friser de ses rayons V intrados des arcs, on peut constater encore, par suite du dégarnissement des joints, la portion formant à peu près le tiers de leur largeur au sud, qui fut ajoutée à ces arches pour élargir le pont. Nous présumons que les premières arches, élevées avant le milieu du XV^ siècle, ne devaient avoir que quinze pieds environ de largeur (c'est celle du pont Saint-Bénezet, à Avignon). Lorsque, plus tard, on voulut poursuivre la construction d'autres arches, portées à vingt-trois pieds, on se vit obligé sans doute d élargir les premières par une maçonnerie qui, mal reliée nécessairement, fut depuis une cause de ruine. Les eaux pluviales s'introduisaient au travers de la chaussée, établie d'abord avec doubles pentes se rejoignant au centre, et disjoignaient les voussoirs. On fut obligé, comme on le verra plus loin, en I y 1 6 et I f 1 7, de cintrer de nouveau les arcs et de placer en travers, au-dessus de Xintrados, ces chaînages, vulgairement nommés clefs, qui y sont encore.

On sait, enfin, qu'en 1837 on a abaissé et reconstruit entièrement à neuf les arcs i et 2, lors de l'élargissement du pont par des trottoirs en pierre portés sur des arcs en fonte, travail qui n'a été achevé qu'en 1839.

Selon Gautier, le pont étabU de niveau, à dater de la pile 1 jusqu'à la pile ly, redescendait en rampe, avec trois grandes

arches et deux petites du côté de la Guillotière et jusqu'à la place de la Mairie. On sait que les sommets, ou les extrados, des arches lo à 18, ont été coupés lors de la rectification du cours de Brosses, par suite de la nécessité d'étabhr une pente, à plein jalon, entre le quai et la place de la Mairie.

Nos lecteurs, renseignés à grands traits sur l'état ancien et moderne de ce pont, auront sans doute vite compris que les travaux dont Perréal a dû s'occuper se rapportent à ceux des arcs du milieu du pont et non à d'autres situés sur la rive gauche, comme l'ont indiqué des écrivains antérieurs.

En effet, nous avons à peu près la certitude que le pont, tel qu'il est représenté dans le plan scénographique de 1^40, se voit dans l'état où il fut laissé après les travaux de ifoç.

En i^^6, Jehan du Peyrat, expliquant les travaux exécutés par la ville depuis quelques années, écrit : «Qu'il y a deux des arcs de pierre, les plus prochains de celui de la Trappe, qui font en gros & éminent péril de tomber 6c verfer dans le Rofne, qu'il convient retenir (réparer), 6c bien tout refaire. »

Il s'agit donc ici, ou des deux arcs reconstruits au temps de Perréal, ou des deux autres du côté de Lyon, puisque ce sont les seuls que l'on trouve dans le plan scénographique de ïf4o, avant et après celui dit de la Trappe.

Les anxiétés du Consulat s'expliquent à présent à notre examen, d'une manière plus explicite :

Établir du côté du Dauphiné quelques arches qui ne pouvaient, à cause du peu de relief de la rive, être fort élevées, n'aurait pas réclamé la consultation de tant d'hommes du métier.

Au contraire, les arches huit et neuf (huit actuelle), se trouvant alors exactement au milieu du fleuve, il devenait indispensable de construire les piles et les arcs de manière à ce qu'ils puissent se tenir seuls après le décintrement, et sans culée du côté de la rive gauche. Jusqu'à la septième pile,

cette opération avait pu s'effectuer^ à ce qu il paraît, avec une facilité relative.

Nous pensons que Perréal et Cleret résolurent la difficulté, en ramenant plus bas les naissances des arcs (établis déjà plus étroits que ceux des n"^ i à 6), «foit de ung pied & demy » . La résultante de la poussée étant placée plus bas et les reins des voûtes étant renforcés par un second rang de claveaux, liés avec ceux au-dessous, les chances de rupture semblaient diminuées. On a vu qu'il n'en fut rien 5 les poussées successives du surplus du pont ne pouvant perdre leur action, le pont devait se trouver en péril tant qu'il ne s'appuierait pas contre la rive gauche.

Perréal ne remplit donc dans cette affaire qu'un rôle bien secondaire, puisqu'il se borna à adopter les mesures indiquées par Cleret; cela s'accorde avec nos conjectures antérieures sur son individualité : chez lui le peintre et l'artiste primaient le constructeur.

On verra tous les voyers apporter successivement leur part à Tentretien et à l'achèvement de ce pont du Rhône qui, malgré son antiquité, n'attend plus qu'une démolition complète et une reconstruction sur un système mieux accommodé aux services qu'il doit rendre (ifi).

La ville, privée d'une manière absolue d'ingénieurs et d'architectes et réduite aux maîtres jurés maçons et charpentiers, profita encore et la même année de l'expérience de Perréal

(i p) M. B. Vermorel, ancien voyer de la ville de Lyon, a fait sur le pont de la Guillotière, un travail du plus haut intérêt, lequel est actuellement déposé aux Archives de la ville, et fait partie d'un recueil du naême auteur, relatif à la Topographie historique de Lyon. Le travail sur le pont de la Guillotière occupe les folios 991 à II 58. Nous en avons utilisé une faible partie, ayant, de notre côté, fait les mêmes recherches.

pour ses opérations de voirie, dans la circonstance indiquée par la délibération suivante : « Le mardy xxiiij^ feptembre mil v'^ & neuf en la boticque Benoift Buatier

ce Mefdits feigneurs, à caufe que le commilTaire Richeran (if3) a fait defmolir plufieurs galleries & avancementz, tant fur la rivière de Saône que parmy la ville, ou moyen de quoy plufieurs, ayant des diéles galleries sur Saône, sont découverts par le derrenier de leurs maifons ôc en faculté de povoir baflir de pierre de font à fyme, & qu'il eft befoing veoir, vifiter les places & lieuz où ilz entendent baftir, affin que lefdids bafliments & avancements ne foient préjudiciables au cours de Teaue, navigaige & chofe publique; pour ce, mefmement, qu'il y a plufieurs places (Se lieux qui font publicqz ôc les autres desjà affez eftroidls, qui ont eflé mandez de mefTieurs les notables bon nombre, duquelz font comparuz honorables hommes Claude ThomafTm , Jehan de Paris, Jacques Barondeau, &c., pour eflire êc nommer fix ou quatre perfonnages experts & cognoilTantz, gens de bien, non favorables, pour vifiter, veoir 6c advifer les diéles places & lieuz fur la dicle rivière de Saône, de ceux qui entendent ôc peuvent baflir, affin que les lieux publicqz ôc le cours de l'eaue & navigaige ne foient empêfchez; aulTi pour faire les dids baftiments le plus efgallement & à nyveau que faire fe pourra, & ce affin que mes dits feigneurs les confeillers, sur leurs adviz & rapports, puifîent mieulx y ordonnera conclure.

« Defpuys, ont a ce faire efleuz les dits Claude Thomaffin, Jehan de Paris ôc Jehan Coyaud à la part devers le Rofne, les dits Cuillaume Cuerrier, Jehan Salla ôc Amé Bulliod (i ^4) à la part devers le Royaume. Et a efté advifé que,

(153) Châtelain de Saint-Symphorien-Ie-Chàteau. Il était arivé à Lyon le 7 du mêine mois.

(i 54^ Amé Bullioud, sept Fois échevin, était le père d'Antoine Bullioud, l'un des quatre trésoriers de l'Epargne, conseiller d'Etat, qui fit construire par Philibert de

quant quelque vifion qu'ils auront affaire touchera aucun des dits commiz^ les quatre ou cinq (autres) pourront veoir & rapporter leurs bons adviz, & les quatre en labfence des autres deux.

« Et^ depuys, les dits commiz^ par diverfes fois enfemble & diverfement^ fe font tranfportez fur la dide rivière de Saône, tant d'un cofté que d'autre, & après avoir par eulx vifitèz les d. lieux & ont rapporté comme il eft contenu au quernet (carnet) des dides vifions ôc rapportz receus par le fecrétaire de la ville (iff). »

Cette délibération nécessite quelques explications. On y voit que Denis Richeran, châtelain de Saint-Symphorien-le- Château, avait été nommé commissaire pour faire exécuter les lettres patentes de Louis XII, pour faire abattre certaines galeries et avancements le long de la Saône, dans les rues & places publiques, lesquels encombraient la ville, lettres données à Lyon le 26 août ifoç (ifô).

• Les conflits, à l'égard de l'exercice de la voirie et la nomination des voyers, étaient fréquents à cette époque, ainsi que

rOrmej la galerie de sa maison rue Juiverie ; ils avaient aussi une maison rue Saint- Jean, où l'on remarque leurs armes. Leur sépulture était dans une chapelle de l'église de Saint-Georges. Amé BuUioud s'occupa spécialement de l'entrée du roi Louis XII en 1499.

(155) Archives de l'art français, M. Rolle, pages 122 et 123. Registre consulaire BB 28, folio 31 verso.

(i 56) Voyez Registre consulaire BB 28.

Le roi, par son séjour dans la ville, avait pu se rendre un compte exact des inconvénients qui résultaient des encorbellements portant galeries en bois qui y existaient, et notamment vers la Pêcherie. Les propriétaires des maisons où étaient ces galeries, jetaient des immondices qui incommodaient les bateliers et les passants, et il en était résulté des débats et discussions. De plus, les immondices qui séjournaient sur les rues et places étaient une cause permanente d'insalubrité. Un récent incendie avait brûlé tour-à-tour douze maisons qui se trouvaient réliées par derrière, grâce à ces galeries en bois. Trois jours (ce qui est bien peu) furent donnés pour enlever et démolir ces encorbellements. Toutefois Richeran, plus tard, le 27 octobre, donna un mois pour obtempérer à ses ordres. Les citoyens ne s'exécutèrent

plus tard, entre le roi, larchevêque et la ville (i f 7). Quelquefois la ville se soumettait, comme dans la circonstance qui nous occupe; souvent, au contraire, elle édictait des autorisations dans un sens absolument opposé. On pourra lire dans la biographie d'Humbert Gimbre que, le 20 mars iffo, le Consulat, sur le rapport de ce voyer et des maîtres jurés de la ville, autorisa divers propriétaires de maisons riveraines de la Saône à construire en encorbellement sur la rivière, sous prétexte d'embellissement. Le même Humbert Gimbre ainsi que son fils Jacques eurent à lutter contre Guillaume Chazottes du Val, que le roi avait, sur les instances du maréchal de Saint-André, pourvu, à l'instar de la ville de Paris, de l'office de voyer en chef de la ville de Lyon, et cela à l'encontre des prétentions de la ville, de l'archevêque et du chapitre.

Quoi qu'il en soit, il paraît que le Consulat de 1^09 avait accepté le principe des démolitions ordonnées par le roi et en cela il faisait preuve de bon sens, puisque ces galeries et avancements ne pouvaient qu'être nuisibles à la libre circulation de l'air. Les propriétaires, dont les arrières façades de maisons avaient été mises à découvert, voulaient reconstruire et demandaient des instructions. On procéda alors comme dans toutes les affaires sérieuses; il y eut réunion de notables, lesquels nommèrent six experts.

Notons en passant le respect que professaient nos ancêtres pour les droits de tous, en matière municipale; observons la

qu'avec mauvaise grâce, et cela donna lieu à une série de réclamations lesquelles remplissent les registres consulaires de 1510, 1511 et 151a. Des maisons appartenant aux notables et conseillers se trouvant atteintes, ceux-ci faisaient dire par des experts que ces constructions ne nuisaient en rien. (Février, 1 $ 12.)

(i 57) Ne voit-on pas encore, de nos jours, les quais et traverses de routes nationales dans les villes, assujettis aux règlements de grande voirie, lesquels, par une bizarrerie inexplicable, diffèrent de ceux de petite voirie. On est précisément d'une tolérance extrême dans les uns sur des points où, dans les autres, les exigences sont abusives.

marche de l'affaire : il existe déjà un corps consulaire élu par les métiers ; ce corps ne se croit pas pour cela (ainsi que certains de notre époque) investi d'un mandat illlimité. A chaque difficulté nouvelle^ il provoque une réunion de notables et l'avis de chacun est soigneusement enregistré. La ville occupe les deux rives de la Saône ; il y a part égale de délégués.

Perréal paraît avoir eu longtemps pour factonmij un personnage nommé Clément Trie, dans la plupart des préparatifs, fêtes et visites qu'il opéra pour le compte de la ville : l'entrée de Charles VI H, le 7 mars 1489, la visite aux Deux-Amants, le I g juin 1493, l'entrée d'Anne de Bretagne, le ly mars 1494, et celle de Louis XII, le 10 juillet 1499.

Ce Clément Trie étant, en quelque sorte^ le précurseur des voyers en titre de la ville, nous donnons ici quelques détails qui le concernent, sans avoir la prétention de lui faire une notice complète :

Au mois de mai 1497, il s'occupe des détails nécessaires pour l'installation, sous les ordres du prévôt de la maison du roi Charles VIII, du tournoi qui eut lieu dans la rue Grenette. Nous avons trouvé dans les pièces de comptabilité deux reçus de Trie pour cet objet, l'un, du 28 mai 1497, de 60 livres tournois, et l'autre, du 4 août, de 77 livres 10 sous 3 deniers tournois; nous donnons ci-dessous un fac-similé de la signature du dernier reçu.

Il nous semble difficile que la rue Grenette pût se prêter à un Tournoi, c'est-à-dire à un combat entre un grand nombre de gentilshommes 5 il s'agissait probablement d'une joute ou combat singulier à cheval et à la lance.

Le 30 juin ifoo^ le Consulat autorisa Trie à seconder de tout son pouvoir les joueurs qui se proposaient de donner une représentation de la Vie de sainte éMagdelaine ; il leur prêta les costumes et tout ce qui avait servi pour l'entrée de Charles VIll et d'Anne de Bretagne (ifS).

M. Brouchoud, dans ses Origines du théâtre de Lyon, a fourni un historique complet des spectacles populaires qui commencèrent dans l'église des Jacobins par des compagnons, et peut-être des religieux, qui se distribuaient des rôles. 11 a raconté comment « l'esprit éveillé de la jeunesse trouva trop fades les récits bibliques, et des clercs de la chancellerie du roi dressèrent des tréteaux pour bafouer les ridicules du temps (2 y mai 14^7). Ils dirigèrent leurs premiers traits satiriques contre les dames lyonnaises dont les prédications du dominicain Vincent Ferrier et du carme Thomas Connecte avaient mis en relief le goût du luxe et des plaisirs, associé aux pratiques de la plus extravagante humilité.

ce Cet essai de farce ou sottie motiva de vives plaintes de la part d'un des conseillers de ville, qui avait eu plus que d'autres à souffrir de ces libertés de langage. Le consulat crut devoir s'armer du pouvoir de la censure pour prévenir le retour d'un semblable désordre. A l'avenir, aucune représentation dramatique ne put avoir lieu à Lyon sans l'autorisation préalable delà municipalité. »

M. Brouchoud a raconté aussi les mesures de police prises,

(158) Registre consulaire BB, 26; Pericaud, Notes et documents; Archives du Rhoney VU, page 407. On avait joué la Vie de sainte Catherine les trois jours de Pentecôte, 18-19 ^^ 20 mai 148} {Notes et documents^ ut supra).

le ly mai 1485, pour la Vie de sainte Catherine^ qui devait être sous peu représentée sur la place des Cordeliers. « Le 12 juillet 1487^ deux serviteurs du cardinal de Bourbon^ archevêque de Lyon, furent députés auprès des Échevins pour les prier de concourir aux frais que devait occasionuer le jeu du éMy stère de la Tassion qui, en 148 y, avait déjà été représenté dans réglise des Cordeliers. Les consuls accordèrent une subvention de 50 livres et rédigèrent quelques ordonnances pour la sûreté de la ville. Mais ils se ravisèrent presque aussitôt, car, le 2 août, ils envoyèrent le procureur général demander à l'archevêque de vouloir bien différer les « cris et ce monstres du jeu jusqu'à ce que la guerre fût terminée par ce victoire ou bonne paix. » Le prélat refusa, en termes même assez vifs, d'accueillir leurs remontrances, et les conseillers de ville se décidèrent alors à fixer le nombre des habitants chargés de la garde de la cité. »

On voit qu'ils se montrèrent mieux disposés en lyoo; il est vrai qu'à cette époque Louis XII, de retour de Milan, avait réuni sa cour à Lyon. Nous verrons au chapitre suivant E. Grand, faisant comme Trie fonctions de voyer, s'occuper d'une autre représentation sur la place des Cordehers.

Trie fut encore l'exécuteur des dispositions indiquées par Perréal pour l'entrée de l'archevêque François de Rohan, dont nous avons parlé à la fin du chapitre V^ :

« Efl comparu Jehan de Paris, varlet de chambre du Roy, noflre fire, lequel a faidl rapport du geél des quatre yfloires qu'il fauldra faire pour l'entrée de Monfeigneur larcevefque de Lion, lequel doit faire fon entrée dans quinze jours, <5c a, le dit de Paris, préfenté un geél pour faire parmy cefte ville les d. quatre yfloires fellon le ge6l, dont l'un fera à Bourgneuf, l'autre vers le Griffon, l'autre ez Changes & l'autre au Palais.

« Et pour trouver les filles 3c perfonnaiges néccflaires efd.

ylloires, le feu & autres chofes pour les quatre d. yftoires, a e(té donné charge à Clément Trye & a promys faire Ton debvoir(2i juillet i yoô ; Registre consulaire, BB 2f, folio 79 verso). »

On le retrouve plus tard.

c( A efté permis à Clément Trie , luy prefter une des cheynes de fer pour tendre au derrenier arc qu'on répare au pont du Rofne, à la part devers le Royaume, fur lequel arc Ibnt les maifons & botiques, lequel arc on refifaicl & adoube parmy q. le sd. Trie fen obligera de la rendre après qu'elle aura fervy (i fç). >j

La pièce suivante détermine le traitement qui lui était alloué :

nPafTé mandement à ClémentTrie de yo livres tournois pour fes gaiges de prendre garde ez pavez & pour Ihofpital Saind LaurenSj comme es années précédentes, ains eft vingt cinq livres pour chaque charge (160.) )>

Clément Trie termina son existence en septembre if i r, ainsi que l'indiquent les déclarations suivantes (161) :

ce Pour ce que puis naguères Clément Trie, cytoien de Lyon efl: allé de vie à trefpaz, lequel vivant avoit charge des pauvres de la ville <5c de foy prendre garde de faire paver ez lieux neceiTairesôc que defpuys fon trefpas ny a efte pourveu. A caufe de quoy le train qui efl: ez pavements pourra être difcontinué. Aufli qu'il y a plufieurs lieux parmi la ville qui ont befoin de pavés & eflre mis en termes d'y pourveoir & après avoir ouy & déclaré ceulxquiont requis avoir la d. charge... (29 octobre if 1 1). '^

. (159) 28 juillet i$io , BB, 28.

(160) 3 décembre 1 5 1 o, id.

Il y a des mandats analogues du 28 septembre 1^09 et du 2"] mars 1511; ses gages allaient de mars à septembre, à ce qu'il paraît.

(161) Registres consulaires BB, 28 et jo.

Suivent les noms des candidats.

« A efté pafTé mandement aux hoirs de feu Clément Trie de vingt cinq livres tournois pour les gaiges d'une année fixée à la Saint-Michel mil cinq cent & onze ôc à rate (au prorata?) de ce qui efldeub jufques à fon trefpas à raifon de vingt cinq livres tournois par an & neantmoing, avant que luy expédier le mandement, fera veu fon compte de fraiz qu'il feit pour une entrée que le Roy devoit faire à fon retour de deçà les montz, laquelle entrée ne fut faiéle & s'il fe treuve qu'il efl: deu quelque chofe, luy fera déduidl fur le d. mandement (3 février 15' 15). »

La Saint-Michel étant le 29 septembre, on peut supposer que Trie est mort à un jour rapproché de cette date, puisque le Consulat ne faisait aucune difficulté à payer les 2 y livres représentant la moitié de son traitement de mars à septembre.

Un Clément Trie possédait à Brignais une maison haute et basse, dedans le bourg, avec prés, bois et vignes (1483. Nommées des biens immeubles que les manants et habitants de Lyon ont sur les champs 5 cahier CC 49, folio 2^ recto et verso); est-ce le nôtre.^ Un autre Clément Trie, de concert avec sa femme Clémence et leur fils Claude, donnèrent, en I f 17, une pension annuelle de cinq livres tournois, sur une maison qui leur appartenait, près la porte Saint-Georges, aux confrères de la Trinité, pour l'entretien d'une fontaine à l'hôpital Saint-Laurent. Ce Clément, deuxième du prénom, fut-il le fils du premier? Nous donnons ces renseignements tels que nous les avons trouvés, ne nous sentant pas le courage de poursuivre des recherches longues et pénibles pour des personnaUtés d'aussi petite importance.

Ainsi que nous l'indique la fin de la déhbération consulaire du 29 octobre ifi i, dont nous avons fourni plus haut le commencement, l'administration choisit parmi les candidats à la charge de la surveillance du pavé, un certain Antoine

Vuillardicr ou Emssardkr, potier, et gendre d'un M^ Bardin, qui paraissait jouir d'une certaine influence dans la ville, avec des vacations pour son salaire (162).

Vuillardier ne saurait être considéré comme ayant rempli avec aptitude les fonctions de voyer; du reste, elles lui furent retirées vers la fin de Tannée 15*12 ou le commencement de l'année 1^14, à cause de son incapacité notoire.

On voit qu'il faut faire figurer de modestes notices à côté des biographies des artistes fameux, dont nous retraçons la vie et les oeuvres immortelles.

Il nous a semblé, en effet, qu'il était juste de consacrer une place à ces voyers, aux fonctions si diverses, parmi lesquels nous venons de citer C. Trie, le plus ancien en date.

On a constaté que le Consulat ne négligeait point de profiter du passage des artistes de mérite, pour les ouvrages importants et exceptionnels, pendant que les modestes voyers

(162) Vuillardier fît arranger les fontaines de Saint-Marcel et de Sainte-Catherine, en décembre i^ii; il désirait être nommé définitivement; les affaires politiques du temps empêchèrent probablementl'administration consulaire de s'occuper de cette question. Envoyé en mai 1^12 aux informations sur l'attaque imminente des Francs-Comtois et des Suisses, il rapporta les lettres du maréchal d'Aumont qui renseignaient le Consulat sur la position de l'ennemi (Registre consulaire BB 3 o ; 10 mai I <) 12).

Nous avons encore trouvé sur lui les renseignements qui vont suivre :

o PafTé mandement à Antoine Vuillardier de quarante ung fols troys deniers tournoys, à luy deubs pour refle de paiement de pavez qu'il a faift faire en la place commune devant les Auguflins (i 8 mai 1512). »

11 était encore chargé des pavés le 7 juin.

Le î8 janvier 1514, il fut requis de remettre ses comptes pour la réparation des fontaines de Sainte-Catherine et de Saint-Marcel.

Enfin, le 2 mai 1 5 14, ayant réclamé certaines vacations, il lui fut répondu qu'on ne lui devait rien, depuis que défense lui avait été faite de s'occuper des affaires de la ville (Registre consulaire BB, 33), On verra (chapitre IV) Edouard Grand se débattre, comme il le peut, contre les prétentions de cet individu qui était appuyé par un personnage influent, maître Jehan Bardin, greffier de la Cour séculière de l'archevêque, dont il était le «fillaftre». Bardin ne réussit pas à faire réintégrer Vuillardier, même pour l'entretien seul des pavés.

faisaient la besogne la plus ingrate et la moins en relief (163). Ils partageaient aussi avec les maîtres maçons de l'époque la construction du peu de demeures que le XVF siècle nous a légué. Ces habitations sont en nombre restreint^ parce que la mode en a fait démolir une partie aux XVII^ etXVIII^ siècles, et ensuite parce que les guerres de religion arrêtèrent, par le pillage et la ruine d'un grand nombre de citoyens, l'essor donné à la fin du XV® siècle à l'agrandissement de la ville. Les détails que nous allons fournir démontrent que les fonctions de voyer ne manquaient pas d'importance, malgré la considération, relativement restreinte, dont on les entourait alors. Le voyer était l'exécutif du corps consulaire, à cette époque d'administration simplifiée à l'extrême, où tout se faisait directement et sans écritures, où les magistrats municipaux avançaient souvent les impôts avec leurs propres deniers et étaient incarcérés lorsque la ville tardait à payer les

(i6j) De Riibys nous a laissé, dans son Histoire véritable de la ville de Lyon, un aperçu affez connplet des fonctions de voyer à son époque (1604) que nous reproduisons, en y ajoutant quelques détails explicatifs ; « Le voyeur, ainfi appelle, parce qu'il a charge des voyes, rues & places publiques, ne fouloit point eflre Ofïicier titulaire, mais fimple commis & pouvoit eflre mis & demis, félon le bon plaifir du Confulat, Si ainfi en avons nous veu ufer, quand Léonard Meraud (Mirault), qui avoit efté commis à la charge par la mort de Gimbre (Jacques), fut demis de la charge (25 février 1565) & Chazottes (Guillaume) mis en fon lieu & place (le 1" mars 1 565). Auffi n'avoit-il point de féance en l'Hoflel de Ville ; &. s'il y entroit, c'efloit fimplement pour propofer quelque chofe concernant le faift de fa charge, &. fans s'affeoirj puis ayant eu fa réponfe, fe retiroit. Il ne marchoit poinft ez aiïemblées publicques, avec les Officiers : mais marchoit à coflé, foit à pied ou à cheval, avec un bafton à la main, pour faire retirer la foule du peuple, & faire tenir ordre à ceux qui accompagnoyent le Confulat. Mais defpuys que, après la mort de Chazottes qui mourut en l'an 1568, un quidam voulufl obtenir la charge du Roy, l'on en fit un office de la ville, & en fuft pourveu en cefle forte Maiflre Jacques Laurens (24 août 1568) qui defpuys la réfigna à Bertrand Cartel (2 juillet 1575; Jacques Laurens fut inhumé dans l'églife de Sainte-Croix le 8 novembre 1596), & fufl la réfignation admife par le Confulat, & par là il fut recogneu officier titulaire. Et deflors il fe gliffa parmy les officiers de la ville, print féance au Confulat & fut reveflu d'une robe violette comme les autres officiers (Pour mémoire, voici les

sommes auxquelles elle avait été taxée par le souverain^ pour les fortifications ou pour la solde des armées.

Les permissions de voirie n'étaient accordées qu'après avis, pris et donné du voyer, assisté des maîtres maçons et charpentiers jurés de la ville, et cette habitude s'est fort longtemps maintenue. Elle était une garantie à la fois pour l'administré et pour l'administration, contre les erreurs ou les influences locales, à une époque où il n'existait aucun plan suivi, et où, le plus souvent, la nécessité absolue d'élargir une rue forçait de faire reculer de deux ou trois pieds une maison riveraine. Le voyer et les maîtres jurés étaient saisis, par délibération expresse de l'étude d'une affaire 5 ils faisaient leur rapport à une séance subséquente, et le Consulat prenait aussitôt une décision qui, transcrite sur le registre même des délibérations par les soins du secrétaire du Consulat, devenait immédiatement exécutoire.

En ce qui concerne les travaux d'entretien et de réparation, la marche étaitsemblable, même pour de menus ouvrages, et, dès que le travail était un peu important, les échevins se transportaient de leur personne sur le terrain.

Cette manière méticuleuse d'agir semble un rêve ou un jeu

voyers depuis Bertrand Castel, jusqu'à l'époque où écrivait de Rubys : 7 mars 1 594, Jérôme Durand; 14 février 1597, Simon d'Anthoine, verbalement commis; 13 mars 1597, Philibert Genoud, verbalement commis; 30 octobre 1599, Zanoblis de Quibly qui resta en charge jusqu'en 1622, son fils Nery de Quibly ayant été nommé en survivance le i" décembre 161 2 ; Simon Maupin a remplacé celui-ci le 9 juin 1637 ; nous avons fourni à M. Desjardins, qui l'a publiée dans son Histoire de l'Hoîel-de- Ville, la liste des voyers depuis Maupin jusqu'à nos jours). Sa charge eft de faire tenir les rues nettes &. pavées, au defpens des propriétaires des maifons. Prendre garde aux maifons ruineufes, les faire appuyer & eftamper; faire lever les eftampes quand il efl temps. Advertir le Prevofi: & Efchevins pour donner les mefures à ceux qui veulent baflir, les faire reculer ou advancer, félon que le cas le requiert, & avoir l'œil à ce que les mefures & alineaments ordonnez par le Confulat, foient fuivis de poindl en poinét. Il a charge des réparations, fortifications &. baftiments que la ville entreprend, d'y mettre le nombre d'ouvriers nécefTaire &. de les faire

J49 d'enfant^ à côté du mécanisme savant et compliqué de notre administration moderne^, dans laquelle on met en oeuvre autant de personnes, de papier et de temps^ pour l'autorisation de repeindre une maison, que lorsqu'il s'agit de sa construction.

Ces explications sur l'organisation municipale ont une importance extrême dans le travail que nous avons entrepris, et nous les signalons au début, pour pouvoir la suivre, pas à pas, pendant deux siècles, assister aux ouvrages importants qu'elle a fait exécuter et analyser le rôle réel des architectes qui avaient à remplir ses in tendons.

Les fréquents passages de souverains et de personnages marquants constituaient, pour le voyer, une série spéciale de travaux, dits politiques 5 il fallait consolider les ponts, en construire de nouveaux, réparer les pavés, établir des échafauds et assister le Consulat dans l'embellissement de la ville. Pendant que les peintres exécutaient les décorations, la besogne matérielle retombait sur le voyer, qui avait à préparer les bateaux, à disposer des salles, à rechercher des tentures pour tapisser les maisons, à veiller à l'habillement des nombreuses corporations, à embaucher des bateliers et des hommes

travailler; & à ces fins, il a des commis fous luy pour l'aider & le fouiager. (C'était peut-être ainfi en 1600, les premiers voyers n'étaient pas si grands personnages.) Il a la fuperintendance du faifl de la fanté, faire vifiter les malades & les corps morts en temps fufped de contagion. Et la contagion defcouverte, faire meubler les hofpitaux, y faire conduire les infe6tz, pourvoir à leur nourriture &. gens pour les médicamenter & fervir, faire fermer les maifons infefles &. y appofer cadenats. Puis les faire ouvrir & nettoyer quand il eft temps, faire drefîer les cabanes ez lieux deftinez, tant pour les quarantaines de ceux qui fortent des hofpitaux que pour fupplir au deffaut d'iceux, & y mettre les malades à couvert &. tout veiller jour & nuiâ:. Et de iour en iour, advertir les Prevofl: & Efchevins de ce qui fi paiïe & leur en faire bon &6 fidelle rapport. Et faire ordonner deniers pour fournir aux fraiz. C'eft auffi de fa charge de faire aiTeoir ceux qui font mandez en l'Hoflel de Ville aux affemblées publicques, félon leur rang & ordre (De Rubys, pages 479 et 480). »

de peine pour les diverses histoires et même à réunir les jeunes filles auxquels certains rôles étaient confiés.

Le jour de la fête de Saint-Thomas, époque de la proclamation des nouveaux élus du corps consulaire, le voyer avait charge de bien faire tapisser et accommoder le chœur de l'église Saint-Nizier et plus tard de la salle de THôtel-de-Ville où se célébrait cet anniversaire, accompagné, comme on le sait, d'un discours prononcé par un avocat.

L'entretien et l'é tablissement du pavé constituait une partie distincte des fonctions de voyer, et il paraît qu'en cela, il supportait une responsabilité spéciale.

Nous n'entendons pas gratifier toutes les individualités dont nous nous occupons d'une aptitude complète pour ces occupations diverses; cependant il était une somme de connaissances indispensables que le voyer devait posséder à peine de ne pouvoir remplir ses fonctions.

Les travaux d'entretien exigeaient la pratique de l'architecture : le voyer avait à réparer les ponts du Rhône et de la Saône et les fortifications, à en refaire les portes et les couronnements, à entretenir et à agrandir les hôpitaux, chapelles et maisons de la ville, travaux qui appartiennent tout à fait à Fart du constructeur.

Enfin, ce que nous nommons de nos jours, et nous ne savons trop pourquoi, la police municipale, rentrait aussi dans cette commission. Le voyer avait charge f( du faid de la pefle ôc des pauvres jî, comme l'écrivent les délibérations du temps. Organiser les hôpitaux et leurs services, secourir les mendiants, brûler les matières et vêtements infectés, faire enlever les corps des pestiférés, veiller au nettoiement de la ville et des égoûts, séquestrer les filles publiques, étabUr des barrières et des chaînes pour arrêter la circulation et faciliter la perception des octrois, faire la mercuriale des blés, prendre soin de l'artillerie de la ville, tout cela constituait

une besogne importante^ désagréable et souvent même, dan-

gereuse.

Pour ces peines, le voyer touchait, au temps de Clément Trie, ainsi qu'on l'a vu, yo livres tournois, qui furent portées à 120 pour H. Gimbre (i ^47- 15' p) et quelques gratifications.

En 1645', ^^^upin touchait 225' livres de fixe et cent ou deux cents livres de gratification, alors qu'il était employé aux travaux de THôtel-de-Ville (164).

Cette position fut d'abord considérée comme charge à volonté de l'administration consulaire et non comme office perpétuel et transmissible, moyennant finances 5 plus tard, en I5'75', il fut dérogé à cette stipulation; néanmoins, le Consulat a toujours fait ce qu'il a pu pour tenir ses voyers dans sa dépendance.

Nous n'avons pas même recherché des détails biographiques précis sur la naisssance, la vie privée et la mort des voyers ; toute investigation à cet égard est forcément inutile. Les registres de baptême et de décès manquent pourleXVI^ siècle, et ces personnages étaient de trop peu d'importance dans la pensée de leurs contemporains, pour qu'on puisse espérer de rencontrer quelque note à leur égard ailleurs que dans les documents municipaux, ou dans quelques pièces des archives judiciaires.

(164} On sait que cette position, limitée depuis la démission de René Dardel aux opérations pures et simples de voirie et, par conséquent, séparée de celles relatives à la construction et à l'entretien des édifices communaux, vaut à présent, a son titulaire, quelque chose comme 10,000 francs par an. Population, besoins matériels à satisfaire, dépenses générales et individuelles, tout s'est augmenté singulièrement dans notre ville depuis trois siècles et demi.

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